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CHAPITRE III

Sommaire. — I. Sur les pas de l'Anonyme de Grenoble. — II. Preuve rationnelle de l'absolue simplicité de Dieu et le Lombard. — III. La formule d'Anselme de Laon : Quidquid est in Deo, Deus est. — IV. Théorie des « vestiges » de Hugues de Saint- Victor. — V. Autres formules antiporrétaines. — VI. Simplicité divine et Gautier de Mortagne. — VII. Appropriation de la «sagesse» et le Lombard. — VIII. Appropriation de «l'amour» et le Lombard. — IX. La formule du Lombard : Una quaedam summa res.

Avec les données que nous avons, nous pourrions dès maintenant nous mettre à la recherche du « maître Hugues », auteur de la Somme, que nous cherchons, et essayer de l'identifier. Cependant, il nous paraît intéressant d'étudier la Somme d'un peu plus près, dans l'espoir d'arriver peut-être à en préciser plus que nous ne l'avons fait jusqu'ici, la date de composition. Il nous va falloir pénétrer dans le maquis des controverses doctrinales du milieu du xii^ siècle, qui ne sont pas encore très bien connues \ Heureusement, — et c'est ce qui rend notre entreprise moins téméraire qu'on ne serait porté à le croire, — nous avons pour nous conduire deux bons guides, d'un côté le Liber de Trinitate de Gautier qui est pour huit chapitres très importants de la Somme la source principale, de l'autre le Liber de ver a phi-

* Cfr. J. Bach, Die Dogmengeschichte des Mittelalters, Vienne, 1875, t. II. — A. Berthaud, Gilbert de la Portée et sa philosophie, Poitiers, 1892. — F. Vernet, article GiVôer/ de la Portée, dans le Dictionnaire de théol. cathoL, t. VI, c. 1350- 1358. — R. L. PooLE, Illustrations of the ... médiéval thought, Londres, 1920.

losophia de l'anonyme porrétain de Grenoble. Essayons, sans nous laisser décourager par la complexité ou par l'aridité du sujet. Audaces fortuna iuvat.

Pour faciliter l'intelligence de ce qui va suivre, voici les grandes lignes de la marche de notre enquête. D'un côté, Gautier de Mortagne, vers 1130, avait écrit contre Ulger d'Angers, Gilbert l'Universel et peut-être aussi contre Gilbert de la Porrée, qui tous niaient ou mettaient en péril la parfaite simplicité de Dieu. Mais ceci n'empêcha pas Gilbert de la Porrée ou ses disciples, les Porrétains, de développer leur système. Nous connaîtrions la date de la composition de la Sommes si nous parvenions à savoir exactement quelles sont les doctrines des Porrétains qu'elle attaque, et à quel moment ces doctrines se sont produites. Or, le Liber de vera philosophia, avec ses seize propositions « pestilentielles » extraites de la Somme^ va nous dire au juste ce que l'auteur de la Somme visait. Maître Hugues se sert, — on le verra, — de ce que Gautier de Mortagne avait écrit contre le porrétanisme au berceau ; mais il ajoute à sa source ce que le progrès et le développement systématique de l'erreur rendait nécessaire ; et, grâce au Liber de ver a philosophia, les tâtonnements nous seront inutiles pour mettre le doigt sur les additions de la Somme et sur ses emprunts. La conclusion sortira, je pense, tout naturellement de ces prémisses. Car le porrétanisme que la Somme réfute, ce n'est pas le porrétanisme embryonnaire qu'attaque Gautier de Mortagne, mais bien le porrétanisme dans son plein épanouissement, celui qu'a connu et réfuté Pierre le Lombard; bien plus, la Somme emploie ou connaît, sans aucun doute, ce que le génie du Lombard avait trouvé pour ruiner à tout jamais cette subtile erreur. C'est ce qu'il faut démontrer.

Ce qui constitue nos traités De Deo uno et trino occupe dans la Somme seulement huit chapitres, du IV« à la fin du XI*. Le chapitre IV commence par affirmer la simplicité absolue de la substance divine, unitas divinae substantiae ; il prouve d'abord

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