‹ La Solidarité Dans Le Mal et La Justice DivineChapitre 3 sur 18 · QU · texte numérisé non relu

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L'amitié, Vadmiralion, l'amour, limitation, la contagion morale, la sympathie et lantipathie, autant de liens qui d'une manière directe ou indirecte nous unissent les uns aux autres. Certains faits semblent même prouver qu'à l’occasion, une volonté agit sans aucun intermédiaire sur une autre volonté. Les sociétés organisées, Etat, Eglise, famille, rendent plus étroite la dépendance mutuelle de - ious, en multipliant les opinions et les habitudes sociales. Ces influences sont puissantes pour le bien comme pour le mal. Mais ne consitatons-nous pas souvent les ellets désastreux de telle coutume, de tel exemple, de telle parole. N'’est-il pas permis d'expliquer ainsi luniversalité du mal, et de supposer que la propagation, non seulement de telle ou telle forme du péché, mais celle du péché lui-même, est due à influence du milieu ?

Pour ladmettre, il faudrait oublier la nature du mal moral. Il consiste en effet dans l’acquiescement de la volonté à la suggestion mauvaise ou à l'exemple mauvais. Or cet acquiescement ne peut être imposé par aucune sollicitation extérieure : elle ne pourra corrompre qu’un cœur déjà corrompu. Ces influences de toutes sortes que nous désignons sous le nom de solidarilé sociale, exerceront, là où elles auront trouvé un point d'attache dans la volonté individuelle, une action dont la portée est incalculable. Mais le mystère est que £e point d'attache se trouve chez tout être humain.

Si donc la relation des hommes les uns avec les autres se réduisait à la solidarité sociale, il faudrait renoncer à expliquer par elle l’universolité du mal dans le monde. Tel n’est pas le cas. Une relation d’une nature beaucoup plus profonde nous unit, sinon directement à tous nos semblables, du moins à un certain nombre d'entre eux.

ms (ne L'humanité n’est pas seulement le milieu dans lequel l'enfant va se développer, elle est tout d’abord la source de son existence : il lui doit sa vie elle-même.

L'importance de ce rapport organique a été longtemps méconnue, mais personne ne soutiendrait plus aujourd’hui qu’au moment de la naissance, notre être soit semblable à une tabula rasa. Nous apportons avec nous une foule de qualités latentes qui, en se développant, contribueront, avec les influences extérieures, à faire de nous ce que nous serons. Les recherches et les travaux modernes, devenus le point de départ d'hypothèses et de méthodes nouvelles, mettent en lumière la portée immense de ce facteur organique dans notre vie.

Aux faits bien connus d'hérédité physiologique : transmission des caractères d’espèce et de race, des particularités morbides ou accidentelles, ïil faut ajouter l’hérédité définitive de certaines modifications acquises. Quand on s'élève par degrés du domaine intermédiaire des instincts à ceux où l’activité de l'esprit intervient davantage, l’on a plus de peine à constater exactement l'étendue de la transmission héréditaire, mais elle ne disparait pas. Presque tous les caractères psychologiques et moraux peuvent être transmis : facultés perceptives, mémoire, habitudes, intelligence, sentiments, passions, états psychologiques morbides. On cite des exemples de familles de peintres, de musiciens, de savants ; on en cite aussi dans lesquelles le vice et le crime sont héréditaires. Sans vouloir tout absorber dans l’hérédité, il faut donc reconnaitre que l’être vivant n’a point une vie qui lui appartienne à lui seul. Son existence est en quelque sorte le prolongement de la vie de ses antécédents. Lui-même n'est pas seulement individu, il est membre d’une race.

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Rien d'étonnant à ce que ses actes personnels le lient ; il en portera les conséquences, il en résultera des habitudes, en présence desquelles il ne sera plus libre. Mais voici, avañt même qu'il ait agi, les conséquences de certains actes pèsent sur lui comme s'il les avait commis; il commence à peine à vivre, et cependant déjà il a des habitudes que d’autres ont pris à sa place. Sa vie est liée à -celle de ses parents et par leur intermédiaire à celle de tous ses ancètres.

N'est-ce pas à cette solidarité organique qu'il faut faire remonter la cause véritable de la propagation du péché, multiplié ensuite par les influences de la solidarité sociale? Nous héritons d'une volonté déjà faussée et apportons dans le monde le germe du péché. Quant à son origine première, si nous nous refusons à y voir le résultat nécessaire de l’imperfection de la créature, elle ne peut se trouver que dans une décision mauvaise de l’un de ceux dont nous sommes les héritiers. Elle se perd dans la nuit des temps ; mais l'Écriture nous apprend que les choses se sont passées ainsi et qu une faute originelle du premier ancêtre de notre race, a souillé humanité tout entière, qui devait sortir de lui. Dès lors, la vie transmise de l’un à l’autre par l’intermédiaire de la chair, est une vie nécessairement pécheresse.

Avec le péché, sont entrés dans le monde la souffrance et la mort. Autant en eflet les auteurs sacrés se récusent lorsqu'il s'agit d'admettre la relation directe de toute souffrance avec une faute particulière dont elle serait la punition (Jean IX 3), autant ils sont absolus pour affirmer que, d’une manière générale, la cause du mal physique doit être cherchée dans le mal moral. (Gen. I1 17. Rom. M 19. VI 23. Jean V 14.)

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Mais il ne suffit pas de montrer quel est le mode de propagation du mal pour en expliquer l’universalité. En effet, l'existence d’un fait du domaine moral n’est pas réellement expliquée, aussi longtemps que son accord avec les lois morales n’a pas été démontré. Or la solidarité sociale et organique semble être en complèile opposition avec ces lois.

La conscience commande le bien, et rien que le bien en tout état de cause, et voici que les influences de la solidarité, calculées parfois pour anéantir absolument tout sens moral, empêchent pour le moins chacun d’entre nous d'accomplir tout son devoir.

La conscience morale exige que chacun reçoive ce qui lui est dû, et voici,le monde nous présente, pour ainsi dire, l'injustice érigée en loi, le châtiment sans cesse épargné au coupable et atteignant l’innocent, l’un commettant la faute, l’autre en supportant les conséquences.

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