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UN MANUSCRIT DE HUGUES DE MORTAGNE

qu'ailleurs ; quant aux maisons qui appartenaient à la congrégation de Saint- Maur, rien de plus simple que ce travail, puisque là ils étaient chez eux. Or, nous avons vu que les abbayes de Saint- Évroult et de Saint- Martin de Séez s'étaient affiliées à Saint-Maur au début du xvii® siècle. Et je savais que Montfaucon donne des extraits assez longs des catalogues dressés en province par ses confrères.

Ce qui était naturel, ce à quoi j'aurais dû penser depuis longtemps, arriva. Un manuscrit de la Somme ^ portant le nom de Hugues de Mortagne, s'était conservé, depuis le xii*^ siècle, dans la bibliothèque de Saint-Martin de Séez, où Hugues avait été prieur.

En effet, à la page 1248 de Montfaucon, se trouve le Catalogue des manuscrits du monastère de Saint- Martin de Séez, et au n. 20 on y lit :

« 20. Eiusdem [Gregorii] Pastorale.

M[agistri] Hugonis de Mauritania Tractatus de Fide et Spc.

Tractatus de coniugio a Magistro Valtero de Mauritania, in-fol. »

Un doute restait à calmer. Ce traité De fide et spe était-il bien la Somme ? La présence du traité De coniugio de Gautier à côté de lui semblait l'indiquer. Mais il pouvait y avoir lieu à chicane. Toutes recherches faites, ce manuscrit, catalogué au XVII® siècle à Séez, semble avoir péri. Comment arriver à la certitude ?

Un historien de la Normandie, le docteur enSorbonne Trigan, a vu à Saint-Martin de Séez, au xviii® siècle, le manuscrit dont parle Montfaucon. Il a cru que Hugues et Gautier étaient originaires de la ville normande de Mortagne. Cette erreur a été des plus heureuses pour nous; car Trigan, pour allonger la liste des célébrités locales et leur faire honneur, consacre deux grandes pages in-quarto à l'analyse détaillée du « Traité de la Foi et de l'Espérance » et du traité du mariage, qu'il croit d'ailleurs l'un et l'autre inédits. Aucun doute n'est possible; le traité mentionné au Catalogue de Montfaucon et analysé par Trigan est bien la Somme. L'ouvrage de Trigan est de 1761. La Somme, avec le nom de Maître Hugues de Mortagne existait donc cer-

lyS l'identification du «MAGISTER HUGO»

tainement encore au milieu du xviii® siècle, dans le monastère où maître Hugues avait vécu ses derniers jours \

Montfaucon, ailleurs, fait quelques remarques sur les manuscrits de Séez. J'y lis ^ :

« Cod. 20. Tractatus M, Hugonis de Mauritania-de fide et spe et de Theologia. Ce Hugues de Mortagne au Perche était probablement Moine de Séés, parce que le Nécrologe porte : VIII. Kal. April. obiit Hugo de Mauritania, Monachus et professus. Il ne le marque point Prêtre, et c'est peut-être pourquoi il l'appelle Magister. »

Nous sommes mieux renseignés que Montfaucon. L'obituaire, comme le manuscrit de la Somme, de l'ancien prieuré de Séez, appelaient Hugues de Mortagne, Magister, parce qu'il l'avait été, avant de se faire moine bénédictin.

' L'abbaye de Saint-Évroult était, du vivant de maître Hugues, maison mère de Saint-Martin de Séez. On devait probablement posséder à Saint-Évroult les œuvres du prieur de la filiale de Séez. Et de fait Montfaucon, dans le même volume de sa Bibliotheca ^, signale à Saint-Évroult un exemplaire de la Somme, mais comme anonyme :

a 97. Tractatus de fide et spe, in-40 min. »

Ce n. 97 se trouve actuellement à la Bibliothèque d'Alençon, n. 24, parmi les manuscrits provenant de Saint-Évroult. En 1888, le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, Départements *, décrivait ainsi ce manuscrit :

« 24. Opuscula varia. Fol. i. Hugonis de Mauritania « de fide et spe omni poscenti rationem... »

A première vue, cette description semble indiquer que le manuscrit porte le nom de Hugues de Mortagne. Il nous reste-

' Trigan, Histoire ecclésiastique de la province de Normandie avec les observations, critiques et historiques, par un docteur de Sorbonne, Caen, 1761, t. IV, p. 28s, 286.

' Montfaucon, Bibliotheca bibliothecarum, t. II, p. 1133, A.

• Bibliotheca bibliothecarum, t. II, p. 1270.

* Parii, 1888, t. II, p. 499.

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