‹ La solitude de l'été: PoèmesChapitre 20 sur 42 · LA PETITE FILLE AU TAUREAU · texte numérisé non relu

LA PETITE FILLE AU TAUREAU

Le taureau est venu, conduit par une petite fille,

au pré d'amour où les vaches attendent ;

elle le tient par une corde, docile, presque tendre,

peut-être de la pure présence enfantine

ou de la main ingénue posée sur son flanc,

car malgré que le pré soit proche

et que le troupeau clame un désir mugissant,

il va, écartant les mouches et les taons

de sa queue qu'il balance au rythme de sa marche.

Mais l'odeur des femelles qui s'élève des foins

lui fait tendre la tête et gonfler les naseaux*' qui soufflent

sur le cou de l'enfant une haleine de feu ;

il presse le pas, les vaches se lèvent de leur couche

et toutes ensemble implorent des yeux,

en bonnes résignées aux amoureuses servitudes,

la joie ruée du mâle qui féconde,

sa robe sous le soleil ruisselle et flambe

de l'instinct soudain réveillé qui le brûle,

et comme il a choisi l'une d'elles et Técrase

du poids de son corps dressé pour Tétreinte,

sans savoir rien que la beauté du monde

éternellement simple et sainte,

la petite fille naïve de sa longe

modère la fureur des amours animales

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