‹ La solitude de l'été: PoèmesChapitre 24 sur 42 · LES CHOSES · texte numérisé non relu

LES CHOSES

La maison désertée, à cette heure torpide,

est grande comme un monde et paraît vivre

du peuple de ses choses posées là,

plus que de la gaieté des enfants et des filles

et de l'activité des bonnes ménagères,

quand elles s'emploient au repas.

Les meubles dans la solitude s'animent

comme de véritables êtres;

les fauteuils bas semblent des vieillards accroupis,

les fleurs tremblent sur les rideaux

attendant des mains qui les cueillent,

18(k LA SOLITUDE DE l'ÉTÉ

les huches gardent le lourd pain bis

avec la fruste gravité qu'il faut,

et les hautes armoires où sont sculptées des feuilles

serrent le chêne de leurs battants

sur le parfum des piles de linge blanc.

Ici est ignorée l'âme des hommes

et les douleurs qu elle pense à jamais gravées

sur les choses, leurs témoins muets;

celles-ci ne leur sont que des servantes bonnes

que Tusage modèle au gré de leurs travaux;

la matière y luit façonnée :

le bois marbré du dessin des nœuds et des fibres,

la terre cuite vernissée et les métaux,

beaux soudain de n'être qu'utiles ;

et certains jours, quand l'été remue trop de vie,

la sève veut en rejaillir, verte et vive :

alors les meubles des demeures désertées

ont la splendeur tranquille et sereine des fruits

qu'ils portent dans leurs poteries,

mais nul sur leur parfum ne songe à se pencher.

INTEHMèbE AU VILLAGE 185

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