‹ La sonate, étude de son évolution technique, historique et expressive en vue de l'interprétation et de l'auditionChapitre 9 sur 74 · CONSTRUCTION DU MOUVEMENT LENT II · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION DU MOUVEMENT LENT II

Le morceau-Lied présente aussi cette même coupe. Il est formé de trois sections, trois compartiments isolés disposés ainsi :

A. Premier compartiment : Expositioa de la phrase-Lied : I A*. Première période infléchissant vers un ton voisin

^ ^ (dominante presque toujours), pouvant être reprise

ou redoublée avec ornements ; A^. Seconde période modulante, revenant en général à

la dominante ; A». Reprise de la première période dans le ton principal \^ sans inflexion.

B. Second compartiment : modulant, se divisant quelquefois aussi

en trois périodes, et n'ayant, le plus souvent, aucune parenté avec les compartiments extrêmes.

A. Troisième compartiment : Réexposition de la plirase-Lied du premier compartiment avec modifications rythmiques ou mélodiques, agrandi même, parfois, mais avec la même présentation tonale qu'à Texposilion.

La forme-Lied, très simple, est admirablement équilibrée; en dehors de la Sonate elle a servi, elle sert encore de nos jours pour l'édification d'un très grand nombre de pièces isolées.

La forme du mouvement lent de la Sonate, adoptant la coupe de Lied, devient donc analogue à la forme ternaire adoptée pour le premier mouvement; elle devient analogue à celui-ci par le principe d'exposition et de réexposition qui est commun aux deux formes, mais elle ne lui est pas identique au point de vue de la nature des idées qui est essentiellement différente.

3" Le Mouvement modéré.

Le mouvement modéré, dans la Suite, comprend des pièces à 2, à 4. ou à 3 temps, de mouvement moins lent que dans le type précédent, mais moins vif que pour la pièce finale de la Suite.

Menuet, Passe-pied, Gavotte, Musette, Bourrée, Rigaudon, Polonaise, Anglaise, Barla, Scherzo, Capriccio, Loure, etc., sont les titres affectés à ces pièces. Il faut y joindre le Rondeau, qui tantôt désigne une pièce spéciale, tantôt revêt le

rythme d'une des danse» suB-nomnîées en lui communiquant sa forme particulière. C'est ainsi que s'écrivent les Gavottes, Bourrées, Passe-pieds, etc., en rondeau.

Dans les premières Sonates italiennes, quelques compositeurs essayèrent un changement de rang entre la pièce lente et le mouvement modéré, en faisant suivre immédiatement le premier morceau par le mouvement modéré. D'autres auteurs le supprimèrent complètement. D'autres, enfin, en firent une sorte d'exercice d'agilité, athématique, et dont l'absence d'intérêt musical eut vite raison.

En dehors de cette seule et malencontreuse modification, fort éphémère du reste, la pièce modérée de la Sonate garda »on caractère de danse. Le Menuet et son Trio, dernier vestige du vieux Madrigal, continue pendant longtemps à représenter les vieilles danses de cour au milieu de l'édifice nouveau de la Sonate monothématique, et même dithématique. Toutefois, son rythme s'agrandit peu à peu, surtout chez Rust, où il fait déjà présager celui du Scherzo.

Ce mouvement modéré continue, par la suite, à n'avoir pas une place très fixe et à passer tantôt avant, tantôt après le mouvement lent ; d'autres fois, il n'est même pas du tout représenté dans la Sonate où il garde toujours, même en dépit des agrandissements beethovéniens et modernes, de son antique origine danse, le caractère de Divertissement.

4° Le Mouvement rapide.

Le mouvement rapide est presque toujours représenté, dans la Suite, par la Gigue \

I . Le mouvement de la Gigue est très vif, mais il porte sur son rythme ternaire spécial, et noD sur les temps de la mesure avec laquelle la pièce est notée.

En effet, et ceci est très important pour l'interprétation, même lorsque la mesure est, par exemple, indiquée par C, le rythme de la Gigue n'en reste pas moins ternaire, et se trouve tout entier compris dans un seul temps de la mesure, en un triolet.

C'est la mcconnaissance et vraisemblablement l'ignorance de ce caractère du rythme ternaire de la Gigue qui entraîne bien des exécutants à AsiuBser complètement le mouvement de cotte pièce, surtout quand elle est peu ornée (car alors elle ne parait pas, extérieurement, très vive), ou encore lorsqu'elle est notée au moyen des mesures à 4/4, 5/i, ia/8, etc.,

MOUVEMEWT MODÉRÉ ET MOUVEMENT RAPIDE l3

La Gigue 6st en général de coupe binaire ; souvent elle est écrite en style fugué, et sa seconde partie, notamment chez J.-S. Bach, présente le renversement de la première. D'autres fois elle revêt la forme Rondeau.

Dans la Sonate, les Italiens de la première époque n'introduisirent aucune innovation dans ce type rapide, mouvement terminal de la Suite et de la Sonate. Ils se servaient pour cette pièce, le plus souvent, d'une Gigue ou d'une danse vive quelconque, du style binaire traditionneL Lkgrenzi fut à peu près le seul qui construisit quelques-unes de ses pièces finales d'après le plan adopté pour le premier morceau, mais avec un mouvement plus rapide. Haîdn et Mozart, par contre, emploient pour leurs finales la forme Rondeau, en lui donnant une allure rapide qu'elle ne possédait pas auparavant. Il n'est point nécessaire d'entrer dans l'analyse de cette forme, tout à fait semblable (si ce n'est en l'accroissement agogique qui vient d'être signalé) aux vieux rondeaux de Couperin et Rameau, où un refrain alterne avec des couplets différents.

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