LE COURS
Les sycomores dorés des promenades,
la vieille enceinte aux murs branlants
qui, de loin en loin, s'écroulent par pans,
comme sous les antiques canonnades ;
les meurtrières où ne passent plus que des rats,
et les araignées qui tissent leur toile;
les fossés creux, vides et couverts d'herbe,
où se cachent les jeux bruyants,
là-bas, le tapis vert luisant et ras
entouré de chaînes de fer qui s'accrochent
à la pierre massive des bornes
et ne servent qu'à balancer les enfants.
Et la bonté de tout cet appareil de guerre
qui gtrde le vieux bourg inoffensif,
le retour grmve et doux des vêpres
sous rpmbre attendrie des longues allées,
le tour de ville à pas lents, un peu triste,
les arrêts sur les bancs semés.
Gomme la paix des verdures tranquilles
a noyé la rudesse belliqueuse des murs,
pour recevoir les veuves et les vieilles filles
à qui le cours est toute la nature !
Les marronniers s*étendent comme des chênes ;
ils font pleuvoir les fruits piquants et clairs
dont l'écorce fendue découvre
les durs marrons polis d'acajou rouge ;
en les lançant comme des balles
les gamins jouent au soldat,
et ce sont tous les souvenirs de combat
qui hantent le silence ombreux des promenades.
INTERMÈDE AU TILLAGE - 199