‹ La somme des sentencesChapitre 11 sur 53 · HUGUES DE SAINT-VICTOR · texte numérisé non relu

HUGUES DE SAINT-VICTOR

dans les Quaestiones d'Eudes, qu'ils avaient dans leurs bibliothèques; et, si peu versés qu'ils fussent dans l'art de vérifier les dates, ils devaient, je pense, savoir que les élèves écrivent ordinairement plus tard que leurs maîtres, que la durée des études à Paris était fort longue et que la Somme n'est pas l'œuvre d'un étudiant. Quoiqu'il en soit, est-il vraisemblable qu'on eût osé attribuer la Somme à Eudes, si l'on eût pensé qu'elle était plus ancienne que l'œuvre du Lombard?

Il ne suit point de là que la Somme est en fait postérieure aux Sentences du Lombard. Mais il en résulte qu'il y a lieu de se demander si, dans le passage cité, l'auteur du Liber de vera philosophia n'exprime pas, comme souvent ailleurs, une simple opinion personnelle, qui s'imposait d'ailleurs à son esprit par le fait qu'il admettait la paternité victorine de la Somme. La question est intéressante, puisque le Liber de vera philosophia nous donne le seul texte actuellement connu du xii^ siècle, où l'antériorité de la Somme par rapport aux Sentences du Lombard soit formellement énoncée : « eum imitatus. » Et il semble bien que les Cisterciens qui ont admis que la Somme était d'un élève du Lombard, se trouvant par là libérés de la hantise de l'origine victorine de l'œuvre, ne partageaient pas l'opinion de l'anonyme du manuscrit de Grenoble, dont par conséquent il est prudent de ne pas accepter les dires, les yeux fermés.

Deux manuscrits relativement récents attribuent la « Somme » à Hugues de Saint- Victor.

J'en étais là de mes investigations et, à ma grande, à ma très grande surprise, je n'avais encore rencontré aucun manuscrit où fût écrit en toutes lettres le nom de Hugues de Saint- Victor. Des recherches très minutieuses m'en firent enfin découvrir deux:

1. — Bordeaux, n. 609. On y lit, fol. 194 : « Incipit liber Sententiarum Hugonis de Sancto Victore. De fide et spe quae in nobis est... » (xii-xiiie siècle).

2. — Nîmes, n. 52 : « Hugo de Sancto Victore De fide et spe. Inc. De fide et spe, quae in nobis est... » (xii-xiii® siècle).

Le titre donné à la Somme par ce manuscrit de Nîmes est à remarquer. Déjà nous avons vu le rédacteur du catalogue de Wessobrunn inventorier la Somme sous la rubrique : Quaestiones de fide. A Nîmes, l'incipit de la Somme devient un titre : De fide et spe. Il ne paraît donc pas douteux que, lorsqu'Aubri de Trois-Fontaines énumère parmi les richesses des armoires de sa bibliothèque un traité : De fide, spe et caritate, qu'il attribue à Hugues de Saint- Victor, c'est bien de notre Somme qu'il est question. G. Robert a nié qu'Aubri fasse mention de la Somme ^. Autant dire que les alchimistes du moyen âge ne parlent pas de cette chose qui est l'argent, parce que, conformément au jargon de certains de leurs grimoires, ils la désignent par le nom de « cire de la lune, cera lunae ».

Avant de tirer une conclusion de ce long et fastidieux relevé des titres et attributions de la Somme au xii® siècle et au début du xm®, il reste à dire un mot d'un certain manuscrit de Cluny et d'un passage d'Aubri de Trois-Fontaines.

Dans sa chronique 2, commencée en 1232, Aubri fait mention de la Somme et l'attribue à Hugues de Saint- Victor. C'est de tous les chroniqueurs connus, le premier qui parle de lu Somme, le premier aussi qui parle de cette attribution. Il peut donc être utile à notre sujet d'étudier sur quelles données Aubri se base soit pour faire, soit pour admettre cette attribution.

Puisque de son temps il existait des exemplaires de la Somme qui, — nous venons de le voir à Bordeaux et à Nîmes, — portaient le nom de Hugues de Saint- Victor, il est possible qu'Aubri n'ait fait que les reproduire. Mais, autant qu'on en peut juger par la manière dont il mentionne la Somme : a Hugo, De tribus virtutibus fide, spe et caritate)), l'exemplaire qu'il en avait dans sa bibliothèque n'avait que le nom de Hugo, tout court.

' Les écoles et l'enseignement de la théologie, p. 216.

• MGH. SS., t. XXJII, p. 828-829; MoLiNiKR, Les sources de l'histoire (f« France, Paris, 1903, t. III, p. 91.

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