L^AUBERGE
Je m'arrêterai à la bonne auberge
que gardent les oies et les jars en troupe ;
de loin je vois se balancer l'enseigne,
où; suivant Tart grossier d'une main lourde,
est peinte une cruche bleue qui déborde.
Mais c'est assez pour héler le passant;
qu'importe le mot, où sourit l'invite ?
la servante plantureuse est sur la porte,
les rouliers assis boivent en fumant
et leur chanson se cogne aux vitres.
Il n*y a qu'une grande salle,
et pour un voyageur de nuit
une mansarde exiguë où conduit
un escalier drapé d'étoffes à ramages.
Mais on y soupe du lard fumé
qui pend au manteau de la cheminée,
du pain bis que manie lui-même,
dans son pétrin de chêne, Thôtelier
et qu'il fait cuire au village pour la semaine,
et des derniers œufs pondus par les poules,
qu'on trouve couverts de lait quand on les ouvre .
La fille ira chercher dans la cave profonde
une bouteille qui aussitôt se ternira;
la buée couvrira aussi la carafe ronde,
sans laisser voir comme est limpide
Teau dont le vin s'allégera
dans le verre scintillant de rubis liquides,
et j'écarterai les canards, les jars et les oies
qui auront envahi la salle
et se disputeront les miettes sous la table,
en claquant de leur bec jaune autour de moi.