‹ La soirée parisienneChapitre 90 sur 128 · LE PERE LE BONNARD · texte numérisé non relu

LE PERE LE BONNARD

Marni, Vrignaut, Caron, Hadamart, Jane Froment, etc., etc. Comme hommes: Goncourt dans l'avant-scène, Paul de Rémusat, Meilhac, Hennique, général Lacretelle, Lecorbellier, Japy, etc., etc.

Pour faire passer le temps, on nous sert un petit programme transparent... Saperlipopette ! En regardant le carton à la lumière, on aperçoit une dame dans le costume de notre mère Eve, exécutant la danse du ventre — et quel ventre! — devant la rampe. Renseignements pris, il paraît que cette suave créature est précisément le Théâtre-Libre. Je comprends maintenant l'enthousiasme des abonnés.

Neuf heures. La toile se lève : vif mouvement d'attention pour le prologue ! Dans le Guignol. Décor de répétition avec portants et praticables. Au centre, à une table, M. Ter vil, représentant Got avec une ressemblance parfaite. A une autre table, Mugeyre (Worms), et enfin à une troisième table Poggi montrant M. Claretie avec une vérité suffisante. Au milieu de ces trois tables se démène le pauvre auteur personnifié par Antoine. Il crie, hurle, sue, se démène au milieu de tous ces gens qui veulent lui persuader qu'il ne sait pas ce que c'est que le théâtre. Vraiment, est-ce que M. Aicard a souffert autant que cela? Alors comment sa barbe et ses cheveux sont-ils restés d'un si beau noir!

A chaque phrase lancée par Got (Tervil) le public se tord, mais — faut-il dire la vérité ? — on s'attendait à quelque chose de plus venimeux, de plus méchant. On est resté correct et courtois de part et d'autre. A quand la reprise de Smilis ?

Et maintenant arrivons à la pièce. Quatre actes de poésie sans entr'acte. La voilà bien, la fête... de

Paris-en vers ! Le rôle de Got (Lebonnard) est échu à M. Antoine, qui s'est composé une admirable tête de vieil horloger paisible : cheveux longs, barbe inculte, pantalon défraîchi, gilet trop court boutonné à la diable; sur le dos, la houppelande avachie du désillusionné, et dans la poche^ le petit marteau du travailleur, c'est parfait. Evidemment, M. Antoine n'a pas la voix du doyen de la Comédie-Française ; mais quelle intelligence^ quelle conviction dans la révolte, et dans la rage ! Worms (Robert) est remplacé par M. Grand, un jeune homme élégant, qui porte bien la jaquette moderne. Lebargy (André) a cédé son rôle à M. Ramy, un docteur à barbiche en pointe, qui a joué longtemps dans la troupe Coquelin. Enfin Laroche (le marquis) a passé la main à Philipon, qui a bien tort de croire que les anciens officiers portent des redingotes à collet de moire antique.

Du côté des dames, faute de Pierson, nous avons Barny. Dame... ce n'est pas la même figure, — Barny soit qui mal y pense, — mais enfin M™® Lebonnard se montre d'une jeunesse relative, avec de belles robes et des cheveux noirs, ce qui ne lui était pas arrivé depuis la fondation du Thâtre-Libre. Marthe, la vieille servante à coiffe bretonne, devait être jouée par Pauline Granger. C'est l'excellente France qui a hérité du rôle. Elle pleure, souffre, en faisant pleurer et souffrir réellement. Rien que d'y penser, je me mouche encore. Vive la France !

Enfin, M^'*'^ Reichemberg et Baretta ont été remplacées par deux jeunes personnes également fort agréables à regarder : M^^° Aubry (Jeanne Lebonnard) est, paraît-il, née à l'île Bourbon, et je l'en félicite,, car son tempérament de créole apparaît dans

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