‹ La solitude de l'été: PoèmesChapitre 10 sur 42 · LES PANIERS · texte numérisé non relu

LES PANIERS

A Tristan Klingsor,

Les enfants qui vont nu-pieds

et qui vendent des paniers

charmants comme leurs gestes et leur âge

passent chaque été dans le village...

La voiture de bois à petits volets est près du talus comme une maison, le cheval au bout de sa longe

broute l'herbe courte et pâle,

un feu brûle misérable

et les enfants bruns à cheveux longs

se laissent cuire au midi qui plombe .

Par roseraie

pieine de ruisseaux

ils sont passés à la nuit;

furtivement, ils ont cueilli

pour mettra en bottes et en faisceaux

les osiers bruns,

et nul ne s'en doutait le lendemain

— car ils étaient partis loin

avec les bottes pelées et blanches,

comme le petit jour sur les pentes...

Deux à deux ou plus,

ils les prennent

les tiges encor humides,

et ils les mêlent

de leurâ doigts fluides,

et ils les tressent,

activement et simplement,

comme de pâles cheveux blonds

en nattes gaies,

et jouent et se pressent

au caprice souple des claies...

Ils vont si vite

parfois,

dans l'ivresse du rythme

où les baguettes ploient,

que l'on ne distingue plus leurs doigts

des osiers clairs,

ni les osiers clairs du soleil qui passe

à travers les mailles,

et que l'on croit

qu'il font des vanneries légères

de chair, de soleil et de bols...

Les paniers ovales,

les corbeilles rondes

qui tournent comme dans une ronde;

Tanse par-dessus

comme un pont jeté ■

sur le gouffre au fond ajouré,

et les vans larges,

et les hottes,

en tas,

et les enfants partent chargés,

pour la quête de porte en porte...

Une mo ntagne légère sur le dos

et une rangée à chaque bras ;

Tosier qui crie à chaque pas

comme pour convier derrière les murs clos

les fruits qui mûrissent encore,

et les enfants appellent haut...

Voici les cages .

pour les étés,

les cages des pêches velues

des fjgues sombres et des cerises lisses,

voici les cages serrées

pour les rires joufflus

aux interstices

des pulpes mûres des vergers;

voici les cages à fruits,

les paniers sont des prémices...

Les paniers vides on voit au travers,

les paniers pleins

on voit les légumes

et les provisions du marché,

les paniers légers qu'on agite

en allant à la mousse ou aux fraises,

et les paniers que mouillent les lessives...

Une vieille achète une corbeille pour mettre ses aiguilles et sa laine ; une jeune fille pour coucher les fleurs qu'elle va chercher aux prairies, et quelque autre qui ne sort pas pour la pendre dans sa demeure comme un clair objet de joie...

Car les paniers disent les récoltes

les routes allègres et les chemins doux

et tout ce qui les peut emplir

du mai à l'août,

des espoirs et des jeunesses,

et la blanche clarté des enfants qui les tressent ;

c'est la cage faute de l'oiseau

pour éclairer la maison triste

et en somme quelque soleil...

Ils valent peu,

c'est ce qu'il faut,

aussi tout le monde en achète

aux enfants qui vont nu-pieds

et que l'on accueille quand même,

parce qu'ils vendent des paniers

comme des promesses...

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