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LE CERCLE PIGALLE. — LES MATIIUIUNS

24 février 1889.

... Et mon fiacre montait, montait toujours!... et j'arrivai bientôt 48, boulevard de Clichy, devant la boutique d'un pharmacien. Si grande que soit la boutique d'un pharmacien, il est invraisemblable qu'on y joue une revue.

— Monsieur, je ne suis pas malade. Je demande seulement le Cercle Pigalle.

— Dans le passage du Midi, monsieur, à votre droite.

— Merci.

Je regrimpe encore, mais sans fiacre, le long d'un raidillon obscur, et j'arrive devant une guérite rouge brillamment illuminée. C'est là. En me faufilant un peu de côté j'entre dans une petite salle, très coquettement décorée ; dans le fond une toile signée Eugène Chapron — un Chapron rouge — et au fronton du théâtre : 1850. C'est en effet à cette date qu'une bande de jeunes gens a eu l'idée de se réunir pour jouer la comédie avec des jolies filles désireuses de se montrer et des élèves du Conservatoire. Aujour-

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d'hui ce ne sont plus ceux-ci ni celles de la fondation — heureusement ! — mais l'institution s'est perpétuée à travers les âges et les gouvernements divers.

Tous les ans on donne une revue. Celle de cette année s'appelle : Saint-Lazare, tout le monde descend. Elle est due à la plume spirituelle de MM. Adrien Vely et Adrien Moch — les deux Adriens.

Arcades amho. — La salle, qui peut tenir environ cent cinquante personnes, est bondée. A neuf heures. Francisque Sarcey arrive demandant une petite place. Il se glisse à notre rang. Ouf, le voilà casé, je respire... ou plutôt je ne respire plus.

Premier tableau. — A l'hôtel Terminus. Devant un garçon d'hôtel chargé par la police de noter les malfaiteurs au passage, nous voyons défiler un Zola décoré, flirtant avec l'Académie :

Mademoiselle, écoutez-moi donc, Je voudrais entrer dans votre giron.

Bientôt Alphonse Daudet lui chante le même air, sans plus de succès. Sur ces entrefaites, grande arrivée de voyageurs et entrée de M. Sadi Carnot lui-môme (M. Henry ot), très ressemblant avec le frac irréprochable, le grand cordon et les gants grisperle. Il apporte avec lui de son voyage à Fontaine-' bleau une superbe carpe (M ''« Marcus). On lui propose de servir de compère à la Revue du Cercle Pigalle. Et comme il hésite : — Boulanger, lui dit-on, a été notre compère il y a deux ans. — Ah! s'écrie Sadi, si Boulanger a accepté — j'accepte I

Le deuxièm,e tableau nous transporte aux Montagnes-Russes. Rien de comique comme de voir l'arrivée du président raide et impassible sur son wagonnet

avec la carpe comme commère. Il descend au milieu des jolies lilles qui chantent, je ne sais trop pourquoi, l'air national russe. Grand succès pour la scène dans la salle. A la tribune de la droite, le général Bou langer, lisant un discours où l'on retrouve les clichés connus sur « l'épée qu'on a arrachée ».

De temps en temps, il s'interrompt... Ce sacré Laguerre, écrit-il mal ! — Mais à la tribune de gauche surgit Floquet, très resseml^lant : « Fils de 89, 89 moi-même... A votre âge, Bonaparte était mort. . . le manteau troué de la dictature. Vous ne serez que le Morny d'une Constitution dont Bonaparte n'aurait pas voulu être le Sieyès, etc. » Et pendant ce temps-là, M. Carnot, sur la scène, dit, de temps en temps : — Je voudrais bien placer un mot. — Succès de fou rire.

Nous voyons encore dans une salade fraternelle Crispi, le Mahdi, Allmayer. A ce dernier le président accorde sa grâce, en disant :

— Allez, mon ami..., et tâchez de bien voter dimanche.

Il y a aussi une lutte homérique entre deux colleurs jacquistes et boulangistes finissant leur produit jusque sur le dos des personnes qui lisent les affiches.

— Mais, dit-on à M. Carnot qui préside à tous ces divertissements avec un tact exquis, vous allez faire attendre madame.

— Elle n'y perdra rien pour attendre, répond dignement le président.

Tout cela est très gai, très bon enfant, avec des couplets charmants sur les airs populaires.

Le troisième tableau nous transporte en police

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