LA LECTURE
A Georges Rency.
Le grand livre toujours ouvert de la nature
a ses pages trop blanches aujourd'hui;
le soleil cru fait danser les mots,
comme un vol électrique de libellules ;
à tourner les feuillets je sens peser des fruits,
je n'y chercherai pas d'enseignement nouveau.
Le bocage est tranquille ici et pépie ;
des enfants au jardin sur la table de fer
regardent des images découpées,
et j'admire le cercle frais des jeunes filles,
sur la pelouse assises et groupées
autour de la plus grande qui leur lit
quelque roman honnête de famille.
La nature revit dans le livre des hommes,
plus douce, moins éclatante et moins habile ;
j'ai pris Virgile et Lamartine
pour sentir les prairies qu'ils chantent
et que l'été ici a trop vite séchées;
j'ai choisi un hêtre pour m'abriter
ainsi qu'un vrai pasteur d'églogue,
et j'ai cru percevoir la musique grinçante
d'un, tailleur de pierres, sur la route,comme à Saint-Point.
Renversé, une main sous la tête, et de l'autre
tenant le livre, j ai dit les vers
au timbre tour à tour claironnant et lointain,
et comme j'ai senti couler sur mes paupières
une molle lumière rose,
je n'ai point regretté d'avoir les yeux trop faibles
pour lire le poème embrasé du soleil.
INTERMEDE AU VILLAGE 187