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LES GITANAS DE GRENADE

13 juillet 1889.

Là-bas, à l'Exposition, un coquet petit tliéàtre à 100 mètres du pilier sud de la tour Eiffel.

Au fond, un décor représentant une grotte des environs de Grenade, et devant ce décor une vingtaine de gitan as des deux sexes, assis en demi-cercle ; au centre leur capitan, un superbe gaillard en veste de velours, pantalon gris-perle, grand cliapcau de velours : il joue de la guitare tout en fumant des cigarettes avec un suprême dédain.

Le capitan, en effet, est le roi de la troupe gitane ; il est vénéré, obéi à l'œil ; il a toujours sur lui son revolver. Ces jours derniers un amoureux voulait lutiner une des gitanes :

— Je vais vous l)rCder la gaeule, dit le capitan.

— Et moi, je vais vous dresser procès- verbal pour port d'arme illégal.

— Je vous en défie.

Ce qu'il y a de })lus joli, c'est que le galant était un commissaij e de i)olice.

A cô- é de lui les types les plus curieux de celte

race, croisement espagnol et maure, qui conserva à travers les âges son type, ses chansons, ses habitudes. Les femmes ont des cheveux noir-bleu plaqués en virgules sur le front, de magnifiques teints oranges, des dents éblouissantes ; sauf deux, pas régulièrement jolies si l'on veut, mais une souplesse, une grâce, un piment tout particulier.

L'histoire de leur engagement est des plus amusantes. M""*^ de Montant avait vu cette troupe à Grenade ; elle en parle avec enthousiasme à M. Sari qui, séance tenante, fait partir à sa recherche M. Grasset. On les prend tels quels, presque en guenille ; en route, on leur donne de l'argent ; ils achètent des étoffes, et tout en voyageant, ils se taillent ces étonnants costumes bariolés, jaunes, rouges, verts, brodés des couleurs les plus crues, aveuglantes... et superbes. Et une gaieté et une joie d'aller à Paris. Après quatre jours de voyage, dans l'omnibus de la gare qui menait à l'Exposition, on dansait déjà. Ollé ! 011c ! en se trémoussant et en tapant dans les mains.

Depuis on n'a pas cessé.

Ce soir, la salle est bondée. Dans le fond, un orchestre français jouant des airs espagnols, mais trop cuivrés. Ce qu'il eût fallu, c'est une Estudiantina.

A neuf heures, le spectacle commence. Je ne puis vous décrire par le menu le succès obtenu par ces tanga, ces baile delnovia, ces alegrias, ces fandangos^ ces panaderos d'un cachet si spécial. Je note seulement la jolie Juana, souple comme une panthère, avec son torse flexible, sans corset, et ses déhanchements pleins de promesse ; Mathilda, la meilleure danseuse peut-être, qui lève la jambe comme la Goulue, et a

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