‹ La somme des sentencesChapitre 38 sur 53 · DÉFINITION DE LA « PERSONNE · texte numérisé non relu

DÉFINITION DE LA « PERSONNE

Grecs, que le mot personne signifie l'hypostase, et que trois personnes signifie trois êtres subsistants distincts. Cela revenait à concéder aux Porrétains que le mot personne signifie bien la propriété, mais cela en même temps que la substance qui n'en est pas distincte. Et par là le Lombard sapait par la base toutes les déductions erronées que les mêmes Porrétains tiraient du mot personne^ en faveur de leur système. On sait que cette solution du Lombard est, depuis des siècles, classique \

Maître Hugues, en face des trois distinctions XXIII, XXIV et XXV du Lombard, préféra s'en tenir à ce qui était depuis longtemps admis par tout le monde, les Porrétains exceptés. Il prit donc, comme base de sa rédaction ^, le chapitre VI de Gautier. Son travail que l'on peut suivre phrase par phrase, idée par idée, consista à le rajeunir, à le mettre à jour, je veux dire à le diriger tout entier contre les difficultés nouvelles des Porrétains, que Gautier ne connaissait pas vers 1130. Dans ce but maître Hugues renforce, par des textes empruntés aux trois distinctions du Lombard, ce qui est nécessaire pour bien affirmer la singularité de l'essence divine; il met bien en relief la difficulté à résoudre, telle qu'elle est actuellement proposée par les Porrétains ; dans sa réponse, il a soin d'ajouter aux formules de Gautier les mots nécessaires pour en préciser davantage le sens adversatif; enfin, com.me il ne trouve pas dans le chapitre VI de Gautier, tout ce que demande une explication complète du sujet, il prend à la fin du chapitre XII du Liber de Trinitate les phrases nécessaires. Et il pense avoir bien réfuté les Porrétains : ce qui nous prouve qu'il ne se trompe pas, c'est que l'anonyme de Grenoble extraira quatorze lignes de ce morceau, d'un seul tenant, pour s'en indigner ^.

Cependant, maître Hugues sait qu'il n'a pas employé la solution nouvelle que propose le Lombard. Doute-t-il de la valeur de cette solution .-* Est-ce timidité ? Ou bien a-t-il peur que

^ Cfr SUAREZ, De Trinitatis mysterio, III, iv, 5-7; édit. Vives, Paris, 1856, t. I, p. 592.

2 Somme, tract. I, 9 (PL, CLXXVI, 58, A-C). ^ Voir plus haut, p. 105.

son silence ne soit pris pour une critique, ou que les Porrétains ne s'en fassent une arme contre le Lombard ? Je ne sais; mais il écrit à la suite de sa conclusion : « Si quis convenientiiis hanc quaestionem solvere potesty ego nulli praeiudico \ » Ce mot de la fin ne pouvait pas s'écrire, avant que le Lombard n'eût publié sa distinction XXV.

Nous sommes ici en face d'une de ces « instances cruciales », qui sont décisives. Concluons donc : la Somme est certainement postérieure aux Sentences du Lombard; et puisque leur texte complet nomme Gilbert de la Porrée, qui mourut en 11 54, elle fut publiée vers 1155.

Somme, tract. I, 9 (PL, CLXXVI, 56, C).

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