LE SOMMEIL DES CHAMPS
Le sommeil des champs est doux, la fenôtre ouverte,
avec la lune sur les draps, couleur de neige ;
oii a longtemps regardé dans la nuit :
les feuillages faisaient un bruit de marée,
les chouettes volaient et les oiseaux cachés
chantaient à toute voix aux clairières ;
on s'est couché, peu à peu s'est éteint tout bruit. . .
On s'abandonne à la léthargie pure
où vous mena Todeur des foins et des verdures,
le goût de l'air, l'ivresse du soleil :
des insectes dans les rideaux,
un grillon qui chante trop haut,
et les rêves sains comme le sommeil...
Moins raisonnable, c'est la vie du jour revécue,
ce dont on se souvient, ce qu'on a oublié,
le peu qu'on fit, et tout ce qui ne fut pas fait,
des champs, des gens et des mots,
les mendiants qui passèrent dans la rue,
l'homme qui sculptait des sabots,
la pie tombée dans la citerne,
les betteraves vertes et rouges qu'on binait,
un cri d'oiseau, une couleur de ciel...
— - Et je ne revois pas, le soir, sans un regret
au village perdu sur la trop vaste plaine
le charme exquis de l'humble vie quotidienne.