V. d'Iiidy, Beethoven, p
I06 LA SONATB
if. souffre, qui rugit, qui aime et qui triomphe' «. Cœur si grand et si puissant que, vraiment, « ce n'est pas à la femme « qu'on pense en lisant la Sonate en ut dièse ou Vappas- « sionata ; comment y voir d'autre personnage que l'artiste « créateur lui-même qui se plaint, se révolte ou se détourne « pour aller chercher consolation dans les bois ou les riantes « prairies * » ?
Nous voilà amenés à considérer le second des amours de Beethoven : l'amour de la nature.
« La nature fut pour Beethoven non seulement une conso- « lation de ses douleurs et de ses désillusions, mais encore « une amie avec laquelle il se plaisait à converser familière- <( ment, seul entretien auquel sa surdité ne fît pas obstacle.
« Beethoven aime ardemment la nature et il sait nous la « montrer à travers le prisme d'un cœur d'artiste, d'un « cœur plein de tendresse et de bonté qui ne vise qu'un but : (V s'élever, et, par l'amour de la création, pénétrer jusqu'au « Créateur : « Aux champs, il me semble entendre chaque « arbre me dire : Saint, Saint, Saint^. »
En souvenir de ces doux entretiens avec l'amie que son cœur écoute tandis qu'il repose sur elle ses yeux ravis, Beethoven nous a laissé les Sonates, op. 28, 30, n° 3 (violon) ; 31, n° 3, 53, 96 (violon) et maintes pages disséminées dans d'autres Sonates, pour nous borner à cette forme.
Enjfin le troisième amour pour lequel vibrait son cœur était l'amour de la patrie. Amour de son « unique patrie allemande » et amour de sa patrie d'adoption, l'Autriche, dont il partagea, moralement et matériellement, les angoissée, la détresse et le triomphe final.
Par quel procédé ce sentiment fut-il exprimé? par « l'adap- « tation d'un rythme belliqueux à la mélodie ». Ce rythme : J. T est celui qui est encore en usage « dans toutes les cir- « constances militaires où la musique peut trouver place* ».
Il est tout naturel que le rythme de marche lié, par une association d'idées toute courante, à l'armée et par celle-ci au