LES RESPECTABLES
novembre 1889.
Ce soir j'ai dîné à sept heures et demie ~ ce qui est une heure respectable — j'ai pris un cocher d'aspect respectable, et je suis arrivé au Vaudeville, où j'ai trouvé trois contrôleurs à cheveux tout blancs. Le vieux du milieu surtout, un gros renfrogné, avait l'air absolument respectable. Quant à l'ouvreuse — oh! ma chère! tout à fait la reine Marie- Amélie, avec son bonnet à fleurs. Pendant qu'elle prenait mon paletot, j'avais une vague envie de lui baiser respectueusement la main.
Un coup d'oeil à la salle pour ne pas en perdre l'habitude : la vicomtesse de Borelli, M'"^ Aubernon, M™® Maxime Dreyfus, M™® Lipmann, la baronne de La Vaudère, etc.
Puis, un peu partout, Bianca, Pierson, J. de Cléry, Reichenberg, Théo, Brindeau avec une jolie toque en lophophore, G. Debay, Chaumont, Brandès, Marguerite Caron, miss de Cléry, Lucie de Kern, Buffet, Jane Falliaud, le premier prix de beauté de Turin, s. V. p.
En somme, une salle très respectable.
LES Rb:SPECTABLES 253
La toile se lève sur un joli décor représentant une plage normande... à moins qu'elle ne soit bretonne. Au fond, la mer immense avec un sacré petit vapeur qui n'a pas bougé de l'horizon pendant tout l'acte. Au son des cloches — dig din don (nous sommes peut-être à Corneville), les fidèles se rendent à la chapelle située sur la droite. Au premier plan, guérites d'osier, pliants et tout ce qu'il faut pour mal s'asseoir à la mer.
Sur cette plage, voici la comtesse de Chataincourt (drôle de nom !) — M"® Nori — avec une élégante toilette de soie lilas brodée de guirlandes de fleurs. Chapeau de jardin avec nœud de satin lilas et feuilles de lierre. On s'habille bien à Corneville.
Mais je préfère de beaucoup la tenue austère de Clara de Fermanville (encore un nom... enfin!) — Magnier — descendant de la messe. Tunique havane ornée de bandes de soie brodée, sur une jupe de velom^s mousse, manches en velours mousse également, et sur la tête une petite capote rose avec brides de satin mousse et surmontée d'un gros papillon d'or. Cheveux tout plats — à la jolie femme. Ce que Magnier est ravissante ainsi !
Dans Ferdinand Verrier, le savant académicien, on a peine à reconnaître le brillant Dieudonné. Il a sacrifié ses moustaches et porte les cheveux rejetés en arrière, longs et roulés à la Brown-Sequard.
— La médisance ne saurait nous atteindre, dit Clara.
— Nous l'avons lassée, répond Verrier.
Le public rit enfin; ah! ce n'est pas l'envie qui lui manque! Aussi, voici la petite Thérèse Paul, la cocotte (encore un nom invraisemblable pour une mo-
mentanée), qui est bien accueillie. Mi'° Cécile Caron est délicieusement habillée avec sa robe de* crêpe de Chine bleu de ciel et son chapeau polichinelle. Sa naïveté nous amuse un moment.
— Ne faites pas de casuistique, dit Verrier.
— Qu'est-ce que c'est que ça? riposte la cocotte.
Et nous nous tordons. Voilà comment nous sommes. L'acte se termine sur l'entrée du conseil municipal de Corneville.
Au deuxième acte, nous sommes dans le cabinet de travail du docteur. Là, sauf les deux toilettes de Magnier, je n'ai pas grand' chose à vous conter — la robe mauve avec blouse de dentelle et longs pans en forme d'étole est bien ; mais peut-être la robe de soie puce avec frange d'argent est-elle mieux. Notons encore une phrase qui a fait sourire. Il s'agit de Verrier, membre de l'Institut, compromis dans une aventure galante : « Pour l'Académie des sciences morales, c'est désagréable, dit Verrier. S'il s'agissait de l'Académie française, ce serait moins grave. On y reçoit encore de temps en temps des gens gais. »
Tout le monde s'est tourné vers Henri Meilhac.
Troisièyne acte. — Je m'aperçois que je ne vous ai pas encore parlé du mari, le baron de Fermanville — l'excellent Michel ; — mais il a un rôle si effacé, que j'ai vu tout de suite que ce n'était pas un Michel sérieux. Il a très bien joué sa scène de pantomime, alors qu'au lever du rideau les trois acteurs restent cinq bonnes minutes en scène sans dire un mot. C'était exquis. Cette fois, Magnier a la robe de velours frappé vieux paon — la robe de douleur.
LES RESPECTAHLES 255
Par exemple, une rude faute de tenue. Le maître d'hôtel en noir a une cravate plastron de cocher! Vite, vite, une cravate blanche à nœud, monsieur le maître d'hôtel!
A onze heures et demie, on marie un jeune homme et une jeune fille dont je ne vous ai pas encore parlé, parce qu'ils ne m'ont pas paru d'âge assez respectable. La toile tombe et on redemande les acteurs. M. Michel vient annoncer que la pièce est de M. Ambroise Janvier... Est-ce que cette coupure est de Dumas!
C'est égal ! On voit bien que nous sommes dans le siècle du progrès et de la vapeur. On. nous donne maintenant dès novembre les pièces de... Janvier.
20 novembre 1889.
Quand j'ai dit à mon cocher de me conduire à l'Exposition, il a d'abord refusé; mais quand il a appris que c'était aux Variétés, il a daigné. Et, de fait, le ticket que je présente au contrôleur me donne accès dans ces galeries où j'ai déjà tant promené, pauvre moi; cependant, il faut être juste : MM. Blondeau et Monréal ont, cette fois, fort égayé notre promenade, en nous donnant comme guides M. Raymond et M"° Lender.
Dès le prologue, on voit un parti pris de tout rajeunir. Nous sommes chez le docteur Van Pruth (Barrai), qui reçoit les étudiants venus pour le féliciter. Je note au passage les costumes des étudiants hongrois et russes. M"° Delys a même une certaine culotte collante qui excite chez nous des idées peu conformes à la candeur... de lis. Mais, tout à coup, Ton annonce l'entrée de la commère des Variétés. Essuyons nos lorgnettes. Splendide, Lender, dans sa robe rose diaphane brodée d'or, laissant voir des jambes impeccables, le torse moulé dans un cor-
sage de velours vert et or, et sur la tête un diadème constellé de pierreries. Elle chante sur les revues un couplet d'une vérité profonde :
On trouve ça très bête Depuis longtemps déjà. Ah! ah! ah!
Ça n'a ni queue ni tête, Mais le pubhc aime ça. Ah! ah! ah!
Elle est suivie du compère Loriot, le compère vieux jeu, en habit bleu, gilet à fleurs, et faisant des calembours idiots. (Ça, c'est vrai qu'on les a choisis bien idiots.) Mais heureusement Van Pruthest là. Uvale rajeunir avec sa machine électrique, et aussi avec l'infusion d'organes pris à de gracieux animaux. Quel joli perroquet, quel adorable chat, quel coq fringant et quel lapin merveilleux! Deux tours de, roue et crac! Raymond nous apparaît en jeune gom meux dans un complet tabac d'Espagne à revers' moirés qui me semble la dernière contorsion du Ah ! Cocorico ! ! Enfin, nous allons donc avoir une revue nouvelle.
Premier acte. — Sur les boulevards. Voici les patrons de café navrés, parce qu'ils ont des clients, après avoir prétendu que l'Exposition les ruine. Puis le défilé des pompiers anglais, en costume bleu et rouge, pas assez décolleté. Aussi je suis de l'avis du compère.
Mais quant à moi, sans artifice, Je vous le dis tout simplement, Je leur préfère une nourrice Qui fait bien pomper son enfant.
Très drôle l'idée de la gare Saint-Lazare masquée
258 LA SOIUEE PARISIENNE
à chaque instant joar le Terminus-Hôtel. La gare Saint-Lazare, c'est M"^ FoUeville, montrant ses deux pavillons. Embrassons-nous, FoUeville!
Ici un des premiers clous de la revue. Entrée de Lassouche en musicien de la garde républicaine. L'abrutissement poussé à ce point là, c'est du grand art; il est abruti parce qu'on lui a trop fait jouer pendant toute l'année la Mars... pardon la Marche indienne (ô censure!...). Le saxophone même posé à terre continue à jouer la fameuse marche, et pour l'arrêter le pauvre musicien en est réduit à boucher l'ouverture avec son mouchoir. Et l'on dit que souffler n'est pas jouer !
Nous applaudissons un tableau vivant : V Angélus de Millet, bien ensoleillé, et nous assistons à un pugilat entre la Presse et la Cocarde, deux dames beaucoup plus agréables à regarder que San-Marin et Tom Cannon.
Pendant ce temps, les afficheurs ont couvert les murailles du portrait de Buffalo-Bill (Chalmin). Ce dernier nous apparaît sur un cheval de carton acheté
un cocher de fiacre. Autrefois, on le prenait à l'heure; lui, il l'a pris au lazzo. Il est bientôt suivi de deux picadores également à cheval peur annoncer le combat de taureaux. Il faut voir Mazottiti (Lassouche) et Le Vertige (Germain) en toréadors recevant des bouquets avec billets doux, faisant de l'oeil au balcon, et répondant à la dame amoureuse qu'elle a le n° 27. Ici, brillant défilé de cuadrilla, et combat entre le taureau exécuté par le banderille Germain et la prima spada Lassouche. Ce combat en plein boulevard (ça c'est nouveau) est arrêté par la police.
Deuxième acte. — Nous voici dans le Jardin de VExposition. La commère a cette fois revêtu un délicieux costume de voyage en soie écossaise, qui par en haut très bas commence et finit très haut par en bas. Sur la tète une casquette de jockey dont la large visière doublée de velours rouge forme auréole. Et maintenant, allons-y du défilé obligatoire. L'hirondelle militaire (M^^° Donnai) très gentille avec son corps d'oiseau et son accoutrement de pioupiou; le ballon captif (M"° Gilberte) qui nous chante un rondeau très fin, très raide et joliment troussé.
C'est extraordinaire tout ce qu'on aperçoit en montant dans la jolie nacelle de M"° Gilbert. Voici ce couplet très applaudi :
Rien de plus beau, de plus touchant Ne s'est offert à vos prunelles...
Chez moi, montez donc un instant Et vous m'en direz des nouvelles ! Lorsque l'on consent à monter Sur ma nacelle... une merveille, Je commence par vous jeter Dans une extase sans pareille!
Je vous berce tout doucement.
Et lorsque à voir on se décide, Le spectacle est plus que charmant..»
C'est un panorama splendide !
Et tout d'abord, à vos regards.
Sous leurs formes un peu frivoles.
Des Arts libéraux... des Beaux-Arts Viennent s'offrir les deux couples...
Plus loin, l'effet est magistral.
Vous voyez, au bord de la Seine, En bas du grand dôme central^ La pelouse... avec sa fontaine!
Puis, si vous changez de côté.
C'est un tout autre point de vue, Vous découvrez à volonté Beaumont... Montretout .„ Bellevue...
Vous apercevrez dans le ciel Montmartre au lointain qui s'affaisse, Et vous voyez la tour Eiffel Devant vous, enfin, qui se dresse I Je crois que vous serez content De voir des choses aussi belles...
Chez moi, montez donc un instant Et vous m'en direz des nouvelles! -
Hein! c'est raide! Mais c'a été dit si chastement.
Enfin le quatuor des quatre geôliers gardant les quatre prisons de la Bastille, du Temple, du Châtelet et de la tour de Nesle. Un air lugubre, coupé par le « Gai-gai laridon » de la fameuse chanson de Jules Jouy sur la guillotine et par des pas inédits dansés par les geôliers. Tous nos compliments à M. Chalmin qui, malgré son ventre, nous a rappelé Valentin (de Faust) le Désossé. Le public s'amuse beaucoup.
Et maintenant, rue du Caire ! Le compère nous dit que l'Exposition, cette œuvre de grand art, aboutit à une œuvre de bazar. Nous avons d'ailleurs un nouveau cicérone en la personne du Guide- Bleu (M"° Crouzet), tout à fait charmante dans son costume Louis XIII en velours bleu orné de crevés de satin clair. Germain se taille un succès, en prouvant comme il y a peu de différence comme tenue entre un ânier de la rue du Caire et ces « riches désœuvrés » qui portent des casquettes de soie.
Gros succès d'entrée. — C'est Baron, en maire, qui vient de gobichonner. Il nous raconte la fête sur l'air de la Boiteuse :
Après le repas nous allâmes
Fumer au Jardin de Paris.
Mais comme ça manquait de femmes,
On se rasa dans les hauts prix!
Vénus brillant par son absence,
Bacchus reprit ses droits soudain.
Alors, pour reboire à la France,
Nous chantions tous dans le jardin :
Dites-nous donc où l'on peut boire un verre! Boit-on par devant? Boit-on par derrière? Indiquez-nous où se tient le buffet...
Nous avions tous notre petit plumet?
Nous chantions la mère Gaudichonl Aie donc! {Ter.)
Jamais on n'a fait un festin Où l'on soit plus pompette à la fiai Ah! quel potin!
On ne doit pas, en politique,
Dans un parti se confiner.
Moi, je suis pour la République
Lorsque l'on m'offre un bon dîner!
Mais que Pierre ou Paul la dévore,
Je n'en aurai que peu d'ennui.
Surtout si l'un me fait encore
Gobichonner comme aujourd'hui!
Ça m'est égal de voir le ministère Boiter par devant, boiter par derrière... On peut crier tout ce que l'on voudra, Moi je suis pour qui me régalera!
Car faut avouer qu'un p'tit gueurton C'est bon! {Ter.)
Jamais j'n'ai tant bu, c'est certain.
J'en aurai mal aux ch'veux d'main matin ! Ah! quel festin!
Rien ne saurait rendre l'effet de fou rire produit par ce deuxième couplet. On le redemande trois fois, et Baron revient en disant avant avec modestie :
— Vous savez cpic c'est le môme.
Ce tal)lcau si amusant se termine en apothéose par la scène des gitanes.
Le capitain (Guyon), précède les chanteurs qui, grattant leurs guitares, forment un cercle autour de la Macarona (J. Granicr). La voilà ])ien avec ses cheveux plaqués en rouflaquettes, son châle bleu, sa jupe de satin jaune et le feutre coquettement enfoncé sur l'oreille. La cigarette à la main, provocante, exquise, elle se campe devant nous et commence son tango, moitié parlé et moitié dansé; les paroles sont lancées avec une voix gutturale étonnante de vérité :
Tira pa la cabarra (bis) Qide no te faltara, ollel Quie te de média cana Patatln, patatln, patatln Que à nié me giistan Los merengasos
Patatln, patatln, patatln Que à mi me gustan los medlos basas.
Oh ! le pas qui scandale ce Patatln! Tout Paris voudra voir cela. Olle! Bravo ! (Ah ! si je savais l'espagnol !). Enfin, Macarona, ti quiero muy bien! Gros succès et longue ovation.
Le rideau tombe un instant, et nous voici à V Hôtel Terminus. Chambre capitonnée ressemblant à un wagon. Le service est fait par des employés de chemin de fer. Bien désirable la commère qui se couche, et le compère ne demanderait pas mieux que de ne pas faire lit à part, mais les tribulations nocturnes commencent avec les contrôleurs, les douaniers, les conducteurs qui viennent sonner le départ des trains. Et le disque qui indique que la voie conduisant à certain... retire est libre, et les boules d'eau
chande qu'on apporto avec un bruit de ferraille et qu'on change tous les quarts d'heure. Tout cela, c'est des prévenances de V achninistraiion. Enfin, les voyageurs, énervés, préfèrent partir pour la fête de^ nuit. Là, superbe tableau, avec une perepective immense : le Dôme central illuminé, la tour Eiffel embrasée, les fontaines prenant toutes les nuances du prisme. Pour voir cela, on donnerait au moins dix tickets.
Troisième acte. — Nous sommes chez un costumier chargé de fournir les accessoires de théâtre. Voici les vieilles pièces qui défilent, un tas de reprises — ce qui prouve que le théâtre est bien bas. Le général Mallet (Germain — oh! la bonne tête simiesque !) tantôt autorisé, tantôt interdit venant chercher, puis rapportant les schakos qui lui servent d'accessoires. Une scène de Tartufe à la vScala, où la prose de Molière alterne avec les couplets do café concert ; enfm une parodie très drôle de la Lutte pour la vie. Paul Astier (Roche) se lave les mains en versant la carafe dans le chapeau du compère. Toits les 'moyens sont bons iDOur arriver à son but. Quant à Lafontaine, il imite admirablement l'aphonie et les grands gestes du comédien. Il tue Paul Astier, et je ne trouve pas l'idée de Lafontaine lumineuse (oh!). J'allais oublier le duo bouffe de Mireille , chanté par deux marionnettes (Chalmin et Barrai). Et maintenant le couplet final chanté par M^^° Lender.
En somme, une revue très bon enfant et un gros succès. L'empereur du Brésil a déjà télégraphié pour retenir une loge. Lui aussi, il regrette son ex-position.
P.- S. — Une triste nouvelle vient assombrir la
sortie. Christian, annoncé sur l'affiche comme devant faire le rôle du monsieur dans la salle et du cocher, Christian a été frappé d'une attaque au moment d'entrer en scène. Nous avons été prendre à deux heures du matin des nouvelles de M. Christian.
L'état du sympathique artiste s'était de beaucoup amélioré .
Le repos a été recommandé, et il est très probable que M. Christian restera éloigné de la scène pendant quelques jours.
AUX FOLIES-BERGÈRL]
24 novembre 1889.
Pour cause de première au Vaudeville, nous n'avions pas pu profiter de l'invitation de M""® Allemand nous conviant à une nouvelle pantomime des Martinetti, The terrible night; et cependant, nous avions conservé un si bon souvenir de cette admirable troupe dans Robert Macaire, — une pantomime qui était tout simplement du grand art, — que nous avons profité de notre dimancbe, — jour de repos, — pour réparer notre oubli.
Dans la première partie, nous avons revu avec plaisir M"° Lola Rouvier dansant un pas de Flagrant délit avec M"® Lery, un peu surpris qu'on ait envie de danser après : avant, passe encore, et pendant, cela paraîtrait peut-être invraisemblable. Très drôles Evalo et Roisso, comiques excentriques. Roisso a une certaine façon, en faisant tourner une balle avec une ficelle comme une fronde, d'enlever successivement un jeu de cartes et un bouchon posé délicatement sur le nez d'Evalo... Il faut être rudement
2G6 f.A TOIl^ftli: PARIblICNNE
sûr d'un ami pour lui confier son nez dans un« opération semblable.
EuPm, si j'ai bien compris le ballet des Baigneuses, il s'agit d'une quinzaine de jeunes fdles qui, après avoir dansé avec une quinzaine de mousquetaires, vont se baigner dans les ondes d'une claire rivière. Elles en ressortent vêtues de peignoirs blancs, et lorsque les mousquetaires leur arrachent les peignoirs, elles apparaissent costumées en ondine avec du satin rose, des franges d'or et quelques herbes aquatiques. S'il y avait un dialogue dans la pantomime on pourrait le traduire ainsi :
— Peste, ma chère, comme te voilà mise!
— Mon ami, tu n'a qu'à te baigner dans la rivière, et tu en ressortiras avec un costume semblable.
— Dans la rivière ! Où est-elle que j'y courre ! Mais arrivons au clou de la soirée, à cette Terrible
nightf mimée par les Martinetti. Il me serait impossible de vous narrer par le menu les incidents multiples, les catastrophes, les effondrements, la pluie de coups de pied, de gifles, etc., etc., qui émaillent cette œuvre étonnante. La soirée commencée au rezde-chaussée, où a lieu un dîner offert par le maître de la maison à quatre Yankees mal élevés, se continue ensuite au premier étage où les quatre drôles, après être montés pour se coucher, se livrent aux fumisteries les plus abracadabrantes. Ils cassent les glaces, démontent les lits, jettent leurs bottes par les fenêtres; puis, une fanfare ayant exécuté une sérénade dans la rue, ils exécutent une telle gigue qu'ils crèvent le plafond et dégringolent sur les gens du dessous qui se trouvent, grâce au plâtre, transformés en statues blanches. L'amphitryon, exaspéré,