LES TOITS
Au pli du val le village s'argente
des ardoises métalliques de ses toitures;
la note rose d*un toit de tuiles chante,
argile cuite légère et jeune, fleur perdue ;
du coteau qui domine on ne voit pas les rues^
et les toits sont toute la vie des demeures.
Le soleil, à leur double pente, glisse ;
il coulé large comme un fleuve
dans le sens de la rivière si petite
qui disparaît au fond du val ;
il traîne des reflets d'aurore et de soir
et ses midis trop francs vous éblouissent.
Puis, le village vers les champs s'égrène;
ce sont les hangars^ les chaumières, les fermes^
la mousse d*or mord les ardoises grises,
et brunit les tuiles des maisons trop vieilles^
et les chaumes, chevelures épaisses,
couvrent les existences simples
de leur blondeur de paille un peu passée,
balançant sur leur crête ainsi qu'aux champs de blé
les marguerites, les coquelicots, les absinthes,
que le hasard a fait fleurir.
Des lucarnes pointent, des colombiers,
des girouettes folles que la brise oriente,
et vers le soir, la vie des ménages intimes,
où cuisent les bons repas parfumés,
monte en colonnes de fumées
des toits ternis déjà par la brume tombante.