LA PETITE FILLE AU TAUREAU
Le taureau est venu, conduit par une petite fille,
au pré d'amour où les vaches attendent ;
elle le tient par une corde, docile, presque tendre,
peut-être de la pure présence enfantine
ou de la main ingénue posée sur son flanc,
car malgré que le pré soit proche
et que le troupeau clame un désir mugissant,
il va, écartant les mouches et les taons
de sa queue qu'il balance au rythme de sa marche.
Mais l'odeur des femelles qui s'élève des foins
lui fait tendre la tête et gonfler les naseaux*' qui soufflent
sur le cou de l'enfant une haleine de feu ;
il presse le pas, les vaches se lèvent de leur couche
et toutes ensemble implorent des yeux,
en bonnes résignées aux amoureuses servitudes,
la joie ruée du mâle qui féconde,
sa robe sous le soleil ruisselle et flambe
de l'instinct soudain réveillé qui le brûle,
et comme il a choisi l'une d'elles et Técrase
du poids de son corps dressé pour Tétreinte,
sans savoir rien que la beauté du monde
éternellement simple et sainte,
la petite fille naïve de sa longe
modère la fureur des amours animales