‹ La solitude de l'été: PoèmesChapitre 16 sur 42 · LA CANICULE · texte numérisé non relu

LA CANICULE

A Charles'Uenry Hirsch,

L'été a de beaux jours d'azur léger,

pour fleurir les yeux des enfants

Tacier des faux et les âmes des travailleurs;

alors la brise entre dans les maisons,

sèche et rafraîchit les fronts en sueur,

et le ciel qui flotte sur elle

appelle et appelle

tous ceux qu'accable le labeur,

comme pour les aider, ne fût-ce qu'un instant,

et les faire un peu plus légers,

POÈMES DE LA PLAINE AU HOLEIL 16l

et ceux qui marchent dans les champs ne sentent plus à leu|rs souliers le sol qui pèse.

Or, quelque jour la brise fuit ;

on ne sait où elle est partie...

apaiser sans doute un val souffreteux

qui la réclame ;

le ciel si léger qui plane

se laisse choir faute de son aide ;

il approche de la terre,

il touche les toits du village,

il entre par les fenêtres

au lieu de l'air attendu^

et il écrase et il brûle :

c'est l'orage d'azur et de feu,

l'enfer éclatant de la canicule.

Le soleil, la plaine, la vie, la clarté des labeurs qui convient...

toute la nature est là qui dort comme si elle attendait l'aube encor...

Les routes sont vides; à ceux qu'on exile

même les menaces de mort

ne feront quitter leur demeure,

tant ils ont peur

des étapes lourdes ;

ceux qui ont été surpris

sont partis vers les fontaines ;

mais toute boisson fut tarie

et les réserves dans les gourdes

sont chaudes^ âpres et mauvaises...

Les troupeaux paissant vers le fleuve

à la prairie abritée

de gazon toujours humide

se sont vainement plongés

dans l'eau voisine;

ils s'agitent et tombent las,

comme frappés...

Les villages dorment pesamment et veulent secouer des mauvais rêves, on ouvre les portes des maisons pour respirer un air imaginaire...

et aussitôt on les referme; on clôt les volets et le noir étouffe,

POÈMES DE LA. PLAIlfE AU SOLEIL 163

et si la lumière pénètre,

on voit les visages qui souffrent,

suants et rouges. ^.

Les pigeons pleurent dans les cages ;

les vins tournent au fond des caves,

et les mouches en invasion

viennent frôler les visages,

se poursuiTent, tombent, s'exaspèrent,

les guêpes à l'aiguillon acéré

s'irritent contre la lumière ;

ah ! l'air tranquille et pur des sommets !

Les demeures n'ont pas assez de toutes leurs baies,

pour respirer ;

les hommes voudraient se dénuder,

les pailles et les épis sont en un jour grillés

comme par une gelée blanche,

ils tiennent leur rousseur rigide

— il n'est de vent qui les évente ! —

la plaine stagne comme un marais

en une torpeur immobile,

une fièvre germe en secret...

Ceux qui ont voulu s aimer sentent leurs bras qui se dénouent et ils restent côte à côte sans parler...

Ceux qui sont partis au champ, pour travailler quand même et ne point perdre la journée (quand on a déjà si peu à gagner !) ceux-là n*ont pas pu l'atteindre et se sont étendus avant dans le fossé^ car les chevaux ont refusé d'avancer et Tun est mort faute d'ombre...

Et j'ai voulu simplement vivre

en contraignant ma fatigue,

comme chaque jour,

et j'ai constaté qu'alentour

rien ne vivait,

et qu'il n'y avait plus d'oiseaux aux clairières,

alouettes ni chardonnerets,

et plus de verdures vives,

et plus de fleurs dans les parterres...

J'ai touché du pied la terre

et j*ai senti qu'elle était morte,

car elle n a pas frémi

et je cherche encore un abri...

mais a travers les feuillages on sent les cieux

et la paille des chaumes a failli prendre feu...

Il y aura des gens sur leurs portes attendant en vain la douceur du soir, il y aura des éclairs plein la nuit et point d'orage, car c'est un ciel de pur azur sans taches grises de nuages, car c'est un ciel de pur soleil dont les caresses s'exaspèrent.

Il est des tempêtes d'été

qui fauchent toutes les forces de la vie,

les hommes, les moissons, les arbres et les prés,

qui dessèchent et qui brûlent

toutes les sèves et toutes les chairs,

il est des tempêtes d'été

pires que foudres et que tonnerres,

parles jours étouffants des écrasantes canicules.

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