LA SIESTE
A Henri Van de Putte,
Les hommes sont aux champs et moissonnent,
les femmes, à l'ombre des tilleuls, travaillent ;
on entend de la rue les enfants à Técole,
qui chantent leur leçon trop haut
et la règle du maître en colère qui claque.
Mais les maisons désertées semblent assoupies,
c'est la sieste des murs pesants
et des chambres un peu plus fraîches,
sous les stores baissés comme des draperies
et sous les volets joints exactement
dont l'éclat vert au soleil crie.
Une cuisine, du côté de l'ombre, est ouverte,
elle éclaire les autres pièces par la porte ;
la brise vient rafraîchir encor
Tair blond qui languit sur les meubles,
en éventant le mouron suspendu,
sans que dans la cage s'émeuvent
les oiseaux qui ne chantent plus.
Les guêpes ne sortent de leurs nids creusés
que pour passer en un trait nasillard
qui s'éteint comme une fusée ;
le bavardage accoutumé des femmes
ne franchit même plus le seuil;
ainsi qu'un cimetière en fleur
le village est doux et silencieux,
parfois, furtif, un éclair bleu
raie l'ombre de la cuisine :
c'est le ciel qui mire un instant ses yeux
au fond rouge et poli d'une casserole de cuivre.