OTHON DE FRISINGUE I
puisqu'ils sont la réfutation des points les plus subtils et les moins connus du Gilbertisme : les ouvrages qui les contiennent n'existaient donc pas davantage. Et donc Roland ne les a ni copiés, ni démarqués.
Quant à la collection des inédits signalés par Grabmann comme dépendant de la .SomOTe, j'ai eu, à l'occasion, la curiosité d'y mettre le nez. Il n'y a pas lieu de craindre de ce côté aucune surprise désagréable. Ces manuscrits ne sont pas datés. Si donc, en les étudiant de près, on en découvre quelques-uns qui, manifestement, dépendent de la Somme^ on les classera comme postérieurs à l'an 115s; cela les rajeunira d'une quinzaine d'années et ne leur fera aucun mal. Si, dans le tas, on parvient à en trouver l'un ou l'autre qui soit sûrement antérieur aux Sentences du Lombard, et par conséquent à la Somme, et qui contienne des morceaux que l'auteur de la Somme n'aura certainement pas pu trouver ailleurs, eh ! bien, on l'adjoindra aux six ou sept volumes desquels maître Hugues a extrait sa mosaïque, et tout sera dit; la Somme servira ainsi à dater beaucoup d'inédits. J'espère que le lecteur trouvera dans cette élégante, irénique et utile solution un nouvel indice de vérité.
Reste à examiner deux textes qu'on pourrait nous opposer. Le premier en date et le plus rapproché des faits est d'Othon de Frisingue. Dans sa Chronique, Othon après avoir raconté la mort de Valentinien ouvre une sorte de parenthèse et écrit un paragraphe sur une question de théologie. Il sait que des théologiens de son temps, nostri temporiSy admettent, en s'appuyant sur un texte de saint Ambroise à propos de la mort du catéchumène Valentinien, que le baptême peut être en certains cas suppléé par la foi chez les adultes. Une de leurs raisons, c'est que Dieu n'a pas lié sa puissance aux sacrements : « Deus non alligavit potentiam suam sacramentts ». Othon n'admet pas cette doctrine, et son paragraphe a pour but de protester avec vigueur.
Comme le Chronicon ^ d'Othon est daté de 1146, Hofmeister a essayé de prouver que, dès avant 1146, Othon avait la Somme entre les mains ^. Car, on trouve dans la Somme la thèse attaquée par Othon; Othon, comme la Somme donne à l'ouvrage de saint Ambroise un titre inexact, en l'appelant une « lettre de condoléance »; enfin Othon résume dans les mêmes termes que la Somme l'argument de ses adversaires : « Deus non alligavit potentiam suam sacramentis ».
J'ai toujours pensé que les preuves d'Hofmeister n'avaient rien de péremptoire; qu'elles étaient de nature à ne convaincre que ceux qui n'avaient pas besoin de l'être. Il est très vrai qu'en certains cas une rencontre d'opposition doctrinale, flanquée de deux rencontres verbales, du genre de celles que signale Hofmeister, suffirait à identifier un ouvrage : on se contente souvent de moins, s'il s'agit, par exemple, d'une subtilité doctrinale technique, d'un texte très rarement cité, d'une formule qui n'était pas banale à l'époque où un auteur écrivait. Mais, dans l'espèce, il est question d'une doctrine très simple, accessible à tout le monde et qui depuis vingt ans était alors discutée par tous les théologiens et par les canonistes; quant au texte de saint Ambroise, il traînait partout, et dans les recueils de canons, et dans les cahiers des théologiens; et on le trouve cité comme une lettre de condoléance ailleurs que dans la Somme^ ; enfin l'expression « Deus non alligavit potentiam suam » était classique dans la controverse avec Abélard sur la toute puissance divine *. Dans ces conditions, étant donné le nombre des cahiers de théologie du Xli® siècle que nous ne connaissons pas, les arguments de Hofmeister ne sont pas décisifs.
Si cette réponse fait à quelque lecteur reff"et d'une échappatoire ou d'une misérable chicane d'avocat plaidant une cause
» Chronicon, IV, 18 (MGH, SS. t. XX, p. 204).
* Neues Archiv, t. xxxvn, 1912, p. 650. Cfr du même auteur l'édition scolaire du Chronicon, Hanovre, 1912, p. 205; cette page est un carton.
•Cfr GiETL, Die Sentenzen Rolands, p, 8; Geyer, Sententiae divinitatis, préface, p. 41.
* Hugues de Saint- Victor, De sacramentis, lib. 1, 11, 22 (PL, CLXXVI, 214, A.) — Cfr Pierre Damibn, De divina omnipotentia (PL, CXLV, 595).