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LES ADIEUX DE COQUELIN

15 mai 1889.

Dès la fm de l'ouverture, une surprise. On éteint toutes les lumières électriques, et nous nous trouvons plongés dans la nuit la plus profonde. Je dois constater, à la louange du public de TOpéra-Comique, que la tenue a été très convenable. Personne n'a songé à essayer la fumisterie qui consiste à s'embrasser la main et à y allonger ensuite une tape bruyante pour simuler la gifle d'une femme qui se venge. Donnons tous un bon point.

Quand la lumière a reparu, la toile était levée, et nous étions éblouis par Vintéyneur de la basilique de Byzance, Les évêcfues avec la mitre dorée et les ornements sacerdotaux ; les guerriers cuirassés, casqués, et portant le bouclier orné de l'aigle impériale; les femmes avec les vêtements constellés de pierreries ; les enfants de chœur avec l'encensoir : tout cela étincelle sur un décor byzantin tout autour de l'empereur Phorcas (Taskin), assis sur son trône, est très

beau avec son casque garni de perles, et ce vêtement violet qui fait paraître encore plus pâle le visage d'une étrange majesté. Dans le fond, le saint Iconastase tout doré. La porte s'ouvre aux sons de l'orgue, et rayonnante sur un nimbe, à peine cachée sous un voile léger, apparaît toute droite la ]3clle Esclarmonde (Sibyl-Sanderson), tiare en tête et couverte de bijoux comme une idole. Frémissement dans la salle. On essuie les lorgnettes. Belle, Américaine, riche, chantant pour son plaisir... et pour le nôtre, découverte par Massenet, dont elle est l'élève. Tout cela est très intéressant. Elle descend lentement, et soulève son voile un instant pour laisser voir son radieux visage à son père. Nous aussi nous avons vu — comme Phorcas — des yeux admirables, une bouche fraîche, jeune, qui rit en carré, un visage d'un ovale parfait, des cheveux blonds à reflets d'or. Puis le voile retombe, et la jeune impératrice remonte vers riconastase au milieu des acclamations de la foule.

Acte 1°'". Une terrasse du palais cV Esclarmonde, à Byzance. — Sur une peau de tigre est étendue Esclarmonde, cette fois coiffée d'un petit casque formé de pointes hérissées terminées par des perles. Elle donne la réplique à sa sœur Parseïs (Nardi), charmante aussi dans son costume vert d'eau tout brodé d'argent.

Esclarmonde évoque les esprits de l'air, les esprits de l'onde, les esprits du feu... Il n'y a que l'esprit de Scholl qu'elle n'évoque pas. Et alors apparaît dans la lune comme dans un miroir Roland qui, en ce moment, chasse dansla forêt des Ardennes. Puisla figure s'efface, et Roland apparaît au bord de la mer. Nou-

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