LA GRANGE
Tandis que mûrissent et dorent
les champs de céréales opulentes,
il me plaît d'entrer dans la grange
où dort le foin des anciennes récoltes;
le vantail de bois s'entr'ouvre,
découvrant d'une clarté vive
la profondeur des murs et la hauteur des poutres,
et quand il est fermé, une lueur qui filtre
par les interstices des planches et des tuiles
et par la lucarne à l'auvent mal clos,
fait flotter comme un blond halo
178 LA fiOLITUDE DE l'^TÉ
qui rassure le pas dans l'ombre plus légère.
La montagne de foin en gradins moelleux
descend jusqu'à vous parfumée et claire,
on la gravit lentement par étapes
comme une pente détrempée et sans cailloux
où l'on enfonce jusqu'au genou,
et l'on s'arrête à des terrasses.
Parfois, un tas de bottes croule
comme au torrent des roches détachées
et l'on se cramponne et Ton roule,
mais quand on a atteint le toit
on s'étend de toute sa longueur et l'on rêve
dans le lit peu à peu plus profond,
on écoute voleter les hirondelles
et Ton sent fleurer les herbes séchées,
et l'on oublie l'été, le soleil, les moissons,
tout le présent parmi les fenaisons passées.