‹ La soirée parisienneChapitre 92 sur 128 · MADAME L'ARCHIDUC · texte numérisé non relu

MADAME L'ARCHIDUC

Opéra-bouffe en trois actes, de M. Albert Millaud Musique de Jacques Offenbach.

23 octobre 1889.

C'est en 1874 que Madame r Archiduc fut représentée pour la première fois au petit théâtre des Bouffes, où Judic et Daubray régnaient dans toute leur gloire ; reprise en 1877 avec Théo, on ne l'avait pas jouée depuis, mais elle avait servi de type à toutes les opérettes qui nous ont été servies par la suite : au premier acte, une auberge où l'on se marie ; au deuxième acte, la salle d'un château où l'on a emmené les mariés pour les turlupiner ; au troisième acte, le jardin du château, avec ronde de petits pages. Tantôt l'archiduc s'est appelé le roi, le podestat, ou Laurent XVII, mais, au fond, c'a toujours été la même pièce.

Est-ce pour cette raison que le libretto, ce soir, nous a paru légèrement rococo ? C'est possible ; mais ce qui n'a pas vieilli c'est la musique, restée jeune, pimpante, mélodieuse, avec des finales d'un entrain

endiablé, ces finales sur des rythmes de polka qui donnent à chaque spectateur ce qu'on est convenu d'appeler les fourmis dans les jambes.

Je ne m'amuserai donc pas à vous conter comment Manetta, fille d'auberge, après avoir épousé son camarade Giletti, devient elle-même « madame l'Arehiduc » par suite des fantaisies amoureuses de l'archiduc Ernest. Madame l'Archiduc c'est Judic — et c'est tout dire, — Judic elle-même, reprenant possession d'un de ses plus jolis rôles en triomphatrice, et faisant un succès à chacun de ses morceaux. Elle est redevenue brune à notre grande joie, et les lourdes tresses italiennes d'un noir bleu conviennent admirablement à sa tête de madone. L'air : Un petit honhoynme pas plus haut que ça, a retrouvé son succès de jadis, et le public enthousiasmé a voulu entendre trois fois le sextuor de l'al^^habet S. A. D. E.

Adorable dans le majestueux costume de comtesse, elle a trouvé comme « sourire angélique » ce sourire qui ensorcelle l'archiduc Ernest, la petite moue la plus drôle du monde ; cette bouche plissée en pointe sur ce gracieux visage est d'une gaieté irrésistible, et bien des fois, j'ai été tenté, moi aussi, de dire au chapeau de ma voisine à l'orchestre : « Ne masquez pas ! »

Grand succès également au troisième acte pour l'air ;

Pas ça, pas ça, Le petit bonhomme n'a pas eu ça.

air ponctué par un ongle qui craque sous les plus belles dents du monde.

Le petit bonhomme, le capitaine Fortunato, c'est

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