‹ La Solidarité Dans Le Mal et La Justice DivineChapitre 14 sur 18 · LATE · texte numérisé non relu

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maux que nous avons constatés, les avantages qui résultent pour nous de notre relation avec Christ.

Et tout d’abord ces influences de toutes sorles que, tout à l'heure, nous déclarions impuissantes à créer une réparation, acquièrent, si vraiment Dieu a fait cette chose impossible aux hommes, une valeur toute nouvelle. Elles deviennent en un sens des véhicules de vie éternelle, elles sont désorinais dans une relation étroite avec Île salut, servent à le préparer ou à le propager. Tout ce: qu’il y a de bon dans le monde tend à Christ, ou provient de lui.

Mais ce n’est là encore que le contre-coup le plus lointain de son œuvre. Du péché résulte, comme nous l'avons vu, à la fois une condamnation pesant sur le pécheur et un esclavage dont il ue peut s'affranchir lui-même. Or, à ces deux conséquences du mal, répondent deux eflets de la Rédemption. D’après l’Ecrituré et d’après l'expérience chrétienne, le premier de ces effets est la délivrance de la condamnation ou le pardon, le deuxième la délivrance de l'asservissement au mal.

Pour celui qui s’unit à Christ par le lien d’une foi vivante et personnelle, il n’y à plus aucune condamnation ; réconcilié avec Dieu, il a la paix avec Lui, le jugement qui pesait sur lui est annulé; il ne marche plus vers la perdition, mais vers la vie éternelle.

L'autre côté du salut est inséparable de celui-là. La fatalité du mal est brisée. Le chrétien est rendu capable de rompre de plus en plus avec le passé, non point parce qu'une suappressin violente et magique des influences organiques et sociales l’a séparé de sa race pour faire de lui uniquement un individu, mais parce qu’une influence plus puissante, de nature spirituelle, leur est opposée. I]

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ne S'agit point ici d'exemples et de sollicitations : si la relation orsanique qui unit l’homme à ses ancêtres est pour ainsi dire créatrice du mal, une force créatrice du bien sera seule capable de la neutraliser. Aussi l'établissement d'un lien spirituel avec Christ est-il envisagé comme une régénération, comme une nouvelle naissance. Le chrétien ne tire pas de son fropre fond sa vie et sa con- “duite. Celui-là même qui disait: « Ce n’est plus moi qui agis, mais C’est le péché qui habite en moi.» (Rom. VII 20), dit plus tard : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. » (Gal. IT 20). « J’ai travaillé, non pas moi pourtant, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. » (1 Cor. XV 10) Esclave du péché, il est devenu esclave de la Justice. Sa liberté n’a consisté que dans le choix entre deux influences contraires, sa délivrance dans la soumission à une force qui, en tous cas, dépasse complètement les limites de son individualité.

Le royaume de Dieu, dont il se trouve désormais faire partie, n’est pas simplement une association, mais un organisme dans lequel tous sont membres les uns des autres. Tirant leur vie d’un même chef, gouvernés par une volonté unique, abreuvés d’un même Esprit, ils sont unis par un lien plus intime que les liens du sang et forment er quelque sorte une espèce spirituelle.

Mais ce côté moral et spirituel de la Rédemption n’en épuise pas les effets. De même qu'au mal moral avait répondu le mal physique, au bien répondra nécessairement la délivrance du corps. Il parait, sans doute, irrémédiablement voué à la destruction. Si même l'esprit est vivant à cause de la justice, le corps est mort à cause du péché. Mais là aussi la puissance de Christ se fera sentir. Par la force intime de l'esprit le corps sera vivifié. Dans

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la victoire apparente de la mort, ce qu'il y a de mortel sera absorbé par la vie, et le corps ressuscité, participera à la consommation du salut, à la plénitude de vie physique, intellectuelle et morale, qui estinséparable de Fharmonie parfaite avec la volonté de Dieu.

L'œuvre de Christ étend donc ses effets bienfaisants à tous les domaines que le mal avait envahis; et cependant un trait caractéristique distingue la relation qui nous unit à lui, de celle qui nous unit à Adam. Celle-ci était fatale, ilne dépendait pas de nous de l’établir, ou de nous y soustraire. Au contraire notre relation avec Christ est libre. « S'unir à Lui par le lien d’une foi vivante », telle est la condition sans laquelle on ne peut participer à sa vie. Les grâces qui lui sont dues ne deviennent une réa-

. lité et une puissance pour nous, qu'avec le concours de notre volonté. Le salut n’est pas héréditaire comme le péché.

On pourrait se demander s’il n’y a pas là une sorte d’infériorité de l’œuvre de réparation à l'égard de la ruine, et en particulier s’il ne résulte pas de ce rôle attribué à notre décision personnelle, qu’au fond nous sommes auteurs de notre propre salut, Christ en étant seulement l’occasion, et nous l’ayant facilité. Tel n’est pas le cas. Si la foi est un acte personnel, libre, volontaire, son effet est pourtant de transporter hors du croyant le centre de gravité de sa vie morale et pour ainsi dire d’ohjectiver son salut. Plus elle est réelle et vivante, plus elle tend à faire reposer toute l'assurance du croyant non pas sur lui-méme, mais sur Christ, plus elle tend à effacer son propre rôle pour donner toute gloire à Christ. D’après le témoignage de la foi elle-même, le salut n’est pas moins réellement l’œuvre du Sauveur, que la ruine n’est celle du pre-

mier pécheur. C’est un fait de solidarité dont la cause doit être cherchée hors de nous.

Ge-témoignage de l'expérience intérieure correspond bien au sérieux du jugement que l’Ecriture nous oblige à porter sur le péché. Esclave du mal, digne de la condamnation, sous le coup de la colère divine, il faut au pécheur un Sauveur qui accomplisse pour lui ce qu'il ne peut accomplir, qui supporte pour lui ce qu’il ne peut supporter. Jésus à porté nos péchés; il les a expiés, en mourant à notre place. Est-ce à dire seulement que la vue de sa croix nous rende capables de nous juger nous-mêmes, afin de n'être pas jugés ? Est-ce à dire que, par la puissance de sa sympathie, il se soit associé à notre ruine et ait senti l'aiguillon du péché que nous ne sentions qu’en partie? Ou bien plutôt la sainteté divine n’exigeait-elle pas un châtiment, qu’une transmission mystérieuse à pu faire peser sur lui? Il y a en tout homme quelque chose qui dépasse l'individu. Le Fils de l'homme a voulu que tout son être appartint à ses frères, et qu'ils eussent le droit de lui dire : « Tu es mon péché, je suis ta Justice, » (Luther).

Cette dispensation a quelque chose d’insondable. Jésus s'y est librement soumis, elle fait appel à notre liberté, et cependant notre esprit ne sait comment l’accorder entièrement avec nos notions morales. La conscience approuve et admire, cela suffit. De même qu’en nous interdisant de cheicher dans la solidarité une excuse à nos péchés, elle légitimait une injustice apparente, elle approuve maintenant cette substitution qui nous sauve. Le salut par Christ est, comme lPhérédité du péché, un mystère, mais c'est un mystère de lumière et d'amour.

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