Ibid., p
drapeau, symbole de la patrie, soit devenu l'expression habituelle du sentiment patriotique.
Maintenant que nous voilà avertis de la nature des sentiments qui vont se refléter dans les œuvres qu'ils inspirèrent, parcourons (hélas ! avec qnelle regrettable hâte sommes-nous obligés de le faire !) cette nouvelle route offerte à notre admiration.
De l'année i8ox datent quatre sonates pour piano, les op. 26, 27 n<" I et 2, et 28.
La Sonate op. 26 est la première qui ne contienne aucun mouvement de forme Sonate.
Le premier morceau : Andante con Variazioni, partage quelque peu le sort non enviable du morceau dit Clair de lune, que les médiocres « tapoteuses » ont toutes plus ou moins défiguré.
Nous ferons observer, au point de vue de l'interprétation, que, lorsque le premier morceau d'une Sonate est une pièce lente appelée Andante, le mouvement de cette pièce est relativement moins lent qu'il ne serait si cette pièce était à sa place normale, au milieu de l'œuvre, où elle formerait contraste avec l'agitation qui précède ou qui va suivre. Ici c'est un mouvement lent, pour une pièce qui devrait être vive.
De ce premier mouvement il convient de citer particulièrement la cinquième variation, dans laquelle le thème disparaît sous des voiles mouvants. Une calme phrase concluante achève le morceau.
« Ces variations sont une vraie pierre de touche pour l'ar- « tiste. On sent d'abord si le pianiste qui les interprète est de « race ou de sang croisé, un prix de Conservatoire ou un « poète? Ce thème que les enfants jouent, les talents les plus « complets savent seuls le dire ^ »
Après le charmant Scherzo, dont on fera bien, soit dit en passant, de remarquer la différence d'accentuation rythmique entre l'exposition et la réexposition du dessin :
Exposition
I. De Lenz (op. cit., p. i83) ; lire aussi l'anecdote qui se rapporte au trilU de la aS' mesure du thème.
io8
LA SONATR
Récxposition
vient la trop célèbre Marche funèbre, victime innocente de sa renommée.
Remarquons, une fois pour toutes, qu'une marche funèbre ne doit pas être une lamentation. C'est une marche, donc un cadre, une chose extérieure ; ce n'est ni une prière ni une déploralion. La sonorité de cuivre de celle-ci doit être solennelle mais froide. Ce n!est qu'à la conclusion, tandis que la timbale s'éloigne, toujours impassible, rythmant ses coups sourds, que gémit une phrase douloureuse qui ne fait plus partie de la marche et en est le commentaire.
Le Rondo qui termine la Sonate, alerte dessin qui court sans arrêt, n'a pas de refrain final mais une simple conclusion qui s'évapore comme uh souffle.
La Sonate, op. 27 n" t, a été intitulée Sonata quasi una Fantasia. Tous ses morceaux sont enchaînés. Aucune particularité expressive à y signaler.
La Sonate, op. 27 n° 2, éditée en i8o3 sous le titre Senata quasi una Fantasia dedicata alla madamigella contessa Giulietta di Guicciardi, (sonate plus connue sous le surnom de Clair de lune dont l'a affublée le musicographe Rellstœb), est vraiment la première du style nouveau tout à fait caractérisé.
Son premier morceau : Adagio sostenuto\ est un admirable Lied construit sur un persistant arpège de tonique qui reviendra, violent et agité, dans le Finale.
1. AV. de Lenz dit de façcm humoristique mais vraie : « Cette grande « production de la Sonate en ut mineur devrait être interdite aux jeunes « personnes qui, malheureusement, se" piquent de l'épeler à leur façon. « On les empêclie bien d'entrer dans les tombeaux du cimetière de l'Est « à Paris. » (Op cit., page 199).
A propos du Scherzo de la même Sonate, il dit : « Les hussards et les « pandours du piano se contentent de plaquer ces accords » (il s'açit du Trio) (' et cro-ent avoir fait merveille quand ils en ont sabré la note. J'ai « connu bien des pianistes de talent, mais j'en ai peu vu qui se doUtas- « sont de l'importance de linr cette suite d'accords ». W. de Lenz eût pu généraliser et dire : de l'importance du jeu lié au piano.
Lire la suite de la phrase que nous citons et les anecdotes relatives à Liszt el au doigté en question.
Dans cette atmosphère calme et Irisle s'élève un appel répété du sol dièse qui reviendra aussi, fiévreux et interrompu, dans le finale.
Adagio losunuto
tCi z^ z!J Z
Presto agitato
-frP- l I-,.
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S-ÇhÔ
(Ainsi que le démontre péremptoirement la transformation de la cellule : a dans le finale, elle doit toujours porter accent sur la première de ses- notes, croche pointée dans le premier morceau).
Sans arrêt, après ce Lied initial, doit se jouer le Scherzo, portant l'indication : Allegretto, n L'indication vague Alle- « grello, qui exprime ainsi une Jorme de la musique et non c( point un mouvement seulement, allait mieux à Beethoven, « parce qu'il le laissait libre toutes les fois qu'il n'avait pas « à exprimer les sentiments de gaieté et d'entrain dont le « nom de Scherzo éveille l'idée. Les Allégrettos de Beethoven « sont le plus souvent des épisodes remplis de douce tris- « tesse et de cette secrète ironie qui est souvent le fond de la « pensée de Shakespeare et de Cervantes. » (de Lenz, op. cit.,
Ici l'Allégretto est un épisode contrastant par sa calme bonhomie populaire avec le drame intérieur qui se déroule dans les pièces extrêmes. 11 semble que la mélancolique rêverie soit interrompue par quelque groupe de paysans passant au loin en dansant. Mais l'esprit de l'artiste ne reste pas longtemps occupé à écouter le bruit de paisible fête, et c'est une explosion de la douleur jusqu'ici concentrée qui déchaîne la tempête de l'angoissant Finale.
C'est « une coulée de lave enflammée. A chaque sommet ('de son incessante ascension, deux coups de tonnerre écla- « teat et la rejettent à son point de départ. Un instant ce
« débordement fait halte ; on le dirait exténué, mais c'est « pour reprendre de plus belle ' ».
Ce Finale est en forme Sonate à deux thèmes. Le second thème est en trois phrases :
mélodique
douloureusement expressive
(Les exécutants feront bien de veiller à ce que l'oppression haletante do cette phrase, notée par les points qui surmontent les notes, ne dégénère pas, à cause desdit« points, en un sémillant Scherzo, comme cela n'arrive que trop souvent.)
Sorte de souvenir de la phrase.
première
C'est toute la paix de la campagne que respire au contraire la claire Sonate, op. 28. Cette œuvre est antérieure, malgré son numéro d'œuvre, à la Sonate précédente et « semble être « la confidence faite aux champs et à la forêt d'un moment (( de calme bonheur, à l'aurore de l'amour pour « la Dami- « gella conlessa Giulietta die Guicciardi* ».
Elle est construite en quatre mouvements, suivant la forme traditionnelle.
Son premier morceau contient un admirable exemple de développement par élimination et condensation *.
Le Scherzo, malgré son titre, est un Menuet.
Dans les 3 Sonates pour violon op. 30 (1802), il faut citer la seconde idée de la deuxième Sonate (en ut) « à l'allure d'une attaque de grenadiers Préobajenski^ ».
(Le» points surmontant les notes ne doivent pas les alléger mais les séparer nettement pour favoriser le caractère martial de la phrase.)