‹ La soirée parisienneChapitre 65 sur 128 · LE PÊCHEUR DE PERLES · texte numérisé non relu

LE PÊCHEUR DE PERLES

Lalneum, tantôt en zouave, peu pontifical, d'ailleurs, si l'on écoute sa voix; puis M. Lhérie, costumé en Vénus Hottentote; puis M™° Calvé, voilée en première communiante, avec des blancheurs étoilées de perles dues certainement à ces braves pêcheurs ; puis deux derviches à barbe noire que l'on a reconnus, quand ils ont ouvert la bouche, pour des derviches hurleurs.

Dans les couloirs, tout le monde s'interpellait en langue italienne; dormi pure, délia mia vita rosa assopita, Brahma grmi Dio, etc. Le ballet lui-même a été dansé en italien ; ces ballerines qui traversent le bûcher où l'on enflamme Leïla sont d'aimables salamandres ; le motif sur lequel elles battent leurs pas est fort gracieux ; et, comme il y a beaucoup de jolis morceaux dans cette partition, il nous semble que les auditeurs qui le goûteront seront les vrais pêcheurs de perles.

Et maintenant, en route pour les Folies-Dramatiques. Quelques tours de roue, quelques mots dits en italien à mon cocher anglais du cab, et me voilà à Riquet à la Houppe. Comme on savait que j'allais venir, on avait retardé un peu le lever du rideau pour moi (?), si bien que je puis vous raconter même le prologue.

Prologue. — Le tribu7ial de la destinée. — Un tribunal avec de petites femmes en avocat, avec la robe noire, les juges avec la robe rouge, — encore plus jolies que M. Q de... chut, — les gendarmes avec des diamants aux oreilles. Devant ce tribunal comparaissent Alkokaz (BcUucci), qui veut divorcer avec la fée

Bicliette (Vernon). J'ai vu tout de suite que c'était une Bicliette sérieuse. De chaque côté on articule les griefs, qui se groupent à mesure sur la table du tribunal. Un soufflet... et un soufflet de cuisine apparaît. — Vous êtes un melon, une bûche, une cruche,... et le melon, la bûche, la cruche viennent se dresser devant les juges. A la fm, on pose tous ces griefs dans la balance. Manière très ingénieuse de juger. Il y a égalité dans le poids. Alors, les deux plaideurs sont renvoyés dos à dos, et à ce moment deux transparents apprennent au monde qu'un jeune prince vient de naître, ainsi qu'une jeune princesse. Alkokaz décide que la princesse sera jolie mais idiote. Bicliette décide que le prince sera intelligent mais affreux. Voilà comme nous sommes entre divorcés.

Premier acte. — Le palais du roi Girandol. — Très gracieux le costume des pages bleus avec crevés jaunes, et sur la tête la petite toque renaissance. Le roi Girandol, qui a le bedon qui convient à la puissance, essaye en vain de marier sa fille Bécassine (Blanche-Marie), très gentille dans sa robe vieux rose et argent, avec sur la tête un petit casque de perles forme Marie Stuart. On fait un succès à chacun de ses couplets dont d'ailleurs la musique est ravissante. Elle a pour écuyère Pétunia (la joyeuse Leriche), et pour marchand de mouron (Guyonfils), toujours aussi populaire auprès des galeries supérieures.

La princesse, enfermée dans sa cage à serins par un père barbare, voit cette cage se transformer en char et fuit par la forêt.

Page 1