YI LE MOUCHOIR DE M"'^ FLAMENT
Dans la journée du 5 octobre 1914, le 110* régimentd'infanterie allemande vient cantonner à Beaumont-IIamel, commune d'environ cinq cents âmes, située dans l'arrondissement de Péronne et dans le canton d'Albert, à l'écart de tout chef-lieu important, à la merci de toutes les vexations et de toutes les déprédations d'une bande armée, opérant par groupes isolés. Les Boches ont soif. Leur premier soin est d'envahir l'établissement de M"* Flament, débitante, qui se trouve seule chez elle.
— Du Champagne! crie d'une voix tonnante l'officier adjoint au colonel.
— Je n'en ai pas, répond M"» Flament.
— Vous en avez î
— Je n'en ai pas.
— Nous verrons bien.
L".\llemand sortit, et revint presque aussitôt, furibond, la face congestionnée sous son casque à pointe recouvert de toile grise.
— Ah ! reprit-il avec un rire qu'il voulait rendre sardonique, vous dites -que vous n'avez pas de Champagne! Eh bien, je viens de voir, dans la rue, des hommes qui en boivent.