LES PANIERS
A Tristan Klingsor,
Les enfants qui vont nu-pieds
et qui vendent des paniers
charmants comme leurs gestes et leur âge
passent chaque été dans le village...
La voiture de bois à petits volets est près du talus comme une maison, le cheval au bout de sa longe
broute l'herbe courte et pâle,
un feu brûle misérable
et les enfants bruns à cheveux longs
se laissent cuire au midi qui plombe .
Par roseraie
pieine de ruisseaux
ils sont passés à la nuit;
furtivement, ils ont cueilli
pour mettra en bottes et en faisceaux
les osiers bruns,
et nul ne s'en doutait le lendemain
— car ils étaient partis loin
avec les bottes pelées et blanches,
comme le petit jour sur les pentes...
Deux à deux ou plus,
ils les prennent
les tiges encor humides,
et ils les mêlent
de leurâ doigts fluides,
et ils les tressent,
activement et simplement,
comme de pâles cheveux blonds
en nattes gaies,
et jouent et se pressent
au caprice souple des claies...
Ils vont si vite
parfois,
dans l'ivresse du rythme
où les baguettes ploient,
que l'on ne distingue plus leurs doigts
des osiers clairs,
ni les osiers clairs du soleil qui passe
à travers les mailles,
et que l'on croit
qu'il font des vanneries légères
de chair, de soleil et de bols...
Les paniers ovales,
les corbeilles rondes
qui tournent comme dans une ronde;
Tanse par-dessus
comme un pont jeté ■
sur le gouffre au fond ajouré,
et les vans larges,
et les hottes,
en tas,
et les enfants partent chargés,
pour la quête de porte en porte...
Une mo ntagne légère sur le dos
et une rangée à chaque bras ;
Tosier qui crie à chaque pas
comme pour convier derrière les murs clos
les fruits qui mûrissent encore,
et les enfants appellent haut...
Voici les cages .
pour les étés,
les cages des pêches velues
des fjgues sombres et des cerises lisses,
voici les cages serrées
pour les rires joufflus
aux interstices
des pulpes mûres des vergers;
voici les cages à fruits,
les paniers sont des prémices...
Les paniers vides on voit au travers,
les paniers pleins
on voit les légumes
et les provisions du marché,
les paniers légers qu'on agite
en allant à la mousse ou aux fraises,
et les paniers que mouillent les lessives...
Une vieille achète une corbeille pour mettre ses aiguilles et sa laine ; une jeune fille pour coucher les fleurs qu'elle va chercher aux prairies, et quelque autre qui ne sort pas pour la pendre dans sa demeure comme un clair objet de joie...
Car les paniers disent les récoltes
les routes allègres et les chemins doux
et tout ce qui les peut emplir
du mai à l'août,
des espoirs et des jeunesses,
et la blanche clarté des enfants qui les tressent ;
c'est la cage faute de l'oiseau
pour éclairer la maison triste
et en somme quelque soleil...
Ils valent peu,
c'est ce qu'il faut,
aussi tout le monde en achète
aux enfants qui vont nu-pieds
et que l'on accueille quand même,
parce qu'ils vendent des paniers
comme des promesses...