I. Camille Mauclair, Schumann, p. ko
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spiendeur sans égale : la splendeur de l'essence qui se révèle, aussi dépouillée ique possible de la matière inerte qui la cache ordinairement.
Le charme romantique, nous dit-on, consiste dans la surprise de l'impression, c'est-à-dire qu'il s'appuie sur un effet extérieur, plus ou moins factice et fugitif- La beauté classique réside dans la vérité de l'idée ; elle est d'ordre intérieur, immatériel ; son action est profonde et durable.
Le premier s'enveloppe d'ornements extérieurs, étrangers à lui-même; la seconde s'en dépouille de plus en plus et tend à s'approcher de la nudité radieuse, de la simplicité glorieuse de la substance pure.
Loin de nous l'idée de vouloir contester que les œuvres de la période dite romantique contiennent des beautés d'ordre classique. Parmi les auteurs romantiques, nous l'avons déjà dit, il y eut des génies. Or le propre du génie est précisément de produire tout ati moins des pensées, si ce ne sont des œuvres, douées de beauté véritable, c'est-à-dire substantielle.
La beauté, à quelque époque qu'elle se manifeste, appartient à elle-même ; elle est donc classique. La beauté classique est un modèle par/ait; elle ne se rencontre donc pas en reproduisant conventionnellement des formules empruntées à un modèle. VoUà ce que les « indépendants » comprennent bien difficilement. Les indépendants (romantiques, impressionnistes, etc.) supposent, nous l'avons déjà dit, que la beauté classique est une convention. Pour se a libérer » de cette convention, ils « conviennent » avec eux-mêmes de remplacer ce qui était dénommé beau par les éléments inverses, « Le beau réside dans l'ordre », chante la beauté classique. « L'ordre est une entrave à la fantaisie de l'artiste, « il réfrène Ses impulsions, il les oblige à la ténacité pour « s'exprimer à travers les obstacles, à la puissance pour les « vaincre. Que deviendront dans cette lutte nos sensations « fugaces ? Supprimons l'ordre. Le beau nouveau est dans le « désordre ; voici la convention nouvelle, indépendante, libé- « rée de la tyrannique convention des âges morts. » Ainsi pensent les « jeunes « de tous les âges et de tous les temps,
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les « jeunes » dont le génie (?) pressé n'a pas de temps à perdre à l'école !
Profitant de ce que l'incompréhension bourgeoise appelle désordre la conception supérieure de l'artiste, qu'elle n'est pas à même d'entrevoir, nos pseudo-artistes s'empressent d'appeler art le désordre qu'ils s'efforcent d'accroître. Ils ignorent ceci, c'est que le génie peut oublier les règles mais qu'il se souvient des lois et vit de l'ordre.
Cette absolue souveraineté de l'ordre découvre encore une des causes de l'impuissance romantique à atteindre ce qu'elle rêve.
Les romantiques, plus que quiconque, avaient de vastes ambitions et voulaient atteindre au sublime. Et potirtant, à cette époque, où se fit si grand tapage des idées de fraternité, d'humanitaire solidarité, etc., toutes les œuvres qui ont cherché une portée générale ne sont point arrivées à la réalisation parfaite.
C'est que les grandes idées, celles qui touchent à l'homme lui-même, sans intrusion des accidents de temps ou de lieu, ont besoin, pour s'exprimer convenablement, de le faire en une forme proportionnée à la grandeur du sujet.
Quelque chose d'extrêmement profond apparaît ici : on a fait grand bruit, disions-nous, des grandes idées de fraternité humaine ; l'art, dans ses grandes conceptions, fait aussi grand bruit d'aspirations sublimes. La société nouvelle commença par détruire cl ruiner tout ce qui existait avant elle; ainsi fit l'art nouveau. Un complet désaccord était entre les idées émises (tolérance, égalité, fraternité, etc.) et les actes commis; ainsi dans l'art. Les grands sentiments se déclament ici en un langage ampoulé, et toute celte grandeur voulue s'enfle en giandiloquence et s'écroule sous le ridicule. Seules, une vague et sombre terreur, des images et des pensées funèbres arrivent, parmi les idées générales, à se faire jour. Le destin implacable, une fatalité impitoyable, s'acharnant sur les êtres les meilleurs, les broyant sans merci avant de les mener au néant, le crime et la folie, voilà le» sujets où l'art se complaît.
L'homme, dcdaignarU le seul titre qui fût assez grand pour lui, oubliait que la justice, la vérité et la gloire l'obligeaient
également à être serviteur. Dès l'instant qu'il renverse l'ordre souverain et se proclame le maître, la réglementation qu'il institue devient la confusion et sa science l'ignorance, terrible et magnifique victoire de la loi immuable, inviolable et éternelle de la^vie !
Dès que la loi hiérarchique humaine fut méconnue, l'Art, lorsqu'il voulut exprimer ce bouleversement, ne put atteindre la Beauté, qu'il a mission de chercher et de servir.
Ainsi que l'individu qui peut demeurer bon au sein d'une société mauvaise, il eu* à son service de géniales idées, mais il ne put établir le rapport, qui relie, coordonne en subordonnant, et, rythme auguste et vivifiant, permet à ces Wées d'atteindre une dignité nouvelle, une vie plus généreuse : celle des membres actifs d'un grand être qui les réunit tous : VŒuvre.
Voilà pourquoi le romantisme -ne put édifier de grandes œuvres, au vrai sens du mot. 11 en tenta de longues, certes, mais si elles sont traversées souvent d'éclairs fulgurants, elles manquent toujours de cohésion, de proportion, de clarté, d'équilibre et de stabilité. Dans les œuvres courtes seulement, l'art se retrouve lui-même. C'est que le sentiment familial subsistait pour quelque temps encore, que l'amour humain ne dédaignait point d'honnêtes idylles et que la campagne recelait quelques paisibles retraites. Le vent glacé de l'indépendance, souffle maudit de. l'égoïsme et de l'orgueil, allait plus tard parfaire sa tâche.