CHAPITRE IV
Beethoven fut grand dans l'emploi des moyens comme il fut grand dans les desseins auxquels ils servipcnt. Beethoven reconnut dans la partie technique de son art un alphabet propre a exprimer ce qu'il est doruK; à l'homme de pénétrer de la vie, de la nature, du cosmos qui l'entoure.
W. DE Lekz.
Les matériaux : les Idées, le Di^veloppemcnl. La construction : le mouvement inilial ; la pièce lente ; le mouvement modéré {Menuet, Scherzo, Marche) ; \a pièce finale , Remarques générales.
Toute la définition de la Sonate donnéc/au commencement de ce livre subsiste pour la Sonate beethovénienne. C'est toujours un ensemble de trois ou quatre pièces reliées par l'ordre des mouvements et par le lien tonal, écrites pour un instrument à clavier : le piano, jouant seul ou accompagnant un autre instrument récitant. La coupe ternaire est portée à sa perfection et remplace presque complètement les formes provenant encore de la Suite. Mais à tous ces caractères généraux viennent s'en ajouter d'antres extrêmement importants que nous allons essayer de résumer ici le plus brièvement possible, continuant de renvoyer, au point de vue composition pure, au second livre du Cours de composition ded'Indy.
Idées musicales.
Le premier agrandissement apporté par Heethoven à la Sonate porte sur le thème. Depuis la formation de la Sonate, le thème, d'aboid simple dessin mélodique ou vytumique très peu caractérisé, n'a cessé de prendre de pins en plus d'importance. Avec Beethoven il devient une, véritable idée musi-
cale, c'est-à-dire un être musicalemenl organise, se comportant comme tout être ou toute idée : agissant.
Beethoven a dit de Vidée musicale : « L'idée est une étincelle volée à l'infini ■». Nous n'essaierons point ici de tenter une définition de l'idée et nous dirons avec d'Indy, commentant le même sujet : « Les définitions du mot idée, pris dans « le sens de représentation des objets, sont totalement étran- « gères à la question et n'ont rien de commun avec la notion « d'infini. Quant à celles qui présupposent cette notion néces- « saire, ne révèlent-elles pas, par cela même, l'impossibilité « radicale d'une définition adéquate? Peut-on assigner des a limites à ce qui n'en a pas, dcjinir ce qui est infini, com- « prendre ce qui excède infiniment les bornes inhérentes à « notre nature humaine ? i;
Ayant donc, à notre tour, compris que nous ne pouvons pas comprendre, nous ne parlerons pas de l'idée musicale en elle-même, dans son essence, et nous nous attacherons seulement à montrer son rôle.
L'action des thèmes se manifeste dans le développement déjà un peu préparé par les précurseurs de Beethoven, mais bien faiblement.
En considérant la Jorme et îa/ortc.'wn de l'idée musicale, on voit qu'elle est la seule raison d'être de la composition. Cette idée est composée de groupes réunis en périodes, à leur tour réunies ta phrases. Les phrases se meuvent dans la tonalité que nous avons comparée à un lieu. Le plus petit groupe indivisible de l'idée constitue la cellule, c'est-à-dire le germe, le motif de cette idée. La cellule peut être rythmique, mélodique ou harmonique. La cellule, en se dévcloi)pant sur ellemême, engendre la période génératrice (période principale) de l'idée. Cette période génératrice engendre à son tour les périodes secondaires ou incidentes qui constituant la phrase. Une seule phrase ne suiTît pas toujours à constituer l'idée complète; Beethoven en emploie souvent deux et même plus fréquemment trois. L'idée tout entière est donc contenue dans la cellule comme la plante dans son germe. Cellule, période génératrice et phrase s'engendrant progressivement, par l'épanouissement naturel du nio^i/ contenu dans la cellule.
8o LA SONATE
11 n'est point nécessaire de donner ici des exemples de cellules rythmiques et mélodiques, il suffita de les indiquer lors de l'analyse des œuvres. La cellule harmonique demande au contraire quelque explication. Dans la cellule harmonique, ni le rythme, ni la ligne mélodique ne peuvent être séparés de la simultanéité des mélodies accompagnantes sans perdre toute signification expressive. Nous en trouvons un exemple dans la cellule Lebewohl de la Sonate op.8i :
ce ne sont pas les trois noires qui constituent ici la cellule, ni la mélodie supérieure (sol, fa, mi^), ni la mélodie inférieure (mic> , si\,, sol), mais la superposition harmonique et simultanée de ces deux mélodies.
Une même période génératrice peut contenir des cellules d'ordres différents, comme une même idée peut être formée par des phrases d'ordres divers. Un même morceau contient des idées d'ordre et de caractères différents. Chaque morceau de la Sonate contient des idées spéciales à leur destination. Une idée de premier morceau n'est pas une idée de Finale, et celle d'un Lied n'est point semblable à celle d'un Scherzo.
Développement.
Jetons maintenant un rapide coup d'oeil sur l'autre élément de la Sonate : le Développement.
Le développement provient des idées et ne saurait exister sans elles. « C'est l'expression logique et ordonnée des raou- « vements et des états saccessifs par lesquels passent les « divers éléments constituant l'idée musicale préalablement «exposée*. C'est l'action des thèmes, par conséquent leur « raison d'être.
« Lorsqu'il y a plusieurs idées musicales dans une même « pièce comme, par exemple, dans la forme Sonate, le déve- (t loppement exprime généralement toutes les pTiases d'une