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RÉVOLTÉE

9 avril 1889.

Certainement j'aurais bien aimé que Révoltée fût reçue à la Comédie-Française; d'abord parce que j'aime beaucoup Jules Lemaître, un styliste des plus délicats.. . et ensuite parce que, par ce temps affreux, la route eût été bien moins longue que pour aller à rOdéon. Il est si ennuyeux le boulevard Saint-Germain!... Enfin, puisque Claretie l'a voulu, embarquons-nous sous les rafales.

La tempête n'a pas empêché d'ailleurs un public très élégant — un public académique — de remplir la vaste salle. On sait, en effet, qu'il y aura du nanan. Voici dans l'avant-scène la comtesse de Martel ; dans une baignoire, M""® Aubernon; la comtesse de Loyncs très entourée ; M'"'*^ Lipmann, Maxime Dreyfus, Hochon Jolivet; çà et là Théodore de Banville, colonel Lichtenstein, prince Troubetzkoï, Lalou, etc., et la plupart des actrices en vacance.

Premier acte. — Chez la comtesse de Voves (Tessandier), salon élégant où nous voyons défiler les par-

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sonnages dont quelques-uns sont de véritables portraits qui amusent beaucoup le public.

Voici d'abord cette bonne M""" Herbaut (Samary), vive, pétulante, bonne, enjouée, ne songeant qu'à ses comédies et à son salon littéraire. Et pendant qu'elle parlait, les initiés se retournaient vers une certaine baignoire où la vraie M""® Herbaut souriait de bonne grâce et applaudissait à tout rompre en femme exquise et intelligente qu'elle est. Voici Barillon (Cor naglia), sous la perruque de Renan, ce philosophe aimable qui a daigné trouver un jour que la beauté valait peut-être la vertu. M. de Brétigny (Calmcttes) représentant « le Léotard des classes dirigeantes », défendant en style fleuri le Cirque Molier dont il est un des plus robustes clowns. Quant à la révoltée Ilélcno Rousseau, c'est M"^ Sisos, fmc, élégante, parisienne jusqu'au bout des ongles dans sa jolie robe de satin vert d'eau à bandes noires.

— Vous êtes pessimiste, lui dit Barillon.

— Oui, mais ce qui m'ennuie c'est qu'il y a tant d'imbéciles qui le sont, répond M'"® Rousseau.

Pendant l'entr'acte, vive altercation au foyer entre M. V., neveu d'un journaliste connu, et M. M., autre journaliste également très connu. Le second aurait dit dans son journal que l'oncle du premier était parti pour Bruxelles avec sa maîtresse... alors qu'il n'était accompagné que de sa nièce. Le neveu souligne sa réclamation de menaces de pugilat. On sépare les adversaires et on les calme. Tout est bien qui finit bien.

Deuxième acte. — Chez M"'^ Herbaut. Un salon de biais très bien planté, que j'avais admiré jadis — si

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