DATE ET THÉÂTRE DE L'ACTIVITÉ THÉOLOGIQUE DU «MAGISTER HUGO
Sommaire. — I. La Somme cite les œuvres d'Abélard, donc elle est postérieure à l'an 1138. — II. Voisinage dans les manuscrits de maître Hugues, d'Anselme de Laon et de Gautier de Mortagne. — III. Emploi des œuvres d'Anselme de Laon. — IV. Réfutation des lettres de Gautier. — V. Emprunts au De Trinitate du même Gautier de Mortagne ; tout suggère que maître Hugues fut élève, puis écolâtre à Laon.
Nous voici donc en quête du maître Hugues qu'il nous faut. Et ce n'est pas la partie la moins difficile de notre tâche. Autant chercher une épingle dans une meule de foin.
Essayons de nous orienter et de trouver quelques directives, qui guideront nos pas dans le maquis où il nous faut pénétrer; tâchons de situer notre homme dans l'espace et dans le temps.
Il nous reste à Munich un manuscrit de la Somme, que le catalogue de Prufening date de 1158 ^. Il est donc certain que la Somme n'est pas postérieure à cette date.
Mais elle a pu être faite avant 1158. Comme personne n'a encore pu déterminer jusqu'à ce jour à quelle date précise elle fut composée, cherchons la date extrême, avant laquelle elle
1 Voir plus haut, p. 22.
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n'a pas pu être faite. Et ce sera entre cette date et 1158 qu'il nous faudra chercher le maître Hugues qui en est l'auteur.
La Somme dépend littérairement des œuvres d'Abélard : souvent elle les réfute vivement, souvent elle s'en inspire, sans trop les démarquer ^. Il semble donc qu'en ayant recours à la chronologie des œuvres d'Abélard, il devrait être possible de fixer la date la plus reculée où maître Hugues a pu l'écrire. Malgré les grands progrès réalisés ces dernières années dans notre connaissance de la chronologie des productions littéraires d'Abélard '^, il se trouve que les points de cette chronologie qui intéressent le plus notre sujet restent dans le vague. Par exemple, la Somme emploie les derniers livres de V Introduction d'Abélard : mais on ne sait pas encore à quelle date ces livres furent composés : «entre 1125 et 1138», c'est trop peu net pour notre dessein.
Cependant, une circonstance bizarre qui, au premier abord, paraît compliquer le problème que nous étudions, nous fournit un biais pour le résoudre en partie. Nous savons qu'Abélard, condamné à Soissons, en 1121, à brûler son traité De unitate et Trinitate divina, ne mit pas en libre circulation les livres qu'il produisit ensuite, dès leur achèvement; la crainte du fagot le rendait prudent. Ce ne fut qu'en 1138 que son œuvre théologique, je veux dire la Théologie et V Introduction, devint accessible au grand public. Comme la Somme trahit une connaissance étendue et exacte de ces ouvrages, il faut, je pense, conclure qu'elle n'a pas pu être entreprise avant cette date.
Les œuvres théologiques d'Abélard n'étaient pas encore toutes en circulation en l'an 11 36 ou 11 37. Nous le savons par une lettre de Gautier de Mortagne à Abélard^,qui est de l'une ou de l'autre de ces deux années. Cette lettre ne peut pas être antérieure à Tan 1136; car il y est question des élèves d'Abélard, de leur
' Voir les travaux de Portalié, Robert, CLABYS-BoiîtÎAERT et Anders cités dans l'introduction, p. 6 et 8.
• Consulter l'excellent travail de G. Robert, Les écoles, etc., Paris, 1909, p. 187 et suiv.
» D'AcHERY, Spicilegium, Paris, l^^Z, t. III, p. 524.