‹ La sonate, étude de son évolution technique, historique et expressive en vue de l'interprétation et de l'auditionChapitre 54 sur 74 · Camille Mauclair, Robert Schumann, p. 3o · texte numérisé non relu

Camille Mauclair, Robert Schumann, p. 3o

<( attiré par toutes les beauté, vivait cette hérédité quasi « plébéienne qu'il aimait à reconnaître fidèlement et qui le « garantit de toute intention « décadente », de toute per- « versilé intellectuelle. Cet art poignant, instinctif, traversé « d'éclairs, hanté de songes, orageux, étrange, s'ouvre « brusquement, avec des éclaircies de sensibilité délicieuse, u de grâce voletante et éperdue, jusqu'au coeur d'un être « d'élite que dominent les sombres nuages et les radieuses u lumières d'un ciel exceptionnel : mais jamais il n'est mal- <( sain '. »

On ne peut mieux dépeindre l'aspect de l'œuvre de Schumann. Maintenant que nous le connaissons un peu, examinons sa place dans la période romantique et dans l'art entier.

Il est, d'une part, celui qui échappe le plus à la Jormule romantique, en qui ce sentimentalisme vague, cette phraséologie emphatique et boursouflée n'ont point d'écho. D'autre part, pour ainsi dire, la victime de l'esprit du temps.

Si le poète, en lui, échappa à l'afi'ectation sentimentale par la pureté et la sincérité même de sa passion, il n'en fut pas de même du penseur nourri des plus extravagants délires de la philosophie d'alors.

Dans cette vie tragiquement terminée par la démence « on « ne remarque pas qu'aucune déception de gloire ou d'in- « térêt ait accéléré cette ruine. Le caractère de Schumann « était trop altier, trop nativement noble pour s'afTecter de « faits de cet ordre '. »

En effet, Schumann rêvait d'art pur, et n'avait jamais ambitionné, en dehors de cet art, que l'amour de cette Clara Wieck qui devint sa femme fidèle. Et c'est au milieu de ce bonheur paisible que la folie le terrassa.

Lui, ardent, généreux, tendre et bon, cherchant l'art vrai, l'amour chaste et la vie noble, il fut torturé d'une angoisse intellectuelle croissante dans laquelle sa raison sombra.

Quelle dut être la soufl'rance de cet être « se regardant <( devenir fou, cherchant à savoir pourquoi, étudiant en soi-

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