REVOLTEE
ma mémoire est bonne — dans Nunia Roumestan. Au fond, une vitrine remplie de bibelots et un paravent chinois façon riche. Gros succès pour le gommeux Gontran (Gauthier), très vrai, très nature... Mais qu'il me permette de lui dire que le monocle est un peu dcmodé. C'est empire.
— Ah ! dit-il, l'auteur donne à son héros un tilbury, comme dans les romans de Balzac.
— Vous les avez lus ?
— Jamais de la vie. Pvien d'absurde comme les littérateurs quand ils s'occupent des gens du monde.
— Rien de bête comme les gens du monde quand ils s'occupent de littérature, lui riposte M""^ Rousseau.
Très imposante la robe de peluche vert-émeraude de la comtesse de Voves ; très admirée aussi des femmes la robe de M™» Rousseau, rose avec garniture de pampilles sur une seule épaule ; décolletage juste à point; on n'a pas donné de coups de... Sisos de trop.
Enfin, la scène d'altercation entre les deux hommes (Dumény et Calmettes), l'un si vibrant dans sa colère contenue ; l'autre si correct dans sa froideur d'homme bien élevé, provoque une triple salve d'applaudissements.
Troisième acte. — Chez M"« Rousseau. Costume d'intérieur simple, mais élégant ; robe tourterelle à parements brodés sur jupe blanche également brodée. A propos, si je vous présentais M. Rousseau, le mari « pas élégant », avec barbe inculte, cheveux à la diable et redingote achetée au coin du quai.
Quelle tendresse dans son explication avec sa
femme! Quelle dignité en se retirant. On lui fait une ovation, qui dure au moins trois minutes.
Quatrième acte. Le décor du premier acte. Dumény est très bien en blessé, très intéressant et sympathique. C'était mon frère! C'était ma sœur! C'était ma mère ! Et la révoltée se soumet avec une bonne grâce que nos gouvernants ne sauraient trop conseiller comme exemple à l'exilé de Bruxelles.
Entendu à la sortie :
— Quelle jolie langue! quel style, quel français! Jules Lemaître nous a parlé de Molier. . . Mais c'était pour nous faire songer à Molière.
Et, maintenant, à mon tour de faire amende honorable. J'ai parfois grinché à l'idée de me rendre à rOdéon; le boulevard Saint-Germain est si long, si ennuyeux!... Mais si M. Porel me promet chaque fois de me servir une pièce comme celle de ce soir, je promets de ne plus être un Révolté.
MONSIEUR MA FEMiMK
13 avril 1884.
Je ne sais si l'année 1889 sera l'année du Centenaire, mais elle sera certainement pour les théâtres l'année des belles-mères. On a étudié les diverses classifications de la race au Vaudeville, à Beaumarchais, au Gymnase ; le Palais-Royal apporte à son tour son document... féminin avec la helle-mèyehomme, celle qui remplit le rôle du taureau vis-à, vis du gendre, chargé des fonctions de toréador, etpendant ce temps-là, le mari, co!$imodément assis dans la tribune, marque les points.
Je ne vous parlerai pas du salon du 1" et du 3° acte, vous les connaissez ; ni des deux chambres à communication du 2® acte — déjà admirées dans les Petites Voisines; l'administration a seulement fait les frais d'une gravure représentant Plercule aux pieds d'Omphale, et comme dit Dailly a ça devait être sa belle-mère, puisqu'il a filé ».
Mais l'événement de la soirée était la rentrée du bon Pellerin (Bougival), qu'on revoit toujours avec plaisir, car il est le seul qui reste maintenant du
vieux Palais-Royal, dont il a gardé toutes les bonnes traditions. Il y a bien encore Luguet, qu'on revoit de loin en loin, mais où sont ses camarades Geoffroy, Lhéritier, Hyacinthe, Priston, etc., etc.
Et puis, en même temps, nous avons eu la joie de revoir , sous les traits de M™® Malenbrèche, Mathilde, Mathilde elle-même — Mathilde idole de notre âme — qui refoulait enfm les planches de ce petit théâtre qu'elle n'aurait jamais dû quitter. La voilà revenue avec sa prestance imposante, ses robes flottantes et ce large sourire qui...
... Le secrétaire de rédaction me talonne, me disant qu'il est envahi par les annonces, et, se jetant à mes genoux, me supplie avec des larmes de remettre à demain la suite de mes impressions.
Je cède... Mais vous ne savez pas ce que vous y perdez!...