PRINCIPAUX NOMS EN PRÉSENCE
s'appuie que sur une méprise de Beaugendre, trop désireux, en ce point comme en d'autres, de grossir le bagage littéraire de son client, — et qu'avaient déjà rejetée en 1766 les rédacteurs des Mémoires de Trévoux ^^ et en 1831 le collaborateur des Theologische Studien und Kritiken ^. Denifle ^, en 1887, Baumgarten *, en 1915, et Vernet ^ en 1921, confirmaient ce verdict, qui est définitif.
Un compétiteur, qui pouvait devenir plus sérieux, était présenté en 1890 par l'abbé Mignon '; à la suite d'une consciencieuse étude de la Somme et des Libri Sententiarum, l'historien de l'école de Saint- Victor n'hésitait pas à attribuer la paternité des deux œuvres au célèbre Pierre Lombard, dont il ne pouvait se résoudre à faire un plagiaire. Mais cet avis ne trouva guère d'écho, et l'auteur lui-même fut amené, cinq ans plus tard, par une comparaison entre la Somme et le De sacramentis, à rendre ces deux ouvrages à Hugues de Saint- Victor ^.
Reste encore un troisième nom : celui d'un certain Magister Odon ou Othon; mais l'entrée en scène de ce nouveau compétiteur, introduit jadis par Portalié et G. Robert ** et patronné de nos jours par Fr. Gillmann *, se rattache de trop près à la thèse défavorable à la paternité victorine, pour que nous n'esquissions pas d'abord cet autre aspect de la question.
^ Mémoires pour servir à l'histoire des sciences et des beaux-arts, Trévoux, 1766, avril, p. 865-868.
' LiEBNER, dans les Theologische Studien und Kritiken, t. IV, 1831, p. 254, et dans son ouvrage : Hugo von St. Viktor und die theologischen Richtungen seiner Zeit, Leipzig, 1837, p. 488.
' Die Sentenzen Hugos von St. Viktor, dans VArchiv fiir Literatur- und Kirchengcschichte des Mittelalters, t. III, 1887, p. 637-638.
* Friedrich Ueberweg's Grundriss der Geschichte der Philosophie, 10^ édit., Leipzig, t. II, 1915, p. 276 et 338.
* Article Hugues de Saint-Victor, II, œuvres, dans le Dictionnaire de Théologie catholique, t. VII, 1921, c. 256.
' Le « Tractatus Theologicus » et Pierre Lombard, dans la Revue des Sciences ecclésiastiques, t. LXII, 1890, p. 524, 543, etc.
' Les origines de la scolastique et Hugues de Saint-Victor, Paris, 1895, t. I P- 31-32.
* Les écoles et renseignement de la théologie, Paris, 1909, p. 236-237.
' Bischof Otto von Lucca Verfasser der « Summa Sententiarum » ? dans Der Katholik, quatrième série, t. XIX, 1917, p. 214-216.
Jusqu'à présent, en effet, il ne s'était agi que d'escarmouches isolées : les noms mis en avant étaient assez vite abandonnés, parfois par leur parrain même, ou ne devaient qu'à l'inadvertance des historiens une survie imméritée. Mais à partir de la note de Denifle en 1887, et surtout de l'article du P. Portalié en 1899, la discussion entrait dans une phase nouvelle : il ne s'agissait pas tant de trouver un auteur à la Somme que d'enlever à Hugues de Saint- Victor la paternité d'un ouvrage, que les indices extrinsèques qu'on venait de découvrir, et surtout l'étude des particularités doctrinales qu'on avait examinées de plus près, ne permettaient plus de laisser à l'auteur du De Sacramentis. C'est sur ce double terrain des témoins externes et de la critique interne que se déroulera désormais tout le débat : chose curieuse à noter, c'est principalement du côté de la critique interne que se portera l'effort des théologiens et qu'ils trouveront les meilleurs arguments contre l'authenticité. Le témoignage fourni par la critique externe, aussi bien celui des premiers témoins que celui de la tradition manuscrite, habituellement opposé à celui de la critique interne, n'arrive pas ou guère à ébranler dans leur conviction les adversaires de la paternité victorine.
Rappelons brièvement les principaux moments de la discussion. Le premier coup fut porté par Denifle qui, sans trop s'arrêter à l'anonymat de la majorité des manuscrits du xii^ siècle, voyait dans un passage du prologue encore inédit de la Summa de Robert de Melun, peu ou pas remarqué jusque-là, un indice des plus forts contre l'origine victorine. La notice du savant archiviste du Vatican fit sensation ' ; sans doute, son auteur se contentait de poser un point d'interrogation; mais le doute qu'il émettait était appuyé de toute l'autorité qui s'attachait à ton nom et dès lors il fallait des arguments sérieux pour motiver
' DieSmtmaenHugos von St. Viktur, dans V Archiv ftir Literatur-und Kirchen- 9$chuht€ dei Miitrlnltm , t MI, 1887, p, 634>640.
la réponse qu'on apporterait à la question désormais ouverte.
Des arguments de ce genre furent précisément apportés, dans les années qui suivirent, par deux savants de grand mérite ; les indices que leur fournit la critique externe, favorable à l'authenticité victorine, eurent un rôle assez important pour rallier un moment contre l'autorité de Denifle la plupart des critiques et des théologiens. Ce furent le témoignage d'un anonyme, appartenant à l'école gilbertine de Joachim de Flore, découvert par M. Paul Fournier^ dans un manuscrit de Grenoble, et les affirmations tirées par M. A. Gietl ^ des gloses marginales des Sentences du Lombard, des Quaestiones d'un anonyme et de la chronique d'Aubri de Trois- Fontaines. La déposition de Robert de Melun se trouvait donc contredite par d'autres témoins, d'âge non moins vénérable, et qui attribuaient au même auteur, Hugues de Saint- Victor, la composition de la Somme et du De sacramentis. Il n'en fallait pas davantage pour écarter tout doute contre l'authenticité : la question posée par Denifle devait se trancher en faveur du Victorin. C'était aussi l'avis de Zôckler^ dans l'encyclopédie de la théologie protestante, de Kilgenstein *, de Baltus *; Mignon, qui venait d'abandonner la candidature de Pierre Lombard, restituait la Somme à Hugues, sans même parler des objections critiques que soulevait cette opinion *.
La thèse favorable à l'authenticité victorine semblait donc à peu près maîtresse incontestée du terrain, quand parut en 1899 une notice substantielle qui, pour être indirectement un résultat des pages de Denifle, — car celles-ci fournissaient
^ Une preuve de l'authenticité de la « Somme des Sentences » attribuée à Hugues de Saint-Victor, dans les Annales de l'Université de Grenoble, t.X, 1898, p. 173, avec l'article : Un adversaire inconnu de Pierre Lombard, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. XLVII, 1886, p. 410.
* Die Sentenzen Rolands Bandinelli, Fribourg, 1891, p. xxxiv-XLl.
' Real-Encyklopàdie fur protestantische Théologie, t. VIII, 1900, p. 439. 44^ et suiv. (article Hugo von Saint- Victor).
* Die Gotteslehre des Hugo von St. Viktor, Wurzbourg, 1898, p. 22-25.
* Dieu d'après Hugues de Saint-Victor, dans la Revue Bénédictine, t. XV, 1898, p. 214.
* Les origines de la scolastique et Hugues de Saint-Victor, t. I, p. 31-32-
au théologien l'appui de la critique externe qui lui manquait, — avait une haute valeur d'originalité. C'était l'étude du P. Portalié i, dans le Dictionnaire de Théologie catholique, qui faisait suivre son article sur Abélard d'une page excellente sur les vicissitudes de l'école abélardienne. Elle était malheureusement trop brève : car la preuve était esquissée plutôt que mise en pleine lumière. Entre l'école d 'Abélard et celle de Saint- Victor, la Somme marquait en quelque sorte la fusion; une étude rapidement indiquée des particularités doctrinales arrivait à montrer l'impossibilité d'attribuer la Somme à l'auteur du De sacramentis. Quant à la suggestion, qui désignait un certain magister Othon ou Odon, déjà signalé par Denifle, comme auteur de la Somme, elle n'était qu'accessoire; le principal morceau de l'article était la thèse négative : Hugues ne peut être l'auteur de la Somme. Cette thèse de Portalié eut un succès immédiat considérable, comme on peut le voir, entre autres, dans les appréciations de Turmel ^ et de Mangenot ^, qui lui reconnaissaient une valeur définitive.
La voie était ouverte : c'était de ce côté qu'on avait toutes les chances de trouver la réponse décisive à la question soulevée par Denifle; et désormais la critique interne, par un hasard assez rare dans son histoire, fournissait des armes à la majorité des théologiens pour rejeter l'authenticité victorine. Toutefois, la thèse de Portalié dut attendre quelques années avant de montrer toute sa fécondité; car les partisans de l'authenticité n'avaient pas désarmé : momentanément, ils étaient les plus nombreux. C'était principalement sur la critique externe qu'ils s'appuyaient.
Peu d'années après l'article sur Abélard et son école, l'on vit paraître une note de M. Ostler ■* qui, dans son étude sur la psychologie du Victorin, donnait un résumé des principaux
' Article Abélard et École d" Abélard, t. I, c. 53 et suiv.
• Revu* d'histoire et de littérature religieuses, t. V, 1900, p. 405, n. 3. ' Dittionnaire de théologie catholique, article Critique, t. III, c. 2336.
* Diê Psychologie dtt Hugo von St. Victor, dans les Beitràge xur GescMchte d«r PhUotophiêdn Mittelalters, Munnter, 1905, t. VI, 11, p. 7-8.
arguments d'ordre externe en faveur de la paternité victorine, et présentait une interprétation nouvelle, à laquelle il y a peu de chose à redire, du témoignage de Robert de Melun; cette explication, au minimum, lui enlevait toute valeur probante. Cette manière de voir d'Ostler était confirmée ensuite par R. de Chefdebien ^, dans un article qui donnait un aperçu sur le débat engagé depuis dix ans, et qui minimisait un peu vite assurément chacun des arguments apportés par Portalié.
Il y avait plus, Denifle lui-même ^ ne donnait plus suite à sa première opinion : il citait la Somme, dans ses études sur Luther, en l'attribuant à Hugues de Saint- Victor. Turmel ', qui avait si chaudement accueilli la thèse négative de Portalié, changeait d'avis en 1902, à la suite des documents nouveaux jetés dans le débat par Gietl et par M. Fournier. Le P. Mandonnet * se rangeait du même côté en rendant compte des travaux de Joachim de Flore; d'autres l'imitaient, comme Kaiser" en 1901, Féret ' en 1894, sans même soupçonner la controverse, Loofs ^ en 1906, Heitz * en 1909, Picavet ' en 1905, outre Ostler en 1906 et R. de Chefdebien en 1908.
D'autre part, l'avis de Portalié gardait encore quelques défenseurs, tels que l'abbé Rivière ", M. de Wulf ^S l'abbé Pourrat ^^ lorsque se produisit le fort mouvement d'études de critique interne qui manifesta toute la valeur de l'initiative du théologien toulousain. La partie allait redevenir égale. Il n'est que juste
^ Une attribution contestée. La « Summa » de Hugues de Saint- Victor, dans la Revue Augustinienne, t. XII, 1908, p. 529-560; voir p. 545-546.
* Luther und Luthertum, Mayence, 1904, t. I, p. 268, n. 3, et 280, n. a.
' Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. VII, 1902, p. 518, n. 2; Revus du clergé français, t. XLVII, 1906, p. 53-54.
* Bulletin critique, deuxième série, t. VII, 1901, p. 70.
* Pierre Abélard critique, Fribourg, 1901, p. 267-286.
* La faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres. Moyen âge, t. I, Paris, 1894, t- I. P' 6 et 9-10.
' Leitfaden der Dogmengeschichte, Halle, 1906, p. 526, n. 2.
' Essai historique sur les rapports entre la philosophie et la foi, Paris, 1909, p. 75, n. 4.
" Esquisse générale et comparée des philosophies médiévales, Paris, 1905, p. 203. " Le dogme de la rédemption, Paris, 1905, p. 342. " Histoire de la philosophie médiévale, 2® édit., 1905, p. 212. ^* La théologie sacramentaire, 2* édit., Paris, 1907, p. xi et 37, n. 2.
de remarquer aussi que la plupart des partisans de l'authenticité, en dehors de Gietl, de P. Fournier, de Kaiser et de Chefdebien, n'avaient donné leur avis favorable qu'occasionnellement, à propos d'un travail qui n'avait pas cette question comme objet principal.
En 1909, plusieurs théologiens et historiens poussèrent plus avant dans la direction qu'avait ouverte le P. Portalié, et en une seule année, on vit paraître plusieurs études qui affermirent singulièrement la position qu'il avait si résolument prise. Les divergences doctrinales, les matériaux utilisés, les points de contact avec l'école abélardienne, les oppositions ou les ressemblances avec les doctrines gilbertines ou lombardiennes, les écarts de pensée, de méthode et de plan entre la Somme et le De sacramentis, firent l'objet d'une nouvelle enquête. Il faut signaler ici les quatre études parues simultanément en 1909 et indépendantes les unes des autres : celle de G. Robert ^, qui exposait l'ensemble du débat et contrôlait avec compétence les preuves externes et internes ; celle de Geyer *, qui opposait les doctrines de la Somme à celles du De sacramentis \ celle d'Anders ', qui donnait une part importante à l'examen des idées abélardiennes en développant les arguments de Portalié ; et surtout celle du P. Claeys-Boùiiaert *, qui avait le grand mérite de mettre en évidence « non pas des différences de doctrine ou de méthodes comme telles, mais des divergences plus profondes de tempérament intellectuel et moral » et « un même antagonisme foncier de qualités et de défauts », qui suppose, dans un espace de temps trop court, tout un « renversement dans les idées, les tendances, la méthode, toute la manière du célèbre Victorin ».
* L«t écoles et renseignement de la théologie pendant la première moitié du XII* siècle, Paris, 1909, p. 212-237.
* Die f Sententiae divinilatis », ein Sentewtenbuch der gUbertschen Schule, dana lea Beitrâge Mur Geschichte der Philosophie des Mittelalters, t. VII, ii-iii, Munater, 1909, p. 56-57.
* Die Summa Sententiarum hein Werk von Ilugh von St. Viktor, dans Der Katholik, troisième série, t. LXXXIX, 1909, p. 99-117.
* La * Summa Sententiarum • appartient-elle à Hugues de Saint -Victor? dans la Rtvtu d'Histoire 9CcUnaatique, t. X, 1909, p. 278-289 et 710-719; cfr p. 719.
Les choses en étaient là, les doutes élevés contre l'authenticité semblaient maîtres du terrain, au jugement de Grabmann ^ et de Hofmeister ^, quand parurent quelques travaux plus généraux sur l'histoire littéraire ou doctrinale du moyen âge : ils nous donnent un aperçu fort net de la situation au moment de la Grande Guerre. Les arguments externes font profonde impression sur un groupe d'auteurs qui visent à diminuer d'autant les différences doctrinales entre les deux œuvres attribuées au Victorin; pour les autres, ces différences dans le domaine des idées, de la méthode et de la mentalité, sont tellement profondes, qu'à leurs yeux disparaît à peu près toute la valeur probante attribuée à des témoignages imprécis, anonymes, d'origine obscure, tardive ou intéressée, et dont le maniement appelle grande réserve.
Le principal auteur qui maintient la paternité victorine est assurément le professeur M. Grabmann ^, de Munich, auquel l'histoire de la théologie médiévale est redevable d'excellents et nombreux travaux. Après avoir passé en revue les arguments d'ordre externe et d'oidre interne, il aboutit au maintien de la paternité victorine. Il fut approuvé par un certain nombre de critiques dans les comptes-rendus de son œuvre; la plupart se contentèrent du rôle de simples rapporteurs *. Hofmeister ^ aussi se rangea pleinement du côté de Grabmann, dans le chapitre de ses études consacré au Victorin.
D'autres auteurs restèrent fidèles à la thèse négative, sans se laisser ébranler par les vues de Grabmann ; l'examen nouveau, qu'imposait la réputation de l'historien bavarois, nous garantit qu'ils ont étudié la question sous toutes ses faces avant de se prononcer contre le Victorin. Un ouvrage consacré à l'histoire
^ Op. infra cit., p. 293.
' Article du Neues Archiv cité plus bas, à la n. s, p. 649.
' Geschichte der scholastischen Méthode, Fribourg, 191 1, t. II, p. 290-309.
* Citons Krebs, dans la Deutsche Literaturseitung, t. XXXIII, 1912, p. 268- 269; Seeberg, dans le Theologisches Literaturblatt , t. XXXIII, p. 128-130; Bartmann, dans Théologie und Glaube, t. IV, p. 159-160; Endres, dans le Literarisches Rundschau, t. XXXVIII, p. 474; Bekker, dans Der Katholik, quatrième série, t. X, 1912, p. 309, etc.
* Studien iiber Otto von Freising, dans Neues Archiv, t. XXXVII, 1912, p. 649.
de la philosophie médiévale et un autre à l'histoire des dogmes du moyen âge, représentent à la veille ou au début de la Grande Guerre, avec des nuances diverses, le second étant beaucoup moins affirmatif que les autres, l'opposition à la paternité victorine de la Somme. Ce sont Mathias Baumgarten ^, de Breslau, qui a été chargé de la partie médiévale dans le recueil désormais classique d'Ueberweg, puis le professeur Reinhold Seeberg 2, de Berlin, un des représentants protestants de la science théologique allemande qui a le mieux compris les auteurs du moyen âge. Enfin, l'auteur de ces lignes ^, dans ses études sur le mouvement théologique du xii® siècle, indique les motifs de critique interne pour lesquels il n'a pas cru pouvoir se rallier à l'avis de Grabmann, malgré les indices externes qu'il résume et complète.
Au lendemain de la guerre, les droits du Victorin demeurent toujours contestés : le résumé substantiel des débats que donne M. Vernet, dans le Dictionnaire de Théologie catholique, &t l'examen qu'il fait de chacun des arguments en présence, se termine par une déclaration qui regarde comme « très douteuse l'attribution traditionnelle à Hugues * ».
Il s'appuie surtout sur les indices de critique interne, auxquels il ajoute comme argument d'ordre externe, le silence de Vlndiculum * du recueil de Gilduin, publié jadis dans les Recherches de science religieuse. Le travail qui suit dira au lecteur si ces doutes peuvent s'ériger en certitude définitive.
La réponse négative donnée à la question par les adversaires de l'authenticité, entraînait comme conséquence immédiate, ou
' Friedrich Uebgrweg's Grundriss der Geschichte der Philosophie, Berlin, 1915, t- II, p. 339.
* Lehrbuch der Dogmengetchichte, t. III, Leipzig, 1913, p. 174, n. 2.
* Le mouvement théologique du XII'* Siècle, Paris, 1914, p. 11 9- 120.
* Article Hugues de Saint-Victor, II, œuvres, au t. VII, 1921, c, 215-256; voir c. 256.
* J. Dl Ghellinck, La table des matières de la première édition des œuvres de Hugues de Saint-Victor, dans les Recherches de science religieuse, t. I, 1910,
p. 282 et 2t)(},
plutôt supposait comme établie, l'antériorité du De sacramentis sur la Somme. Actuellement l'on peut dire que cette question est tranchée ^. Tous les adversaires de l'authenticité partent de ce présupposé, que plusieurs d'entre eux ont établi d'abord avec soin; les déclarations de Hugues, dans la préface, dans le prologue et en plusieurs endroits de son De sacramentis, le progrès de la Somme dans l'ensemble de l'exposé systématique et dans le détail des opinions ou des arguments, l'état inachevé de la Somme, sont les principaux arguments qui leur permettent d'affirmer la priorité du De sacramentis. L'opinion contraire a eu longtemps pour elle, comme appui semble-t-il, l'habitude des éditeurs et des historiens de la littérature théologique médiévale : la Somme était placée avant le De sacramentis dans les éditions et conséquemment, les citations, les analyses, les commentaires, etc., des théologiens et des historiens en étaient arrivés à faire regarder comme chronologique un classement qui n'était dû qu'au hasard. Déjà V Histoire littéraire ^ avait contribué à accréditer cette manière de voir. L'abbé Mignon ' et Portalié, l'un favorable, l'autre opposé à l'authenticité, se rencontrent dans leurs arguments pour renverser l'ordre traditionnel.
A partir de ce moment, l'on peut dire qu'il n'y aurait plus eu de contestation sérieuse, sans la déclaration de l'anonyme exhumée par M. Paul Fournier * d'un manuscrit de Grenoble. L'auteur du Liber de vera philosophia place en effet la Somme avant le De sacramentis. Pendant quelque temps l'argument fit sensation, mais même tel partisan de l'authenticité " ne s'en laissa pas émouvoir et en 1909 l'étude de G. Robert ^ enlevait toute valeur à la déposition du théologien Gilbertin.
^ C'est aussi l'avis de Vernet dans l'article cité, t. VII, c. 256.
* Histoire littéraire de la France par les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, t. XII, p. 36.
' Les origines de la scolastique, etc., Paris, 1898, t. I, p. 181.
■* Voir l'article cité des Annales de l'Université de Grenoble, t. X, 1898, p. 178- 180, et Études sur jfoachim de Flore, Paris, 1909, p. 68-70.
^ R. DE Chefdebien, Une attribution contestée, etc., article et recueil citéa, p. 540, n. I.
* Les écoles et l'enseignement, etc., p. 223.
Avec la question d'antériorité, les adversaires de l'authenticité en soulevaient évidemment une autre, qui n'existait pas pour les partisans de l'origine victorine : celle du véritable auteur de la SommCy et c'est ici qu'intervient le nom d'un personnage que nous avons déjà mentionné plus haut, le magister Othon ou Odon.Elle sera discutée à fond plus loin. Voyons seulement les rétroactes rapidement.
La première suggestion est due à Denifle ^ qui avait signalé, à la suite de Hauréau ', quelques manuscrits désignant pareil auteur; Portalié ^ avait accepté l'hypothèse; elle fut reprise ensuite par G. Robert * et surtout par Anders ^, qui ajoutait un nouveau témoin à la série déjà connue.
Cette attribution, qui aurait dû se faire alors avec plus de réserve ', n'avait pas vu suffisante matière à soupçon dans la seule apparition tardive des témoignages apporté? ; ce que Grabmann faisait remarquer avec raison '. Plus loin, l'on trouvera l'examen développé de cet aspect de la question et la nouvelle perspective que viennent soudainement révéler trois manuscrits anciens récemment découverts, et presque sûrement apparentés entre eux, qui veulent faire d'un évêque de Lucques, porteur de ce nom, l'auteur de la Somme. Nous avons mis la main, en effet, sur un texte plus ancien, apparemment du xii^ siècle, contenu dans un manuscrit d'Olmutz **; de son côté, le profes-
• Article cité de VArchiv fur Literatur-und Kirchengesclàchte, t. III, 1887, p. 637.
• Les ceuvret de Hugues de Saint-Victor, Paris, 1886, p. 70.
• Article cité du Dictionnaire de théologie catholique, t. I, c. 54.
• Les écoles, etc., p. 236-237.
• Article cité Der Katholtk, t. XLIX, 1909, p. 1 16-1 17.
• J. DB Oheixinck, Le mouvement théologique, p. 120.
' Die Geschichte der schoUistischen Méthode, t. II, p. 295.
' Mb. 203 de la Bibliothèque < Studijni knihovna » d'Olmutz. Nous sommes heureux de présenter ici nos remerciements au Directeur de la Bibliothèque, M. Brvhui, ()ui nmi« « niiniiWlrmcnt donné une aide précieuse.