‹ La soirée parisienneChapitre 62 sur 128 · MAITRE GUERIN · texte numérisé non relu

MAITRE GUERIN

15 avril 1889.

On nous avait dit : Vous savez, la pièce a eu un immense succès sous l'Empire. Alors, il y a si peu de pièces qui ont eu du succès sous la République que nous sommes mis en route pour la Comédie-Française avec une vraie joie.

Salle très moderne : tout le gouvernement et tout l'islamisme ; bref, ce que nous avons de mieux aujourd'hui comme tout Paris des premières.

Le premier acte est écouté un peu froidement. Cependant, longue ovation à Guérin (Got) lorsqu'il apparaît avec son gilet de satin noir, sa toque de velours et sa redingote de notaire vieille roche. La jambe traîne un peu, mais l'œil est bon ; la voix est lestée tonitruante, et toujours ces hochements de tête d'une si terrible énergie.

Le deuxième acte nous montre un intérieur bien patriarcal : vases d'all^âtre sous des globes. M""" Guérin (Pauline Granger), admirable de simplicité bour-

geoise dans sa robe mauve. Cette fcmme-là doit admirablement réussir les soufflées à la vanille. D'ailleurs, peu de costumes à vous décrire. M""® Lecoutellier (Pierson) est charmante dans sa robe vieux rose avec écharpe de dentelle noire... Mais elle la garde pendant quatre actes. Francine (Baretta) n'a également, comme Musette, qu'une robe gris-sauterelle avec broderie blanche. Tout cela est d'une simplicité biblique.

A un moment donné, Arthur (Baillet) dit : a Le jour où tout le monde saurait lire, il n'y aurait plus de gouvernement possible. »

Il me semble que ce jour de gloire est arrivé.

A la fin de l'acte, le domestique annonce : « La soupe est sur la table. » Il paraît que c'est ainsi qu'on annonce dans le notariat.

Au troisième acte, dans la jolie maison de campagne si fleurie et si ensoleillée, le 'public dégèle un peu; on fait un gros succès à M™° Granger, si simple, si vraie et si émouvante.

Au quatrième acte, au château de Villetaneuse, en dépit des éclats de voix du savant toqué (Laroche), je crois que la glace reprend un peu, mais heureusement que le cinquième acte nous cause de douces surprises. Et moi qui prétendais qu'il n'y avait pas de costume ! Nous avons eu inopinément l'apparition de Louis Guérin (Worms) en lieutenant-colonel d'artillerie de la garde impériale, grande tenue de service. Vous voyez cela d'ici : colback à flamme, spencer noir à tresses d'or, fourragère, etc., etc.

Ah! mes enfants, ce que nous avons été surpris à

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