‹ La solitude de l'été: PoèmesChapitre 29 sur 42 · LA SIESTE · texte numérisé non relu

LA SIESTE

A Henri Van de Putte,

Les hommes sont aux champs et moissonnent,

les femmes, à l'ombre des tilleuls, travaillent ;

on entend de la rue les enfants à Técole,

qui chantent leur leçon trop haut

et la règle du maître en colère qui claque.

Mais les maisons désertées semblent assoupies,

c'est la sieste des murs pesants

et des chambres un peu plus fraîches,

sous les stores baissés comme des draperies

et sous les volets joints exactement

dont l'éclat vert au soleil crie.

Une cuisine, du côté de l'ombre, est ouverte,

elle éclaire les autres pièces par la porte ;

la brise vient rafraîchir encor

Tair blond qui languit sur les meubles,

en éventant le mouron suspendu,

sans que dans la cage s'émeuvent

les oiseaux qui ne chantent plus.

Les guêpes ne sortent de leurs nids creusés

que pour passer en un trait nasillard

qui s'éteint comme une fusée ;

le bavardage accoutumé des femmes

ne franchit même plus le seuil;

ainsi qu'un cimetière en fleur

le village est doux et silencieux,

parfois, furtif, un éclair bleu

raie l'ombre de la cuisine :

c'est le ciel qui mire un instant ses yeux

au fond rouge et poli d'une casserole de cuivre.

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