‹ La somme des sentencesChapitre 2 sur 53 · VT PRÉFACE · texte numérisé non relu

VT PRÉFACE

entre 1910 et 1914 l'auteur de ces lignes. Mais le nom qu'il fallait donner à l'énigmatique « Summiste » demeurait toujours inconnu, et une seconde question, étroitement liée à la précédente, celle de la date de la composition, restait toujours ouverte. Des enquêtes en sens divers, des collations multiples, des comparaisons de sources, le mettaient successivement sur des pistes qui ne menaient pas toujours bien loin, jusqu'à ce qu'enfin le hasard, aidé, disons-le sans crainte, par un flair exercé et une très vaste érudition dans le domaine de la théologie médiévale, le mit sur la voie du résultat d'une manière inattendue.

Ce résultat qui, de la négation de l'origine victorine de la Somme, traitée dans la première partie du travail, passe dans la seconde partie à la désignation du véritable auteur, marque une révolution dans l'histoire des principales écoles dogmatiques du xii^ siècle. Car la nouvelle date assignée à la composition de la Somme et les relations de dépendance qui lui sont reconnues vis-à-vis des Sentences^ intervertissent tout à coup les rôles : le plagiaire n'est plus Pierre Lombard; de copiste, il devient modèle !

La conclusion de cette seconde partie du travail, qui aboutit à rendre aux Sentences le renom d'originalité dont l'auteur de ces lignes avait, plus que d'autres peut-être, contribué à les déposséder, n'est pas faite pour l'eff^rayer. Il a, au contraire, fortement poussé le P. Chossat à ne pas priver plus longtemps le public savant du fruit de ses recherches... Suus sit veritati locus !

Le lecteur suivra avec intérêt les vicissitudes de cette enquête. En même temps, il lui sera donné d'assister à une étude des plus fécondes sur le mouvement dogmatique des grandes écoles du xii^ siècle : l'histoire des doctrines s'y éclaire d'une façon inattendue. De ce seul point de vue déjà, l'ouvrage a par luimême les meilleurs titres à sa présentation.

Et maintenant, parve... sine me liber ibis !

LouvAiN, Collège Théologique ^ 19 avril 1923.

J. DE Ghellinck, s. J.

Sommaire. — I. Portée de la question. Principaux noms en présence. — II. Historique de la question d'authenticité. — III. Le nom du véritable auteur : Odon .' La thèse nouvelle : Hugues de Mortagne ? — IV. Rapport chronologique de la Somme et des Sentences du Lombard.

Le débat engagé depuis vingt ans environ sur l'authenticité de la Summa Sententiarum, a passé par une double phase de flux et de reflux, qui n'est pas sans exemple dans l'histoire littéraire. Au moment où, pour la seconde fois, l'accord semblait à la veille de se faire pour écarter définitivement la paternité victorine, quelques historiens, et non des moindres, parmi ceux qui s'occupent de l'histoire de la théologie médiévale, ont cru devoir donner un renouveau de vie à l'opinion ancienne, en maintenant les titres de Hugues de Saint- Victor, qui avaient été fortement contestés.

L'attention donnée à ce débat et le grand nombre des travaux qui lui ont été consacrés ne s'expliquent pas par la seule fascination d'une énigme d'histoire littéraire, ni par le sympathique intérêt que projette la personne du Victorin sur chacun des ouvrages auxquels est associé son nom. Le problème littéraire se double ici d'un problème doctrinal : c'est tout un courant de la dogmatique du xii® siècle, et l'un des principaux, dont il faut différencier l'histoire, d'après l'origine qu'on attribuera à cette œuvre. L'école de Saint- Victor, avec Hugues son chef,

a-t-elle adopté les idées abélardiennes et autres représentées par la Somme} ce qui marquerait dans la pensée du grand Victorin une évolution dont l'importance n'échappe à personne. Ou bien, si la Somme lui est étrangère, faut-il voir dans cet ouvrage la fusion du courant victorin et du courant abélardien ? ce qui serait une caractéristique sensationnelle dans le mouvement dogmatique du xii^ siècle et, à supposer l'antériorité de l'œuvre sur les Libri Sententiarum, marquerait un premier pas vers la codification éclectique de Pierre Lombard. Ou encore, si l'origine de la Somme doit se placer en-dehors de Hugues de Saint- Victor et après la date ordinairement assignée, devonsnous ne faire de cette compilation qu'une espèce de remaniement ou de résumé, intelligent assurément, mais toujours produit de seconde main, de l'œuvre du Lombard } ce qui diminuerait d'autant l'originalité de la Somme, au grand avantage de la réputation du théologien italien. Ces trois considérations, auxquelles on pourrait en ajouter mainte autre relative à divers points de doctrine, suffisent à montrer la place du problème, outre sa portée d'histoire littéraire, dans le mouvement des idées du xii^ siècle.

Pour faciliter l'intelligence de l'étude qui va suivre et la situer dans les débats de ces trente dernières années, contentonsnous de grouper ici les avis principaux qui se sont fait jour et d'indiquer les arguments invoqués à l'appui.

Écartons dès l'abord, pour déblayer le terrain, le nom d'Hildebert du Mans ou de Lavardin, qu'une erreur de l'éditeur Beaugendre *, continuée par une distraction de Bourassé dans Migne ^, puis de Hauréau ^, d'Ueberweg ^ et d'autres, a fait regarder quelque temps comme l'auteur de la Somme. Il n'est pas besoin de s'attarder à discuter cette opinion, qui ne

' Opéra Hildeberti, édit.BBAUOBNDRB, Paris, i7o8,p. loio (PL, CLXXI.ioôs).

* Histoire de la philosophie scolastique, Paris, 1872, t. I, p. 309; Hauréau a ensuite corrigé son erreur dans les Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, Paris, 1876, t. XXIV, I, p. 223.

« Grundriss der Gachichte der Philosophie, 3" édit., Berlin, 1868, t. III, p. «17.

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