FINALE
... Et Ton contemple le soleil,
et Ton pense qu'il est éternel
et qu'il ne s'exilera plus ;
or, le soleil suspendu
.tombe le soir vers l'occident ;
et les yeux qui l'admiraient tant
de n'en pas pouvoir soutenir la vue,
le fixent comme une planète éteinte, maintenant.
Le globe de feu qu'on n'osait toucher
il tombe, il tombe
ainsi qu'une grosse orange
dont il a l'éclat et la forme,
de quelque Eden céleste où sont les pommes
dont parlent les textes bibliques,
et, certes, on le cueillerait simplement
pour se rafraîchir après la journée
si pesante de rayons...
le bras allongé et ce serait fait. . .
Il va toucher l'horizon
et s'enfoncer dans la mousse des brumes,
puis on ne le verra plus
et les hideux oiseaux nocturnes
commenceront à sillonner Tair
et l'on sera triste longtemps.
Le soleil meurt comme toute chose
et ceux qui tout le jour l'habitent
cesseraient un jour de l'aimer
si son haleine claire et chaude
ne venait, une fois au moins, à leur manquer...
Et qui sait si, quand il décline,
ce n'est point seulement la fatigue
de l'avoir vu trop haut
qui vous le fait d'instinct voir s'abaisser ?
et si les bons bergers qui mènent les troupeaux
ne reviennent point avant l'heure, croyant que le jour baisse, sans raison...?
Mais, que deviendraient les moissons ?
elles seraient en une semaine dorées
sans que les grains aient eu le temps de se former,
et quand le fléau ferait son office^
il ne battrait que du son,
et la huche où l'on met le pain resterait vide...
Il faut laisser des désirs,
et la lumière éblouissante,
quand elle ne brûle pas les regards,
les lasse ;
le soleil s'en va chaque soir
et la terre semble plus vivante
quand sur l'orient, à l'aube suivante, il s'étire...
car elle a sommeillé sous la pâleur des astres
avec le bon désir étendu auprès d'elle
de revivre dans le soleil...
Et si tu veux le chanter demain
dans toute sa gloire,
il faut qu'il se couche, ce soir,
comme un fruit d'hiver, presque àlaportée delà main.