‹ La somme des sentencesChapitre 29 sur 53 · MAITRE HUGUES CONNAIT LE PORRÉTANISME DE · texte numérisé non relu

MAITRE HUGUES CONNAIT LE PORRÉTANISME DE

les Sentences du Lombard pour savoir qu'il connaît ces curiosités dialectiques. Il note d'ailleurs expressément :

« Quidam tamen veritatis adversarii concedunt Patrem et Filium et Spiritum Sanctum esse très personas, esse unum Deum, sed tamen nolunt concedere unum Deum sive unam substantiam esse très personas, dicentes divinam substantiam praedicari de tribus personis, non très personas de substantia divina ^ . »

Le Lombard réfute cette subtilité. Mais, pour éviter la chicane et aussi pour établir solidement ses thèses, il a grand soin d'établir toujours les formules orthodoxes et la proposition converse. Par exemple, s'il a conclu : « Très personae sunt Deusyt^ il ne passe pas à un autre sujet avant d'avoir montré aussi : « Deus est très personae ». Et ces détails, à eux seuls, pourraient suffire à dater le premier livre des Sentences. D'après l'anonyme de Grenoble, ce n'est qu'à partir du concile de Rheims que parurent ce qu'il appelle « ces nouveautés », c'est à dire ces négations intentionnelles de son système.

Il ne faut pas chercher dans la Somme tous les détails que l'on découvre dans les Sentences. La Somme, surtout pour ce qui touche à la Trinité et à l'Incarnation, est un résumé, substantiel, mais très court. La partie de la Somme que nous avons analysée et qui correspond aux cent colonnes des trente-cinq premières distinctions du Lombard, n'occupe dans Migne que quatorze colonnes. Cependant, malgré sa brièveté, la Somme, comme le Lombard, mais sans en donner comme lui la raison, qui nous est maintenant connue et qui n'a pas échappé à l'anonyme de Grenoble, trouve le moyen de ne laisser passer aucune occasion de miner la sophistique de Gilbert et de son école.

393» C) écrit : « Fuerunt enim quidam ignominiosi, quorum nomina iam aures Catholicorum offendunt, qui ex parte subiecti non concédèrent unum Deum très esse personas... » Cet auteur est postérieur au concile de Reims et semble avoir écrit du vivant de Gilbert : « Omnes enim hae constructiones : Dsus est a deitate, et très personae sunt unius essentiae, unius naturae, et caeterae huiusmodi sunt intransitivae, sicut in Rhemensi concilii sancitum est, ut hoc quaesivit archiepiscopus ab illo qui dux est illorum qui huiusmodi constructiones fortassis esse transitivas sentiebant.» (Ibid., col. 403, D).

' Liber Sententiarum, lib. I, dist. IV, 3 (PL, CXCII, 534; édit. Quaracchi, t. I,

Elle choisit ses textes, formule et établit ses conclusions, en prenant soin de toujours affirmer ses thèses et la proposition converse. Tel livre récent de théologie se trouve actuellement daté pour nous, sans que nous ayons à prendre la peine de vérifier la date de VImprimatur ; certaines préoccupations, certaines formules, certaines insistances, certaines réticences aussi, apprennent au professionnel que l'ouvrage a été composé après l'encyclique Pascendi, même si cette encyclique et le modernisme n'y sont pas mentionnés. La Somme porte de même dans ses flancs sa date ; elle est postérieure au concile de Reims de 1148.

B. Geyer, l'éditeur des Sententiae divinitatù, pense que très probablement cet ouvrage a été connu et employé par Pierre le Lombard, qu'il aurait contribué à fourvoyer en christologie \ J'abonde dans ce sens, d'autant plus volontiers que les traces de la connaissance et de l'emploi des Sententiae sont nombreuses dans le traité de la Trinité du Lombard. Bien des questions discutées par le Lombard paraissent lui avoir été suggérées par les Sententiae; on ne voit pas, par exemple, où il aurait pu prendre ailleurs l'idée de se demander si la raison naturelle peut se prouver l'unité de la divine substance. Il est donc très probable que Pierre le Lombard a connu les Sententiae; mais, plus heureux dans son traité de la Trinité que dans celui de l'Incarnation, au lieu d'en être infecté, il les a triomphalement réfutées, grâce à la belle formule : « Una quaedam summa res ».

Le même éditeur des Sententiae divinitatis trouve un air de ressemblance à ces Sententiae et à la Somme^. Mais, faute d'avoir connu ou médité les propositions extraites de la Somme par l'anonyme de Grenoble, il n'a pas vu que la Somme réfute les Sententiae expressément. L'air de ressemblance s'explique donc, non seulement par l'emploi à cet endroit' de sources communes, qui sont Gautier de Mortagne et Hugues de Saint- Victor, mais

' Geyer, Sententiae divinitatis, dans le recueil cité, t. VII, ii-iii, p. 21

■ Id., ibid., p. 11,

' Sententiae divinitatis, p. 153-158. — Voir plus haut, p. 96.

Page 1