‹ La sonate, étude de son évolution technique, historique et expressive en vue de l'interprétation et de l'auditionChapitre 53 sur 74 · V. d'Indy, Cours de composition, t. II, p. /loa · texte numérisé non relu

V. d'Indy, Cours de composition, t. II, p. /loa

Par un hasard heureux, la Sonate en la, op. U2, dédiée à l'archiduc Rodolphe, écrite vers 1835-1826, se trouve être écrite avec une forme aussi bien établie que les idées sont charmantes.

Le premier mouvement, en la, est de forme Sonate.

Son premier thème est une véritable idée symphonique qui semble soutenir toute la pièce.

L'Andante, en ut, est un thème varié. C'est une phrase Lied charmante. Elle s'enguirlande délicieusement dans les Variations qui la revêtent d'ornements enveloppants et changeants.

Cette pièce ravissante demande une intelligente exécution. Si l'interprète n'a pas soin de mettre en valeur tous les souples contours du dessin, volutes délicates ou voile léger étendu sur le thème, qu'il recouvre en laissant deviner ses formes, c'en est fait de tout le charme du morceau. Si, par suite d'une égalité né^&ste, les ombres ondulantes ne sont pas observées, il n'y a plus de conloiir possible. Ces variations ne sont plus qu'une monotone enfilade de notes... la terrible <( pluie de perles » chère aux pianistes non-musiciens !

Le Scherzo, en la, d'une coupe rythmique de cinq en cinq mesures, est très séduisant avec les hésitations de son dessin initial.

Le Trio, en fa, au rythme berceur, n'est autre chose que le schème rythmique du Scherzo revêtu d'une autre mélodie :

Scherxo

2* partie du Trio

L'Allégro vivace, qui termine la Sonate, est un alerte rondeau à quatre refrains. 11 a aussi une grande liberté rythmique tant dans le refrain que dans le second thème, tous deux fournis de rythmes de longueurs inégales, qui donnent beaucoup d'animation et de fantaisie à l'ensemble. Cette Sonate, ignorée de la plupart de nos virtuoses qui ne lui

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font pas souvent place dans leurs programmes, est sans doute la plus réalisée des Sonates romantiques.

Félix MEr(DELssoHN-B.vRTnoï.DY, né à Hambourg en 1809 mort à Leipzig en 1847, futd'abmd un enfant prodige, ainsi que sa sœur Fanny, comme Wolfgang et Maria-Anna Mozart.

Mendelsshon fut, dans la période romantique, une véritable exception. Dut-il à son origine israélite de n'appartenir, en propre, à aucune époque, comme à aucune nation?... En tout cas cette particularité est frappante chez lui.

Mendelssohn fut, de son vivant, admiré à l'égal des grands maîtres. Gela se conçoit aisément. D'abord il était réellement un maître au point de vue de l'habileté technique ; il était certainement le plus habile musicien de son tenfps. Ensuite, les contemporains reconnaissent toujours volontiers €6 genre de maîtrise. Ce qui choque, à l'apparition du génie, c'est la hardiesse avec laquelle il crée et impose une langue nouvelle ; ce n'est pas, en général, ce qu'il dit. Cela n'est, au demeurant, jamais compris de la foule. Dans les œuvres admises par le public (et dans celui-ci il faut comprendre la plus grande majorité des « professionnels ») il faudrait bien se garder de croire que ce soit l'esprit de l'œuvre qui est compris. Non. C'est le vêtement, la manière de dire, le style enfin, qui, étant connu, n'effarouche plus. Le style, qui doit sa beauté à la fidélité avec laquelle il exprime l'idée, est devenu pour le public une convention connue que sa routine retrouvera sans effort, sachant d'avance le chemin qu'il lui faudra parcourir, la couleur et la forme de l'habit que la mode admet, la succession dos mots de la phrase qui sera dite. De l'idée exprimée on ne se soucie guère, et c'est pourquoi elle ne «oulève point de protestation. Croit-on, par hasard, que les enragés beethovénistes ou wagnériens de notre temps admirent la pensée de Beethoven ou de Wagner? que ce soit parce qu'ils sont indignés de l'abaissement de l'idéal de l'art « avancé » qu'ils lui refusent droit de cité? Certes non. S'ils entendaient la pensée de Beethoven, ils la fuiraient avec épouvante, ne voulant pas faire l'efTort nécessaire pour que cette pensée devienne le désir de tous, exprimé par un seul. Un abîme infranchissable sépare la médiocrité du génie. A l'instant où la médiocrité saisirait le sens de la

parole du génie et acquiescerait à celte pensée, la médiocrité cesserait d'être.

Or, les contemporains de Mendelssohn n'avaient rien de tel à appréhender avec lui ; ils pouvaient lui confier la parole sans craindre de lui entendre dire ce qu'ils ne pensaient pas. Ils pouvaient donc lui offrir la couronne de maîtrise.

En écoutant attentivement, avec son âme, la musique de Mendelssohn, on comprend l'horreur que cette musique inspire à l'artiste ardent pour qui l'art est un appel éperdu vers le Plus-être. On conçoit aussi le contentement honnête des honnêtes musiciens ou amateurs qui trouvent en cette honnête musique un délassement honnête.

Notre époque montre ces deux extrêmes et l'on voit pourquoi la conciliation est impossible.

Ce n'est point à cause de sa mélodie sirupeuse que cette musique est antipathique à l'Artiste. Ce défaut ne lui appartient pas, il est seulement le costume que l'époque lui a fait revêtir. Mais sous ce costume Mendelssohn n'est pas plus un classique qu'un romantique. Mendelssohn est un bon musicien. 11 connaît à fond tous les secrets du métier, et s'il a laissé son nom à la tournure de phrase connue sous le nom de belle phrase à la Mendelssohn, ce n'est point qu'elle lui appartienne en propre, mais ce (jue les autres, par le fait de leur maladresse, n'ont pu réaliser, son habileté technique lui a permis de l'achever.

L'essence de sa musique apparaît clairement, si l'on se reporte au milieu dans lequfel il vécut, à sa famille, à sa correspondance montrant ses désirs, ses ambitions, enfin son cœur et son âme.

Et c'est là que se dévoile le secret de l'antipathie ressentie par l'artiste ainsi que la fraternelle tranquillité avec laquelle la multitude « bourgeoise » l'accueille. Mendelssohn, en effet, a été un maître-musicien, il n'a jamais été un artistCr dans le sens absolu du terme.

Il aimait la musique, certes, la bonne musique, bien faite, et son honnêteté s'évertuait à en assurer la meilleure exécution possible. Il eut le mérite d'avoir aimé l'œuvre de J.-S. Bach, d'avoir employé son crédil et ses moyens personnels à répandre cette musique ^itirs bien ignorée. C'était,

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peut-être, le côté solide, patriarcal de Bach et son incomparable maîtrise qui l'avaient séduit. Sans doute aussi, Mendelssohn, par sa position familiale, par le charme qu'il exerçait, n'eut pas beaucoup de peine à entraîner le public, mais il faut lui savoir gré quand même d'avoir voulu employer son influence à cette tâche. Sa correspondance le révèle très exactement : bon fils, bon frère, bon époux, bon musicien ; il fut tout cela très complètement. Sa vie, comme sa musique, fut agréable et facile. ïl n'eut jamais de soucis matériels, connut les honneurs et la considération. 11 attendait le succès comme une récompense due à son travail et à son talent. Il en parlait beaucoup, sans fatuité. II ne fit point de concessions pour l'obtenir, n'étant pas du tout cabotin ; mais ce succès lui était une récompense suffisante, et c'est par là, autant que par ses idées sur la musique, que l'on voit combien il était loin de l'aspiration inassouvie qui est la douleur fidèle accompagnant l'artiste pendant sa course ici-bas.

Sans doute, en écoulant superficiellement ia musique de Me.'idelssohn, il est facile de se méprendre sur son vrai caractère ; l'expression aisée de ses placides désirs, à laquelle sa maîtrise technique et sa naturelle facilité musicale le firent parvenir, semble une contrefaçon de la paix des hauteurs. Mais l'égalité même de sa production révèle à l'artiste qu'il n'est pas des siens. Quelles que soient sa grandeur et sa maîtrise, l'homme vivant (dont l'artiste n'est que le porteparole) a l'impérieux et constant besoin de dépasser le point acquis. La loi de son existence sur terre est de tendre toujours vers la Perfection qu'il n'atteindra pas en ce monde.

Toujours plus haut! est la devise de l'artiste comme de l'homme. Voilà pourquoi l'homme qui se satisfait, qui trouve son repos dans ce qu'il a fait ne peut être un artiste ; l'artiste, dans sa recherche du beau, révèle l'aspiration de l'homme, qui cesse de vivre s'il s'arrête de désirer ; comment un artiste se reposerait-il dans son œuvre, qu'il ne doit jamais apercevoir que comme une ébauche ?

Une lettre que Mendelssohn écrivait à Souchay, en i8/ii, montre son point de vue général sur la musique : «... La « musique est plus définie que la parole, et vouloir l'eîipli- (1 quer par des paroles, c'est l'obscurcir... »

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«... Si j'avais dans l'esprit des termes définis pour un ou « plusieurs de mes Lieder, je me garderais de les dévoiler, « parce que les mots ont pour telle personne une significa- « tion qui diffère pour une autre ; — parce que la musique « seule peut éveiller les mêmes idées et les mêmes sentiments « dans un esprit comme dans un autre... Les paroles ont « beaucoup de significations, mais nous pouvons tous com- « prendre correctement la musique. »

Tous comprendre correctement la musique !... se peut-il qu'un musicien ait écrit cela?... c'est-à-dire oui, un musicien peut écrire cela, parce qu'il ignore la profondeur de la musique, un artiste non, parce qu'il sait que l'art cherche l'Infini.

Pour achever de pénétrer le caractère de l'heureux Mendelssohn, écoutons sa sœur Fanny dire, dans une lettre écrite en i8q8 : «... Mais lorsque les répétitions s'avancèrent, que « les chœurs furent excellemment chantés par l'Académie, il « (Félix) retrouva sa bonne humeur, et lorsqu'il eut vu la « superbe décoration de la salle, son contentement fat com- « plet. »

Dans cette même lettre, Fanny dit encore ceci : «... A « quatre heures, commença un dîner de 200 couverts auquel « assista Félix. Je ne puis ypus dire les honneurs dont l'acca- « blent même des gens qui lui sont inconnus. Vers la fin du « repas, Zelter et Schadow le prirent chacun par une main « et, après l'avoir félicité, le proclamèrent membre honoraire « de la Société artistique. Tonte la jftuinée d'hier s'est passée « en réceptions et en visites congralulatoires. Ce qui me» i<. cause le plus de joie, c'est de le voir si heureux de cette « journée. »

Enfin, lui-même écrivait de Londres en 1839 : «... Le pre- « mier morceau (sa Symphonie en ut mineur) fini, ils (les « auditeurs) firent un vacarme du diable, et, comme j'en fis « redire la fin, qui n'avait pas été jouée à mon idée (il s'agis- « sait d'une répétition), ils recommencèrent le même tapage. « Les directeurs vinrent me trouver sur l'estrade, dont je dus « descendre pour faire des saluts à n'en plus finir. J.-B. Gra- ( mer était dans l'enchantement et m'accablait de compli- « ments ; il me fallut faire le lour de l'orchestre et donner des « poignées de main en veux-tu en voilà. Ce fut certainement

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« un des plus heureux moments de ma vie ; car tous ceux qui, M une demi-heure plus tôt, étaient des étrangers pour moi, « venaient de se changer en amis. Hier soir, le succès du « concert fut plus grand que tout ce que j'avais rêvé. On « commença par la symphonie ; le vieux Cramer me condui- « sit au piano comme si j'avais été une jeune dame, et je fus M accueilli par une longue salve d'applaudissements. On vou- « lut me faire bisser l'Adagio, mais je m'y refusai dans la « crainte de fatiguer le public; quant au Scherzo, on le rede- « manda avec tant d'insistance que je me vis obligé d'obéir, a et, quand nous l'eûmes exécuté, le public prolongea ses « applaudissements jusqu'à ce qu'après avoir remercié l'or- <t chestre, je quittai la salle ^ »

Cette lettre, avec la description minutieuse des puérils détails de son succès, nous montre toute l'ambition de Mendelssohn; il n'étale pas cela par complaisance vaniteuse, iî est simplement content d'avoir obtenu un succès qu'il croit avoir mérité. Mériter le succès... voilà tout le rêve de Mendelssohn !

]N"est-ce pas aussi le rêve de bien des musiciens actuels (des honnêtes s'entend, car les autres ne s'inquiètent même pas de le mériter !)

Il n'est pas jusqu'au petit détail de n'avoir pas u bissé « l'Adagio dans la crainte de fatiguer le public » qui ne s'allie si étroitement avec l'état habituel des habituels donneurs de concerts, qu'on semble entrer dans le « foyer des artistes ».

Parmi les appréciations récentes de la musique de Mendelssohn, nous relevons celle-ci : « Mendelssohn a certaine- « ment de grands défauts ; il « imite » avec une facilité déplo- « rable : il fait du Bacft ou du Haendel comme il veut, et « même sans le vouloir. Il a un penchant funeste pour les (I expressions sentimentales superficielles ; il abuse des forte mes mélodieuses ; il développe trop longuement. Mais il « faut reconnaître la grâce, le charme, l'élégance de son «écriture; il est surtout remarquable dans les morceaux (c légers, dans les scherzos ; sa note originale est un certain

I. Toutes ces citations sont empruntées aui lettres publiées dans le livre intitulé : les Mendelssohn- Barlholdy et Robert Schumann, par Ernest David.

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« romantisme pittoresque : dans les danses des elfes, il est de « premier ordre. Ses qualités mêmes sont, il est vrai, un peu « banales, quoique chez lui elles soient élevées au plus haut « degré'. »

11 est vrai, le a rayon » spécial de sa production est le iScherzo. « Article Danse des Elfes : Voyez Mendelssohn ! »... peut-on dire dans le magasin musical !

C'est que, pour réaliser un Scherzo amusant, les qualités de Mendelssohn sulTisent : pour le « divertissement », pour le pittoresque, point n'est besoin d'aspirations sublimes, encore que l'être qui les possède atteint à ces danses surhumaines qu'engendre le rythme souverain en évoluant avec lui-même !

Nous ne ferons ici qu'énumérer les oeuvres de Mendelssohn dans la forme Sonate ; ses qualités et ses défauts s'y retrouvent également.

11 a laissé 10 Sonates : i pour violon, op. U, i pour piano, op. 6, 2 pour violoncelle, op. Uô et 58, et 6' pour orgue, op. 65.

Frédéric Chopin, né à Zelazowa-Wola, près de V^arsovie, le 1"" mars 1809, est mort à Paris le 17 octobre 18A9.

Enfant prodige, il eut de bonne heure une réputation méritée de pianiste-virtuose. C'est à Paris, dans le cénacle romantique, qu'il passa une grande partie de sa vie.

Il n'avait point de culture musicale générale, et, au contraire de Mendeissohn, n'a eu vraiment que son génie.

Les défauts de Chopin sont ceux du sentimentalisme romantique, encore exagérés pour lui par ses succès féminins. Il était le v séduisant malade » dont on rêvait. La « maladie de poitrine n était distinguée, poétique et recherchée comme de nos jours la neurasthénie. L'élégance mièvre, efféminée des salons, fait la faiblesse des petites pièces de Chopin, les seules que son insuffisante instruction lui permit d'édifier à peu près convenablement, ou dans lesquelles les erreurs de construction sont d'effet moins désastreux.

Dans les grandes œuvres, Chopin ne parvient pas à se dégager des liens d'une forme dont il ignore les ressources. De plus, il est virtuose, et cette virtuosité (que l'on a vu cher-

(1) Paul Landormy, Histoire de la musique.

cher à pénétrer jusque dans les productions impétueuies d'un Weber, sous forme de trait agogique terminant l'exposition de la Sonate) va donner naissance, chez Chopin, à un style basé non plus sur l'expression, sur les besoins de mouvement des thèmes, mais sur la commodité de la réalisation instrumentale, tant dans la disposition du trait par rapport à la manière de le doigter, qu'à l'intrusion de passages entiers écrits dans la seule intention de virtuosité, et au choix de tonalités juxtaposées sans ordre, au mépris de toute signification harmonique.

Ces lacunes sont d'autant plus regrettables chez Chopin que certaines de ses œuvres importantes contiennent des idées héroïques, parfois superbes.

Si, dans quelques-unes de ses productions, on retrouve le •caractère des chants populaires polonais, trop vite effacé par l'ambiance d'afféterie des salons mondains, c'est dans ses idées héroïques que Chopin révèle le plus de son cœur polonais.

Là, on sent vraiment s'enflammer la ferveur patriotique. A travers l'étendue de la campagne une marche guerrière semble appeler les fils généreux au combat ; les trompettes se répondent des trois lambeaux du royaume démembré, les unissant dans l'élan fougueux qui emporte à l'assaut. De <;ourtes prières pleines d'espérance confiante sont souvent les repos de ce tumulte. Ailleurs les paysages paisibles d'autre fois passent en rêve devant les yeux de l'exilé. Et presque toujours cela finit dans une vision de paix ou de gloire disant l'invincible survie d'un peuple oppressé mais non vaincu. Voilà le vrai, le grand Chopin. Voilà ce que seul il a su dire '.

Chopin n'écrivit que 4 Sonates : en ut, op. U (1828); «n si^ , op. 35 (1840) et en si, op. 58 (i845) pour piano seul ; en sol, op. 65 1847 po^r violoncelle.

De la première Sonate il n'y a rien à retenir qu'un joli Menuet, et l'essai, tout nouveau à cette époque, d'un Larghetto à 5 temps, d'ailleurs très peu saillant.

Dans la Sonate en si^, le premier morceau a des idées d'un

i. Parmi les plus saillantes des œuvres animées de cet esprit héroïque il faut citer : la Polonaise fantaisie, la Polonaise en L*.b, la Fantaisie en fa, le finale de la Sonate en si, qui sont certainement les points culminants d« sa production.

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beau caractère, mais la réalisation en est rudimcnlaire, surtout en ce qui concerne la première idée, d'une si fougueuse inquiétude, et le Dév., galimatias inextricable.

Le Scherzo, mouvementé, a un trio rêveur tout à fait charmant.

En place d'Adagio la célèbre Marche funèbre.

Comme Finale, un simple trait, sombre tourbillon, semblable au vent d'hiver.

La Sonate en si, longuement analysée par d'Indy ', contient aussi un premier morceau riche de bell«s idées (ou plus exactement de beaux germes d'idées), mais tout aussi mal construit que celui de la Sonate en si^.

Au lieu de 1 energiqxie Scherzo de la Sonate précédente, une arabesque délicate faite d'un trait arachnéen en ui?, et un trio dit par des cors rêveurs, délicieusement poétique.

Le Largo, de forme Lied très normale, contient une section centrale un peu longue mais empreinte de la douce rêverie qui est un des charmes de l'auteur.

Enfin le Finale, déjà mentionné, est un superbe Rondeau. Sans doute, les couplets sont un peu envahis par le trait pianistique, mais, dans cette mêlée, on ne le veut regarder que comme un tourbillon maintenant l'atmosphère agitée qu'entraîne le refrain, farouche chant de guerre dont l'intensité et la violence croissent à chacune des réexpositions, jusqu'à la fulgurante conclusion, en si, que les trompettes revêlent de gloire.

V. d'Indy dit de ce Finale : « Il semble que les matériaux « de cette belle pièce aient été tranchés à coups de hache par (( quelque charpentier qui en aurait à peine équarri les « assemblages; mais ces maladresses de construction, sans « nuire notablement à ce finale, lui donnent au contraire un « aspect un peu rude, comparable à celui des soubassements « à peine taillés qu'on i^eut voir au palais Strozzi, à Florence. »

Robert Schumasn, né à Zwickau, en Saxe, le 8 juin iSio, mort b Endenich, près de Bonn, le 29 juillet i856, fut, peut-être, le plus génial de tous les musiciens de celte époque. Malgré l'admiration enthousiaste que nous avons pour

1. V. d'Indy, Cours de composition musicale, t. II, p. .'107.

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cet artiste, il faut reconnaître chez lui, comme chez tous ses contemporains, l'ignorance de l'art de la vérilable composition, art qui aurait permis de donner, à ses idées si expressives, les plus belles réalisations, et aurait ordonné, en un monument digne d'eux, ces incomparables joyaux.

Pourquoi faut-il que, devant ici demeurer dans l'étude des Sonates, nous ne puissions nous étendre sur les pièces détachées de Schumann, c'est-à-dire sur ce qui est la plus pure expression de lui-même? Car, encore que ses Sonates pour piano et violon, V Introduction, \'Ada<jLO et le Scherzo de la Sonate en ./«S, le Lento et le Scherzo de celle en sol (pour piano) soient de belles pages émouvantes et caractéristiques, elles ne suffisent point à dévoiler la variété et l'intensité que peut atteindre l'expression de ce poète, tantôt véhément jusqu'au délire, tantôt exquis jusqu'au so'urire d'enfant.

Pourtant, comme aucune composition ne saurait demeurer étrangère à l'esprit de son auteur, et qu'il faut surtout connaître cet esprit pour comprendre une œuvre, de même que l'histoire de la forme musicale, des con^positeurs, doit être familière autant que l'histoire généraie, si l'on veut pénétrer vraiment la pensée exprimée par cette œuvre, nous parlerons un peu du caractère de Schumann et de la place particulière occupée par lui dans la grande chaîne musicale.

« C'était, par excellence, l'artiste. Doué d'un enthousiasme « que les années n'usèrent pas, hanté du désir de perfection, « dépourvu de toute vanité, indifférent, hostile même, au « succès si une seule concession en devait hâter la venue, u Schumann eut une âme loyale et simple, qui se reposait « sur quelques grandes idées générales, aimait la patrie, « l'art, la gloire. Cette âme ne fut pas contaminée par les M misères de son corps. Schumann ne fut ni désordonné, ni « pervers, ni aigri, ni injuste, là où d'autres le fussent de- « venus '.

« Une profonde attache à la nature, un caractère sain et « fort d'harmonie populaire vivent en la musique de piano « de Schumann comme en lui-même (dit ailleurs Mau- « clair) ; sous la complexité du génie passionné, chercheur^

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