LE MUR
Le mur avec son banc de pierre dort au soleil,
l'ombre des passants s'y projette, fugace,
en longues silhouettes déformées ;
puis le mur reste blanc et nu sur la place.
Il regrette le temps de lumière nouvelle
où les vieux, sortant de l'hiver plus courbés,
venaient sur leur bâton en se disant leur joie
d'avoir gagné encor un an de vie;
il les revoit sur le banc accroupis,
qui cueillaient à sa treille de chaux éclatante
un peu des rayons chauds que le soleil avait mûris,
et ranimaient les rires d'autrefois
au bout de leurs lèvres tremblantes.
Les guêpes sortaient de leur trou, musicales,
ou chantaient secrètement entre les pierres,
et le mur en vibrait comme un vieux cœur ému;
il regardait au pied croître la mauvaise herbe
l'ortie, la menthe et les graminées en nuage;
il écoutait tinter les billes le jeudi,
quand jouaient près de lui les enfants du village.
Maintenant, triste, il répond au heurt de leurs cris,
quand ils s*en vont au bois troubler les sources,
du sanglot étouffé de son écho trop grave ;
les guêpes aux jardins butinent les fleurs douces,
les vieux recherchent Tabri des feuillages :
le mur soutient le banc comme une épave lasse
parmi l'herbe jaunie et les plantes brûlées,
et sur sa face de clarté des ombres passent.