‹ La solitude de l'été: PoèmesChapitre 33 sur 42 · LA NUIT VIRGINALE · texte numérisé non relu

LA NUIT VIRGINALE

Tu as soupé^ prends ton bâton, la nuit est proche ;

pars et ne reviens qu'au matin,

ayant rêvé couché sur Içs meules de foin,

ayant battu les routes blanches

et fait tressaillir la voûte des porches,

à travers le sommeil des hameaux de rencontre,

purs comme, des palais en face de la nuit.

Souvent, ainsi, je suis parti,

pour comprendre la beauté des nuits d*été

plus limpides encor que les jours,

les cieux mollis de voie lactée

— ô génisses nourries à la prairie des dieux ! — l'infini clair comme un livre d'amour

de ses étoiles d'acier blanc, rose ou bleu

— chacune a sa couleur quand on la fixe — et la lune fidèle qui veut partout vous suivre

et qu'on laisse, en rentrant, comme un chien à la porte.

Eclat frais des nuits d'été virginales

sur les feuilles toutes argentées

qu'elles soient de tremble ou d'ormeau,

sur les vaches qui couchent au pré

et sur le rêve plus léger des céréales !

Pureté du ciel au-dessus des campagnes pures

que savent respecter les timides hameaux,

courbant les fleurs humbles de leurs toitures

sur le silence de leurs chambres closes.

Qu'un poulailler s'éveille, qu'un chien hurle,

l'innocence de la nuit baigne votre corps,

tu compteras, ivre de clair de lune,

la franchise des pas sur les routes sonores.

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