LE CASSEUR DE CAILLOUX
Le cheval a ralenti le pas, soudain,
comme pour gravir une pente ;
la voiture a crié sur les cailloux aigus
que vient de verser au chemin
le cantonnier qui s'appuie sur sa pelle et chante,
essuyant de la main son front doré qui sue.
Il suit des yeux un instant l'équipage
et de nouveau transporte les cailloux
sur la chaussée défoncée par les roues
à la descente du moulin
et par la piétinante fureur des orages.
Il met des pièces au chemin,
comme la ménagère économe
aux pantalons usés sur les bancs de l'école,
de larges pièces jaunes et humides
attendant d'être tassées par le rouleau;
puis il revient au talus où s'appuient,
pareils aux sépulcres des voies antiques,
les tas réguliers de cailloux trop gros,
qu'il doit casser en plein midi.
Les éclats volent sous les coups secs
en une poussière qui pique ;
vêtus de craie, les durs silex
s'ouvrent en deux, comme des fruits,
et découvrent le marbre uni
de leur tranche noire et lisse ;
des lueurs pointues sur le tas pétillent
et l'homme ébloui ne sait distinguer
les reflets blancs du jour sur les arêtes vives,
du feu qu'il fait jaillir de la pierre brisée.