‹ La solitude de l'été: PoèmesChapitre 21 sur 42 · LA GRANGE · texte numérisé non relu

LA GRANGE

Tandis que mûrissent et dorent

les champs de céréales opulentes,

il me plaît d'entrer dans la grange

où dort le foin des anciennes récoltes;

le vantail de bois s'entr'ouvre,

découvrant d'une clarté vive

la profondeur des murs et la hauteur des poutres,

et quand il est fermé, une lueur qui filtre

par les interstices des planches et des tuiles

et par la lucarne à l'auvent mal clos,

fait flotter comme un blond halo

178 LA fiOLITUDE DE l'^TÉ

qui rassure le pas dans l'ombre plus légère.

La montagne de foin en gradins moelleux

descend jusqu'à vous parfumée et claire,

on la gravit lentement par étapes

comme une pente détrempée et sans cailloux

où l'on enfonce jusqu'au genou,

et l'on s'arrête à des terrasses.

Parfois, un tas de bottes croule

comme au torrent des roches détachées

et l'on se cramponne et Ton roule,

mais quand on a atteint le toit

on s'étend de toute sa longueur et l'on rêve

dans le lit peu à peu plus profond,

on écoute voleter les hirondelles

et Ton sent fleurer les herbes séchées,

et l'on oublie l'été, le soleil, les moissons,

tout le présent parmi les fenaisons passées.

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