‹ La soirée parisienneChapitre 87 sur 128 · LES GITAMAS DE GRENADE · texte numérisé non relu

LES GITAMAS DE GRENADE

même des notions de pointés ; sa sœur Soledad, une veuve de treize ans (! !j très gracieuse ; le danseur comique Pichiri, un grand gaillard, au teint olivâtre, sec comme une alumette, qui, sanglé dans son étroite culotte, a les tortillements de reins les plus extravagants.

Mais je garde pour la bonne bouche Pepa, une grosse réjouie, avec un œil d'une lubricité étonnante; elle est canaille à rêver, potelée comme une caille, avec les plus beaux bras du monde. Dans le masque gouailleur quelque chose do notre grande Thérésa. Pour danser, elle se campe sur l'oreille un feutre d'homme ; puis, avec Pichiri, commence un pas que tout Paris voudra voir. Si j'ai bien compris ce Tango^ Pcpa exhorte Pichiri à venir, en lui chantant un couplet — et quel couplet ! — et en exécutant à ses yeux extasiés une danse de ventre spéciale.

Soulevant de sa main gauche sa jupe, comme si elle craignait de la perdre, le poignet appuyé sur sa croupe extra-andalouse, elle exécute une rotation lente, lascive, scandée par des mouvements inconscients et nerveux ; le ventre s'offre, se retire, et le torse descend peu à peu par un mouvement en spirale, jusqu'à ce qu'il se relève par un sursaut brusque. Et pendant ce temps, elle fronce les sourcils, elle se mord les lèvres avec les dents, sérieuse, concentrée, toute à son œuvre, folle de luxure. Ah ! comme je comprends mieux cette danse du ventre-là, que le trémoussement froid, mécanique et grotesque de la rue du Caire !

De temps en temps, elle lance à Pichiri des objurgations, l'excitant de la voix et du geste, avec un œil qui promet et une main qui appelle. Je me fais

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traduire une des phrases du couplet, et voici ce qu'elle chante :

« Moi, j'adore le saucisson quand il est bien gros. »

N'approfondissons pas. Et à chaque nouvelle phrase, à chaque nouvelle rotation de la croupi, Pichiri bondit et se rapproche, comme rnordu par un désir insensé. Enfin, au milieu des vivats, sous une pluie de fleurs, d'oranges et de cigarettes lancées par le public en délire, les deux danseurs s'arrêtent. Il était temps !...

Pendant chaque danse, d'ailleurs, les cris gutturaux, les interpellations rauqucs, les castagnettes, les tambourins, les claquements de mains forment un concert assourdissant, et dont l'entrain va en crescendo ; et quand le pas est fini, à la mode espagnole, les spectateurs envoient des bouquets que les danseuses se piquent sur leurs cheveux, ce qui forme bientôt les casques les plus gracieux du monde.

La soirée se termine par une danse générale que le programme qualifie de Danza typica. Je ne sais pas si elle était typica; mais ce que je sais c'est que nos gitanes, grisées par le bruit, excitées par nos applaudissements, sautaient de plus en plus fort, se tortillaient de plus en plus voluptueusement, relevaient leurs jupes de plus en plus haut. . . 011e ! 011e ! . . .

Le rideau est tombé... et j'ai été voir les fontaines lumineuses. Ce qu'elles m'ont paru pales, ma chère 1.,.

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