‹ La somme des sentencesChapitre 8 sur 53 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Sommaire. — I. Manuscrits anonymes. — II. Manuscrits qui désignent « Magister Hugo», tout court. — III. Manuscrits dont le scribe croit à la paternité victorine, malgré l'expression imprécise du modèle. — IV. Manuscrits qui désignent « Maître Odon » ou « Othon ». — V. Manuscrits qui nomment Hugues de Saint- Victor. — VI. Conclusions.

Quel est l'auteur du livre que, depuis le xiii^ siècle, les bibliographes désignent sous le nom de Summa sententiarum et qui se trouve imprimé sous ce titre parmi les œuvres de Hugues de Saint- Victor ?

C'est une question difficile, tenue même pour insoluble par de bons érudits. Je suis à même d'en proposer une solution. L'auteur de la dite SommCy — c'est pour abréger le discours le nom que je donnerai à ce livre dans ce travail, — serait maître Hugues de Mortagne, mort vers 1180, prieur du monastère bénédictin de Saint-Martin de Séez ; et la Somme, qui est postérieure au Liber Sententiarum de Pierre le Lombard, daterait des environs de l'an 1155.

Le plus simple moyen de faire partager au lecteur la conviction que je me suis faite sur ce sujet, me paraît être d'exposer tout bonnement par quelle voie je suis parvenu à cette trouvaille. La conclusion vaut que ce que valent les prémisses. Mes prémisses connues, chacun pourra sur pièces se faire une opinion. Et si quelque document, essentiel à la cause, m'a échappé,

peut-être ce travail décidera-t-il le détenteur de cette précieuse pièce à la faire sortir de ses cartons.

L'exposé que l'on va lire suivra l'ordre de mes investigations. On y trouvera d'abord le relevé des attributions et des titres donnés à la Somme par les manuscrits qui nous en restent. Cet inventaire établi, classé par attributions suivant l'ordre chronologique et discuté, nous procéderons à la recherche du nom de l'auteur.

Le plus grand nombre des manuscrits de la « Somme » est anonyme.

Dès 1886, Hauréau signalait 17 manuscrits anonymes de la Somme ^. L'année suivante, Denifle ^ remarquait qu'il serait facile d'allonger la liste d'Hauréau. Mes recherches personnelles aboutissent à la constatation du même fait. Il est bon de remarquer que l'on trouve de ces manuscrits anonymes de la Somme aussi bien au Xll® siècle que dans les siècles suivants.

Quatre manuscrits attribuent la « Somme » à maître Hugues^ tout court.

I. — Munich, clm., 14160, fol. i : « Incipiunt sententiae magistri Hugonis. De fide et spe que in nobis est... » Ce manuscrit provient de Prufening, où, en 1158, il fut mentionné dans un catalogue qu'a publié Becker : « Sententiae [Epitome] Pétri Baiol' ; Liber ejus qui dicitur Scito teipsum. Sententiae M. Hugonis in une volumine *. »

Ce manuscrit nous donne la plus ancienne mention certaine et

* Let ctuvrgs dé Hugues de Saint-Victor, Paris, 1886, p. 70.

• Die Sentenaen Hugot von St Victor, dans VArchtv ftir Literatur- und Kirchengetchichte dei Mittelalters, t. III, 1887, p. 637.

' CattUogi bibliothecarum antiqui, Bonn, 1885, p. 214.

f MAGISTER HUGO » 23

datée de la Somme que l'on connaisse. Le plus ancien manuscrit daté des Sentences de Pierre le Lombard ert de la même année 1158; exécuté à Clairvaux, il se trouve aujourd'hui à Troyes, n. 900, Mais on sait par ailleurs que l'œuvre du Lombard était achevée vers 1152^. Pour la date de la composition de la Somme, nous le verrons, tôt capita, tôt sensus.

Le Metalogicus de Jean de Salisbury fut achevé en 11 59. On y lit à la fin d'une courte discussion sur la foi, la sagesse et la science : « Unde Magister Hugo : Fides est voluntaria certitude absentium, supra opinionem, infra scientiam constituta *. » Cette définition de la foi se trouve mot pour mot dans la Somme ^. Mais elle se trouve aussi, également mot pour mot, dans l'opuscule de Hugues de Saint- Victor intitulé De sacramentis legis naturalis et scriptae *, où l'érudit qu'était Jean de Salisbury a très bien pu la déterrer. Le texte du Metalogictis ne permet donc pas d'affirmer avec certitude que Jean de Salisbury ait jamais eu la Somme entre les mains. En tout cas, si c'est à elle qu'il emprunte sa définition de la foi, il est à remarquer qu'il nomme simplement « magister Hugo », sans rien ajouter qui désigne individuellement Hugues de Saint- Victor.

2. — Munich, clm., 22031, fol. i : « Incipit liber questionum Hugonis. De fide... ». Ce manuscrit provient de Wessobrunn. On a aussi un catalogue de Wessobrunn du xii® siècle, mais sans date précise; on y lit : « 66. Liber questionum Hugonis de fide *. »

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