‹ La sonate, étude de son évolution technique, historique et expressive en vue de l'interprétation et de l'auditionChapitre 29 sur 74 · LA SON AT B · texte numérisé non relu

LA SON AT B

l'allure d'une idée, et les éléments qui le composent servent aussi dans le développement. La seconde idée (c) est mélodique ; la plupart du temps elle est beaucoup plus longue que la première idée, en trois éléments consécutifs, dans un ton voisin du ton principal.

Une première phrase est la mélodie proprement dite; une seconde phrase complémentaire de la première, moins mélodique, plus agogique et brillante, est la seule manifestation de l'influence du style du Concerto, de la virtuosité du soliste dans la Sonate; enGn une troisième phrase, conclasive, vient terminer ce bel exposé. Aucune des phrases constitutives d'une idée ne pourrait se séparer des autres, elles sont distinctes mais toujours cohérentes.

Le Développement ne comporte pas de cadre architectural fixe comme celui d'une Exposition. Nous l'avons déjà dit, le développement beethovénien est Vaction des thèmes ; il dépend du caractère, des aptitudes des thèmes.

« 1° Organiquement, le» éléments rythmiques, mélodiques ou « harmoniques fournis par les idées musicales sont tantôt « amplifiés, tantôt éliminés, tantôt superposés.

« 2° Tonalement, ils passent de l'état d'immobilité à l'état « de translation et réciproquement, en subissant perpétuelle- « ment les modifications expressives d'ordre agogique, dyna- (( mique ou modulant \ »

Mais quelle que soit la destinée des thèmes, toujours règne, au-dessus de leurs vicissitudes d'un instant, l'ordre et la proportion, ce que Beethoven appelait le rythme de l'esprit. Et l'on peut, à ce propos, citer les paroles de W. de Lenz : « On « ne surpasse pas l'architecture grecque; après elle il n'y « avait de possible que le style dont l'unité est un symbole : « l'ordre gothique.

« Beethoven, opposé à Mozart, est comme la personnifica- <( tion de ce style qui, sans manquer du sentiment de la per- « Jection des lignes simples, créa le pays fantasque du gothi- <( que fleurie »

A propos du développement, chez Beethoven, W. de Lena

V. d'Indy, Cours de composition musicale, 1. II, p. 37». W. do Lcnz, Beethoven et ses trois styles.

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dit ceci, fort justement : « Le travail intermédiaire dans « Haydn, dans Mozart, leur manière, en un mot, d'entre- « prendre une idée, d'épuiser sur elle les ressources de la « mélodie, de l'harmonie et du rythme, n'est pas exempte de « fatigue et montre parfois cette monotonie qui est le fait de « tout précepte d'école, le précepte fût-il parfait, l'école fût- « elle un classique modèle. Dans Beethoven, au contraire, « l'idée ne succombe jamais, c'est la forme qui se montre « impuissante, parce que l'idée la déborde. De là les formes « nouvelles de sa seconde et troisième manières. »

Et plus loin, pour caractériser les transformations, les renouvellements incessants qu'offre la production beethovénienne. de Lenz émet cette réflexion, qui dénote une observation profonde des lois vitales régissant l'activité intellectuelle de l'homme : « L'histoire montre constamment le spectacle « que l'homme appelé à porter l'art plus loin, à le fixer pour (( longtemps dans ses destinées, résume le génie du plus « grand de ses prédécesseurs, et commence par en être l'apo- « gée avant de s'engager dans des voies qui relèveront plus « haut. Mais il est un phénomène dans Beethoven qu'il « importe de constater, qui seul le fait comprendre, c'est « qu'en lui, il y a trois Beethoven très différents entre eux. « Ces différences de style, ces directions de sa pensée, ces « transformations capitales de son génie, sont les assises de « son œuvre. Il importe de les étudier dans leur enchaîne- « ment, de les suivre dans les influences qu'elles exercent les « unes sur les autres, pour peu qu'on ait à cœur de distin- « guer et de comprendre, o

Ce renouvellement de la lettre par l'esprit se montre dans les moindres détails de la construction de la Sonate. La Héexposition des idées, sans constituer extérieurement un changement radical sur la même partie traitée par ses devanciers, offre un nouvel exemple de l'essor particulier que Beethoven sut donnera tout.

Ce n'est plus une textuelle et monotone redite des idées transposées; des changements subtils mais vivifiants font circuler une nouvelle sève dans cette partie de l'œuvre que termine, très souvent, un J)éveloppement terminal ou une phrase concluante qui résume l'œuvre entière.

Le Développement terminal n'est point une redite du développement de la partie médiane de la Sonate. Employant les mêmes moyens d'action, il vise un but difFérent. Ici, tout concourt à la conclusion. La phrase concluante est une péroraison, issue des éléments essentiels des thèmes, mais non point une phrase textuelle déjà exposée. La phrase concluante est un m'/ime expressif du morceau. Cette innovation très importante est une trouvaiile beethovénienne.

La pièce lente.

La pièce lente a été de tous temps la moins fixe de forme. Chez Beethoven, comme chez ses prédécesseurs, il en fut de même. C'est l'endroit de libre expansion, d'intimité, de recueillement intérieur; la charpente sonore, quoique solidement établie, doit prendre des proportions fort différentes suivant la nature des idées qu'elle doit porter.

Trois formes se partagent l'honneur de concourir à l'édification de VAdafjio beethovénien, parmi lesquelles le Lied a la prédoininance.

„™ T- j ^ j-i <t simple, à trois sections

i" Type Liea proprement dit ] ,, , , - • .-

» "'* f f ^ deueloppe, a cinq sections ;

2° Lied-Sonate ;

3" Lied- Varié.

Le Lied, qui est la forme la plus générale du morceau lent, est surtout la'coiipe de la phrase initiale.

INous avons dit' en quoi consistait la phrase-lied, image résumée de la forme du morceau tout entier. « La phrase-lied (( joue, dans le mouvement lent, le rôle d'un personnage « agissant seul. « Tous les thèmes accessoires n'y sont le plus souvent qu'impression et décor.

Le type du lied simple est à trois sections ; Beethoven semble lui préférer souvent la forme développée en cinq sections, dans laquelle le thème revient trois fois, ayant entre chacune de ses expositions une section différant par sa tonalité et souvent par ses idées. On ne trouve pas, dans la pièce lente, l'antagonisme de personnages qui caractérise le morceau Sonate.

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