‹ La solitude de l'été: PoèmesChapitre 26 sur 42 · LE CASSEUR DE CAILLOUX · texte numérisé non relu

LE CASSEUR DE CAILLOUX

Le cheval a ralenti le pas, soudain,

comme pour gravir une pente ;

la voiture a crié sur les cailloux aigus

que vient de verser au chemin

le cantonnier qui s'appuie sur sa pelle et chante,

essuyant de la main son front doré qui sue.

Il suit des yeux un instant l'équipage

et de nouveau transporte les cailloux

sur la chaussée défoncée par les roues

à la descente du moulin

et par la piétinante fureur des orages.

Il met des pièces au chemin,

comme la ménagère économe

aux pantalons usés sur les bancs de l'école,

de larges pièces jaunes et humides

attendant d'être tassées par le rouleau;

puis il revient au talus où s'appuient,

pareils aux sépulcres des voies antiques,

les tas réguliers de cailloux trop gros,

qu'il doit casser en plein midi.

Les éclats volent sous les coups secs

en une poussière qui pique ;

vêtus de craie, les durs silex

s'ouvrent en deux, comme des fruits,

et découvrent le marbre uni

de leur tranche noire et lisse ;

des lueurs pointues sur le tas pétillent

et l'homme ébloui ne sait distinguer

les reflets blancs du jour sur les arêtes vives,

du feu qu'il fait jaillir de la pierre brisée.

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