LE CIMETIÈRE AU COTEAU
Le petit cimetière ensoleillé s'étage,
comine un parc joyeux, sur le coteau rose ;
il domine le hameau et la plaine rase
aux moissons lisses et moirées,
il a tous les oiseaux de la contrée,
car il est le seul abri des journées chaudes.
Il balance lentement les panaches
de ses sapins, de ses saules et de ses ifs,
par-dessus son mur bas comme une terrasse,
et ses bosquets de verdure sombre s'éclairent
de la blancheur des croix et des chapelles,
dressées comme des marbres héroïques.
Le petit cimetière au coteau n'est pas triste :
des jardins sont entretenus autour des tombes
où les roses fleurissent deux fois,
l'âme des morts y sourit, délivrée,
du sourire éternel des plantes,
et les pierres abandonnées et les vieilles croix
sont couverte de mille floraisons mêlées.
On a creusé suivant la mode de Bretagne
dans les pierres de pauvres des bénitiers
pour que les rossignols viennent y boire
l'eau accumulée des récentes pluies
et qu'ils chantent plus clair la nuit,
pour les morts, après les jours pesants d'été.
Fermier! tu peux chercher dans tes blés,
il n'est plus de perdreaux, de grives, ni de cailles,
ils peuplent le jardin funèbre aux doux ombrages ;
seule, en plein ciel, une alouette chante,
qui longtemps plane au-dessus, bercée,
et tombe
droit comme un trait, dans les bosquets, fausse blessée.