‹ La somme des sentencesChapitre 24 sur 53 · AUTRES FORMULES ANTIPORRÉT AINES IO · texte numérisé non relu

AUTRES FORMULES ANTIPORRÉT AINES IO

dans leur ordre les critiques de l'anonyme qui nous sert de guide, et de les faire suivre de quelques remarques utiles à notre enquête.

Sur le chapitre IX de la Somme, l'anonyme fait les trois remarques suivantes :

« Idem, quod omnia quae secundum substantiam dicuntur, de tribus personis singulariter, non pluraliter, nisi persona. »

« Idem, cum persona secundum substantiam dicatur, secundum Augustinun^, quod non est verum Augustinum dixisse; et cum haec sit definitio personae : persona est rationalis substantiae individua natura, quod non est verum ^ ; non audemus dicere de Filio quod sit alia rationalis substantia a Pâtre, cum sit alia persona, nec de tribus personis quod sint très rationales substantiae. Cum vero * dicitur : Filius est alia persona, id est, discretus per aliam proprietatem, intelligitur ; Pater et Filius et Spiritus Sanctus sunt très personae, id est, discreti per très proprietates. Sicut enim cum dicitur : Filius est Deus, non distinguitur; sed cum additur Filius est Deus de Deo, iam fit distinctio. Ita cum dicitur : Pater est persona, Filius est persona, nondum fit distinctio; sed cum additur alia persona, vel plurale, très personae, iam distinctio notatur. »

« Hoc nomen Trinitas non est substantiale, sed pluralitatem désignât personarum ^. »

Nous aurons à revenir sur ce chapitre IX qui, chose étrange, précisément parce qu'il est en retard d'une étape sur les Sentences du Lombard, nous fournira le moyen décisif de montrer que la Somme est postérieure à ces Sentences. Qu'il suffise, pour le moment, d'indiquer la source de maître Hugues.

Au vue de point de vue doctrinal, maître Hugues reproduit la doctrine qui était admise par tout le monde, les seuls Porrétains exceptés, jusqu'au concile de Reims, en 1148. Il en emprunte l'exposé au Liber de Trinitate de Gautier de Mortagne *. Ce qui ne signifie pas qu'il ne doive rien, soit pour la précision

1 Les deux passages en italique sont de l'auteur du''Liber (note de Paul Fournier, p. 69).

* Foumier donne la lecture fautive : cum non dicitur. ' Liber de vera philosophia, édit. citée, p. 69.

* Liber de Trinitate, VI, VIII, à quoi il faut ajouter la fin du chapitre XII (édit. Pez, c. 59 et suiv.; c. 64 et 70).

I06 LE PORR^ANISME ET LA « SOMME »

des idées, soit pour la netteté des formules, soit pour la position des problèmes discutés, à ses autres devanciers. Il leur doit aussi quelques textes patristiques, que ne donne pas Gautier.

Sur le chapitre X de la Somme l'anonyme soulève deux objections. Les deux passages attaqués ont été empruntés à Hugues de Saint- Victor ; ils traitent de deux détails, qui ne touchent que de loin à la controverse trinitaire avec les Porrétains. Il est donc inutile de nous y arrêter, puisqu'ils ne peuvent pas nous être utiles pour notre but, qui est de déterminer la date de composition de la Somme.

Enfin, sur le chapitre XI, l'anonyme revient d'abord sur la formule « Quidquid est in Deo « :

« Idem dicit Augustinum dixisse quod, quidquid est in Deo, Deus est; quod est dicere : sicut Pater Deus est, ita proprietas Patris Deus est, quia proprietas Patris est ipse Pater. Quid enim est proprietas Patris et Filii et Spiritus Sancti, nisi personae ipsae inter se distinctae et discretae. »

Puis l'anonyme attaque cette argumentation de la Somme :

« Si très proprietates vel relationes in Deo sunt, quae non sunt ipsa divina substantia, apparet non fuisse solam ab aeterno divinam substantiam, quae Trinitas est. Sed sola Trinitas ab aeterno est, quae unus Deus est. Fateamur igitur très personas, vel très illarum proprietates unum Deum, unam substantiam; et unam divinam substantiam illas très personas esse vel illas très proprietates. Quod, quamvis longe ait a nostris sensibus et ab omni nostra ratione, indubitianter credi oportet '. »

Ces deux extraits sont tirés du début du chapitre XI de la Somme^. Et ce début n'est que la mise en œuvre, — quelquefois la copie littérale, — des chapitres XI et XII du Liber de Trinitate de Gautier '.

' Liber de vera philosophia (édit. citée, p. 69).

• Édit. Fez, c. 67-70. — Voir plu» haut, p. 85.

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