V. à'IMy, Beethoven, p
LA SONATE DE BEETHOVEN lOD
Il faut qu'il l'agrandisse à sa taille. Il gardera du formulaire en usage ce qui est immuable; il respectera la loi en foulant aux pieds la règle. En s'alTranchissant de la lettre, il se fait serviteur de l'esprit. Aussi, loin d'aboutir au désordre, il va atteindre à un ordre plus élevé sur lequel se fonde une ère nouvelle.
Nous avons étudié, dans la première partie de ce chapitre, les innovations beethovéniennes au point de vue technique, il nous faut ici simplement dégager la nature des sentiments qui se veulent exprimer. Ainsi parviendrons-nous moins malaisément à les comprendre à l'audition et à les exprimer nous-mêmes dans l'interprétation.
Trois amours se partagent le cœur de Beethoven à cette époque de sa vie; l'amour delà femme, l'amour de la nature, l'amour de la patrie. Mais sous quel aspect apparaissent-ils à l'artiste ? Voilà ce qu'il importe de savoir.
« Beethoven, être éminemment pur et profondément chré- (( tien, ne pouvait concevoir l'amour sensuel qu'à la façon « des commandements de Dieu : en mariage seulement... « Dès lors rien d'étonnant que sa vie ne nous offre aucune « liaison romanesque, aucune aventure échevelée, aucun « crime passionner. ;>
Beethoven, être éminemment pur... oui, de toute son œuvre se dégage cette pureté et c'est ce qui fait que, quelles que soient la violence des passions déchaînées et la révolte de la douleur qui hurle à travers la tempête, jamais cette musique n'est malsaine, jamais on n'en sort amoindri ou affaibli.
Et peut-êlre est-il permis de voir là, précisément, une des raisons des passagers errements de quelques-uns qui, respirant là la pureté qu'ils appréhendent, pour la fuir nient la beauté de la musique qui la proclame.
Quoi qu'il en soit, le premier désespoir beethovénien apporte les Sonates « op. 27 n° a, op. 31 n° 2, et op. 57... « Lisez la Tempête de Shakespeare », répond Beethoven aux investigations curieuses qui veulent percer le mystère de son âme, mais en réalité « le vent de tempête ne sonftle ni sur « l'île, ni sur la mer, il se déchaîne en un cœur, un cœur qui